lundi 3 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2401424 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 14 mai 2024, M. B C, représenté par Me Megherbi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un " certificat de résidence algérien salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence, d'une insuffisance de motivation, d'une erreur de droit dès lors que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en outre, est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé ;
- les décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision d'éloignement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le préfet soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boissy,
- les observations de Mme D, représentant le Préfet de la Côte d'Or.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A se disant M. C, ressortissant algérien né en 1981 et entré irrégulièrement sur le territoire français en 2016, a été interpellé par les services de la gendarmerie de Beaune, le 2 mai 2024, et placé en garde à vue pour des faits de détention et usage de faux documents administratifs. Par un arrêté n° 2024-21-436 du 03 mai 2024, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour pris sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a par ailleurs assigné M. C à résidence dans le département pour une durée de quarante-cinq jours. Le requérant demande l'annulation de l'arrêté n° 2024-21-436 du 03 mai 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 18 janvier 2024, publié le 22 janvier 2024 au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. Mougenot, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Côte-d'Or, à l'exception de décisions limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que M. Mougenot n'était pas compétent pour signer l'arrêté en litige manque en fait et doit par suite être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et n'a dès lors pas méconnu les dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En troisième lieu, si M. C fait valoir que le préfet de la Côte-d'Or a commis une erreur de droit en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation compte tenu de sa situation professionnelle et de la durée de son séjour en France, un tel moyen est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors que l'intéressé n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par ailleurs, la seule circonstance que le requérant, qui s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire pendant plus de sept ans, aurait présenté une demande de rendez-vous en préfecture afin de déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour - alors qu'il a déclaré lors du procès-verbal d'audition du 2 mai 2024 qu'il n'avait effectué aucune démarche en ce sens - n'est pas de nature à faire obstacle à ce qu'il fasse l'objet d'une mesure d'éloignement sans délai et, par voie de conséquence, d'une interdiction de retour sur le territoire. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or aurait commis une erreur de droit en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation compte tenu de sa situation professionnelle et personnelle.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".
6. Pour obliger M. C à quitter le territoire français, le préfet de la Côte-d'Or s'est uniquement fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur celles du 5° du même article. Dans ces circonstances, et en dépit des mentions de l'arrêté selon lesquelles l'intéressé représenterait " une menace pour l'ordre " en raison de l'usage de faux documents et de faits de vol aggravés en mars 2023, le moyen tiré de ce que l'intéressé ne représenterait pas une menace pour l'ordre public est inopérant et doit être écarté pour ce motif.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Tout d'abord, si M. C se prévaut de sa présence en France depuis 2016, l'intéressé s'est toutefois maintenu irrégulièrement en France pendant cette période sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour préalablement à sa demande de rendez-vous en préfecture en février 2024. Ensuite, si le requérant a exercé plusieurs emplois en qualité d'intérimaire, dont il justifie depuis le mois de décembre 2020 jusqu'à décembre 2023, il a toutefois exercé ces activités sans disposer d'un droit au séjour et au travail en France et a également utilisé de fausses identités ainsi qu'il ressort de ses fiches de paies qui le déclarent comme étant soit de nationalité belge ou italienne. De tels éléments ne sont d'ailleurs pas remis en cause par M. C qui a admis avoir utilisé une fausse pièce d'identité italienne lors de son audition du 2 mai 2024. Enfin, l'intéressé, qui n'établit ni même n'allègue avoir noué des liens privés d'une intensité particulière sur le territoire, ne démontre pas davantage qu'il serait dépourvu d'attaches familiales et personnelles en Algérie, pays dans lequel résident ses parents et où il a vécu l'essentiel de sa vie. Dès lors, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de l'intéressé.
9. En dernier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, les moyens invoqués, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions accordant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi, tirés de l'illégalité de cette décision, doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que demande M. C au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
13. Le préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat et ne justifie pas avoir exposé des frais spécifiques à l'occasion de l'instance, n'est pas fondé à demander qu'une somme soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Côte-d'Or.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.
Le magistrat désigné,
L. BoissyLa greffière,
S. Kieffer
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026