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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401450

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401450

jeudi 22 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a examiné la requête de M. C, ressortissant marocain, contestant le refus du préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de résident "longue durée-UE" et le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle. Le requérant invoquait notamment une erreur d'appréciation sur ses ressources, estimant remplir les conditions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a jugé que, sur la période de référence de cinq ans, les ressources de M. C étaient stables, régulières et supérieures au SMIC, contrairement à l'appréciation du préfet. En conséquence, la décision attaquée a été annulée pour erreur d'appréciation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, M. B D, représenté par la SCP Argon-Polette-Nourani, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er décembre 2023 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui accorder une carte de résident portant la mention " résident longue-durée UE " et de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " et lui a délivré une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de " résident longue durée-UE " dans un délai d'un mois à compter de la notification de jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, dans le même délai et sous la même astreinte, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que les décisions attaquées sont entachées d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il remplit toutes les conditions pour bénéficier de la carte de " résident longue durée-UE " prévue par les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2025, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration ;

- le décret n° 2024-811 du 8 juillet 2024 relatif au contrat d'engagement au respect des principes de la République, prévu par l'article L. 412-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boissy

- et les observations de Me Nourani, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain, a sollicité, le 19 juillet 2022, une demande de carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " et le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ". Le 20 décembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de carte de résident au motif que l'intéressé ne justifiait pas d'un " niveau A2 " en langue française. Le 30 janvier 2023, M. C a justifié de son niveau de langue française auprès du préfet de la Côte-d'Or et a sollicité le réexamen de sa demande de carte de " résident longue durée-UE ". Le 1er décembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or a, de nouveau, refusé de lui délivrer cette carte de résident ainsi que de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle et lui a délivré une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". L'intéressé a exercé un recours gracieux à l'encontre de cette décision qui a été implicité rejeté. M. C demande l'annulation de cette décision du 1er décembre 2023 et de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le motif relatif aux ressources :

2. Aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer () une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. () Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail () ". Il résulte de ces dispositions, combinés à celles du point 58 de l'annexe 10 du même code, que le caractère stable, régulier et suffisant des ressources s'apprécie sur une période de cinq années précédant le dépôt de la demande de carte de résident par référence à la moyenne mensuelle du seul salaire minimum de croissance (SMIC) au cours de cette période. Ainsi, pour apprécier si le demandeur remplit la condition de stabilité et de suffisance des ressources prévue par les textes, le préfet doit uniquement examiner les ressources du demandeur sur cette période de douze mois sans prendre en compte l'évolution, favorable ou défavorable, de ces ressources sur la période postérieure au dépôt de la demande.

3. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des bulletins de salaire produits au dossier, d'une part, que M. C a perçu des revenus réguliers et justifié d'une stabilité professionnelle au sein des sociétés E.G.N et PROP'VERT au cours des cinq dernières années et, d'autre part, que la moyenne des ressources de l'intéressé sur chacune des années -de 2018 à 2022- a été supérieure au montant moyen du SMIC applicable chaque année. En refusant de lui délivrer une carte de résident au motif que ses ressources n'étaient pas suffisantes -en comparant à tort l'ensemble des revenus perçus par l'intéressé au cours des années 2018 à 2022 au montant du SMIC en vigueur depuis le 1er mai 2023-, le préfet de la Côte-d'Or a par conséquent commis une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne le motif relatif à l'ordre public :

4. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". aux termes de l'article L. 412-7 du même code : " L'étranger qui sollicite un document de séjour s'engage, par la souscription d'un contrat d'engagement au respect des principes de la République, à respecter la liberté personnelle, la liberté d'expression et de conscience, l'égalité entre les femmes et les hommes, la dignité de la personne humaine, la devise et les symboles de la République au sens de l'article 2 de la Constitution, l'intégrité territoriale, définie par les frontières nationales, et à ne pas se prévaloir de ses croyances ou de ses convictions pour s'affranchir des règles communes régissant les relations entre les services publics et les particuliers () ". Aux termes de l'article L. 412-8 du même code : " Aucun document de séjour ne peut être délivré à un étranger qui refuse de souscrire le contrat d'engagement au respect des principes de la République ou dont le comportement manifeste qu'il n'en respecte pas les obligations. / Le manquement au contrat d'engagement au respect des principes de la République résulte d'agissements délibérés de l'étranger portant une atteinte grave à un ou à plusieurs principes de ce contrat et constitutifs d'un trouble à l'ordre public. / La condition de gravité est présumée constituée, sauf décision de l'autorité administrative, en cas d'atteinte à l'exercice par autrui des droits et libertés mentionnés à l'article L. 412-7 ". L'article L. 412-9 de ce code dispose que : " Peut ne pas être renouvelé le document de séjour de l'étranger qui n'a pas respecté le contrat d'engagement au respect des principes de la République. Tout document de séjour détenu par un étranger dans une telle situation peut être retiré ". L'article L. 412-10 de ce même code prévoit que : " Lorsque la décision de refus de renouvellement ou de retrait concerne une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident, l'autorité administrative prend en compte la gravité ou la réitération des manquements au contrat d'engagement au respect des principes de la République ainsi que la durée du séjour effectuée sous le couvert d'un document de séjour en France. Cette décision ne peut être prise si l'étranger bénéficie des articles L. 424-1, L. 424-9, L. 424-13 ou L. 611-3 () ". Aux termes de l'article L. 426-19 de ce code : " La décision d'accorder la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue à l'article L. 426-17 est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7 ". En application du 5° de l'article L. 411-1, des articles R. 412-1, R. 412-2, R. 412-3 et du contrat type figurant en annexe 12 du code et conformément à l'article 3 du décret n°2024-811 du 8 juillet 2024, l'étranger qui, à compter du 17 juillet 2024, sollicite, notamment, une carte de résident présente, à l'appui de sa demande, le contrat d'engagement à respecter les principes de la République prévu à l'article L. 412-7, signé par lui.

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or a refusé de délivrer à M. C une carte de résident pour un autre motif, fondé sur l'article L. 432-1, tiré de ce que l'intéressé a été condamné, le 12 novembre 2018, à un rappel à la loi avec une indemnisation par le délégué du procureur de la République de Dijon pour des faits d'" outrage à une personne chargée d'une mission de service public " commis le 30 mai 2018.

6. La condamnation mentionnée au point 5, qui est à la fois ancienne, isolée et d'une faible gravité, ne permet pas de considérer que la présence en France de M. C constituerait actuellement une menace pour l'ordre public. Il ne résulte donc pas de l'instruction que le préfet de la Côte-d'Or aurait pu légalement prendre la même décision s'il ne s'était fondé que sur cette condamnation.

7. A titre surabondant, en refusant de délivrer à M. C une carte de résident et en décidant de ne pas renouveler la carte de séjour pluriannuelle dont il bénéficiait tout en délivrant par ailleurs à l'intéressé une carte de séjour temporaire, alors que l'appréciation de la menace pour l'ordre public reste identique pour l'un et l'autre de ces titres de séjour, le préfet de la Côte-d'Or a entaché sa décision d'une incohérence et d'une contradiction de motifs qui révèlent une erreur de droit.

8. A titre toujours surabondant, si le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permet désormais au préfet, en application des articles L. 412-7 à L. 412-10 et selon des modalités différentes, de refuser de délivrer ou de retirer un titre de séjour à un étranger qui refuse de souscrire le contrat d'engagement au respect des principes de la République ou dont le comportement manifeste qu'il n'en respecte pas les obligations, la législation n'offre cependant pas au préfet la possibilité de choisir de délivrer à un étranger une carte de séjour temporaire d'une durée limitée à un an, en lieu et place d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident, lorsque le comportement de l'étranger, sans constituer pour autant une menace pour l'ordre public, traduirait cependant une dégradation significative de son intégration républicaine ou de son insertion dans la société française.

9. Il résulte de qui a été dit aux points 2 à 6 que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 1er décembre 2023 refusant de lui délivrer une carte de résident ainsi que de la décision rejetant implicitement son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Compte tenu de la rédaction de l'article L. 426-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la possibilité, pour le préfet, de vérifier -notamment par la souscription, par l'intéressé, d'un contrat d'engagement au respect des principes de la République- que M. C respecte bien les conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7, l'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement que le préfet délivre à M. C une carte de résident portant la mention " résident longue durée-UE ". Il y a dès lors seulement lieu d'ordonner au préfet de la Côte-d'Or de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé lors dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. C, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande le préfet de la Côte-d'Or au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à M. C au titre de ces mêmes frais.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 1er décembre 2023 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de délivrer à M. C une carte de " résident longue durée-UE " et la décision rejetant implicitement le recours gracieux exercé par le requérant à l'encontre de cette décision sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de procéder au réexamen de la situation de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Côte-d'Or.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2025 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2025.

L'assesseure la plus ancienne,

M. DesseixLe président,

L. Boissy

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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