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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401484

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401484

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401484
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon annule l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet de l'Yonne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, ressortissant marocain, et l'a obligé à quitter le territoire. La juridiction retient que le préfet a commis une erreur de droit en ne se prononçant pas sur la demande d'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé, fondée sur son intégration professionnelle, et en se limitant à examiner la délivrance d'un titre en qualité de salarié. Cette omission constitue un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. A, en méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. En conséquence, l'arrêté est annulé et il est enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2024 et un mémoire enregistré le 1er septembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. B A, représenté par Me Ben Hadj Younes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet de l'Yonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence négative ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale, par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le préfet de l'Yonne, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de

M. A une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Djermoune, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 24 février 1974, est entré en France en novembre 2019 et s'est vu remettre un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier, valable du 25 novembre 2019 au 24 novembre 2022. Le 16 septembre 2022, il a demandé un changement de statut, la délivrance d'un titre de séjour " salarié " et une admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 8 avril 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Yonne a rejeté sa demande de titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 9 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' () ".

3. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

4. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

5. La demande de M. A, si elle évoquait la délivrance d'un titre de séjour en tant que salarié, faisait également état de ses liens personnels et familiaux en France et se concluait par une demande d'admission exceptionnelle au séjour, en raison de son intégration professionnelle dans la société française.

6. La décision de refus de séjour en litige ne se prononce que sur la seule demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, que le préfet de l'Yonne a refusé au motif que M. A ne remplissait pas les conditions pour la délivrance d'un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier, ce qui n'était pas l'objet de sa demande, et qu'il ne pouvait solliciter un titre de séjour professionnel sur un autre fondement, et notamment en qualité de salarié, en l'absence de visa de long séjour et de contrat de travail régulièrement visé par les services de la main d'œuvre étrangère. En revanche, cette décision ne se prononce pas sur la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A. Par suite, l'intéressé est fondé à soutenir que le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa demande de titre de séjour, et à demander pour ce motif, l'annulation du refus qui lui est opposé.

7. Il résulte de ce qui précède, que la décision de refus de séjour doit être annulée, de même que, par voie de conséquence, les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement implique seulement, eu égard au motif retenu ci-dessus pour justifier l'annulation prononcée, seul à même de la fonder, que, dans un délai de deux mois suivant sa notification, le préfet de l'Yonne procède à un nouvel examen de la situation de

M. A.

Sur les frais liés au litige

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'Etat de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que réclame M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du 8 avril 2024 du préfet de l'Yonne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Yonne de procéder à un nouvel examen de la situation de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions du préfet de l'Yonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Yonne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

M-E C

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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