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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401551

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401551

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401551
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantSTOYANOVA STANISLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 mai 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a transmis au tribunal administratif de Dijon la requête, enregistrée le 16 mai 2024, présentée par M. I H.

Par cette requête, enregistrée au tribunal administratif de Dijon le 16 mai 2024, et un mémoire enregistré le 22 mai 2024, M. I H, représenté par Me Stoyanova, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;

3°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet de l'Yonne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans ce département ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. H soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, l'heure de notification de la décision n'est pas indiquée, son droit à être entendu a été méconnu, la préfète n'a pas procédé à l'examen de sa situation personnelle, cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'un défaut de motivation, elle est entachée d'un vice d'incompétence, elle ne fait pas mention de l'heure de sa notification, elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle entachée d'erreur d'appréciation et d'erreur de droit ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence, d'un défaut de motivation, et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'assignation à résidence est entachée d'un vice d'incompétence et elle est illégale du fait de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 21 mai 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

La préfère de l'Aube soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 20204, le préfet de l'Yonne, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Le préfet de l'Yonne soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Desseix en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 22 mai 2024 à 9h00.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Desseix, magistrate désignée et les observations de M. H.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. H, ressortissant colombien né le 31 mai 2003, est entré irrégulièrement en France le 29 novembre 2021 selon ses déclarations. Par un arrêté du 14 mai 2024, la préfète de l'Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de cinq ans. Par un arrêté du même jour, le préfet de l'Yonne a assigné l'intéressé à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. H demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. H au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Aube :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, par un arrêté du 29 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs des services de l'État dans l'Aube, la préfète de l'Aube a donné délégation à M. Aurélien Ruiz, chef de bureau de l'éloignement et de l'asile, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Valérie Piot, directrice de la citoyenneté, de la légalité, et des collectivités locales, toutes les décisions et arrêtés relevant de l'éloignement et de l'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme Piot n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de signature de l'arrêté contesté. M. H n'est par suite pas fondé à soutenir que l'arrêté aurait été pris par un auteur incompétent.

5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les mentions des considérations de droit et de fait sur lesquels la préfète s'est fondée pour prendre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour pour une durée de cinq ans. Cette dernière, qui n'était pas tenue de faire référence, de manière exhaustive, à l'ensemble des éléments portés à sa connaissance, a ainsi suffisamment motivé cet arrêté.

6. Enfin, les conditions dans lesquelles est notifiée une décision administrative sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté ne comporterait pas de mention de l'heure à laquelle il a été notifié au requérant est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision en litige, laquelle fait état des principaux éléments caractérisant la situation personnelle et administrative de M. H, ni d'aucune pièce du dossier, que la préfète de l'Aube n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ". Selon l'article L. 122-2 de ce code : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".

9. D'une part, il ressort des dispositions du titre Ier du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des obligations de quitter le territoire français et des décisions relatives au délai de départ, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour qui ne constituent pas des sanctions mais des mesures de police administrative. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration.

10. D'autre part, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. En l'espèce, M. H, a été entendu par un officier de police judiciaire dans le cadre d'une garde à vue le 14 mai 2024, au cours de laquelle il a été invité à présenter des observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement. Au surplus, l'intéressé ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit pris l'arrêté attaqué et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe du droit de l'intéressé à être entendu doit par suite être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. H fait valoir qu'il réside en France depuis trois ans avec sa compagne et qu'il dispose d'une promesse d'embauche. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, dont l'entrée sur le territoire demeure récente, n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de son existence et où résident notamment ses parents. La réalité, l'ancienneté et la stabilité de sa relation de concubinage ne sont par ailleurs pas établies par les pièces du dossier. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard du but en vue duquel elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

13. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Selon l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

15. En deuxième lieu, les circonstances que M. H dispose d'une adresse et de documents de voyage, ne sont pas de nature à remettre en cause le risque de fuite, qui doit être regardé comme établi, dans les circonstances de l'espèce, dès lors que l'intéressé ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 14 doit, par suite, être écarté.

16. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que la préfète de l'Aube a fait usage de son pouvoir d'appréciation pour estimer que le risque de fuite justifiait le refus d'accorder un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

17. Enfin, si M. H se prévaut de la durée de son séjour en France, de sa situation de concubinage et d'une promesse d'embauche, il ne fait état d'aucune circonstance particulière justifiant que lui soit accordé un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

19. Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

20. M. H, qui réside en France depuis moins de trois ans selon ses déclarations, n'établit pas disposer d'attaches personnelles ou familiales en France, et n'a jamais entamé de démarche en vue de régulariser son séjour. Si l'intéressé a été interpelé pour des faits de conduite sans permis et sans assurance, son comportement ne peut être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public, compte tenu du caractère isolé de ces faits, lesquels n'ont au demeurant fait l'objet d'aucune condamnation à la date de l'arrêté attaqué. En outre, l'intéressé n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces circonstances, en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à cinq années, durée maximale autorisée par les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Aube a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

21. Il résulte de ce qui précède que la décision portant interdiction de retour en France pour une durée de cinq années doit être annulée.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Yonne :

22. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

23. En premier lieu, par un arrêté du 14 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour de la préfecture de l'Yonne, aisément consultable en ligne, le préfet de l'Yonne a donné délégation à Mme Pauline Girardot, sous-préfète, secrétaire générale de la préfecture de l'Yonne à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les mesures d'assignation à résidence. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.

24. La décision de la préfète de l'Aube portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant assignation à résidence, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

25. Il résulte de tout ce qui précède que M. H est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, contenue dans l'arrêté de la préfète de l'Aube du 14 mai 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

26. L'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'implique pas la délivrance au requérant d'un titre de séjour. Par suite les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

27. M. H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a toutefois pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre une somme à la charge de l'Etat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. H est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 14 mai 2024 par laquelle la préfète de l'Aube a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans à l'encontre de M. H est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. H est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. I H, à la préfète de l'Aube, au préfet de l'Yonne et à Me Stoyanova.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Troyes et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La magistrate désignée,

M. DesseixLe greffier,

L. Lelong

La République mande et ordonne à la préfère de l'Aube et au préfet de l'Yonne, chacun en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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