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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401571

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401571

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantWEBER KIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mai 2024, Mme B E, représentée par Me Weber, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les arrêtés du 17 mai 2024 par lesquels le préfet de la Côte d'Or, d'une part, a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et, d'autre part, l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme E soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant estimé lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et de la Cour nationale du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision de refus de séjour, et elle est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant estimé lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et de la Cour nationale du droit d'asile ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, aucun élément n'est invoqué par le préfet pour justifier son refus de lui accorder un délai de départ volontaire, cette décision méconnait le principe de proportionnalité, elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les modalités de la décision portant assignation à résidence sont disproportionnées.

Des pièces ont été produites par le préfet de la Côte d'Or le 21 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Desseix en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 23 mai 2024 à 14h00.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Desseix, magistrate désignée,

- les observations de Me Weber, représentant Mme E, qui reprend et développe les moyens de la requête ;

- et les observations de M. C, représentant le préfet de la Côte d'Or, qui conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Mme A D a été désignée en qualité d'interprète en langue géorgienne, à la demande de Mme E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14h15.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante géorgienne née le 5 juillet 2003, a sollicité l'asile en France le 26 mai 2023. L'OFPRA a rejeté sa demande par une décision du 28 août 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 6 mai 2024. Par un arrêté du 17 mai 2024, le préfet de la Côte d'Or a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Côte-d'Or a assigné l'intéressée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, Mme E demande l'annulation de ces deux arrêtés du 17 mai 2024.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme E, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour au titre de l'asile :

4. Il ne résulte ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée vis-à-vis des décisions de l'OFPRA et de la Cour nationale du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour serait entachée d'erreur de droit doit, dès lors, être écartée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, l'illégalité de la décision de refus de séjour n'ayant pas été établie, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

6. En second lieu, il ne résulte ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée vis-à-vis des décisions de l'OFPRA et de la Cour nationale du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que la décision de portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'erreur de droit doit, dès lors, être écartée.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Selon l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ". La décision relative au refus du délai de départ volontaire prévue par ces dispositions est motivée en application de l'article L. 613-2 dudit code.

8. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions citées au point 7, et mentionne que Mme E constitue une menace pour l'ordre public. Elle est par suite suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il ne résulte ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet se serait abstenu de procéder, au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée. L'erreur de droit ainsi soulevée à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire doit, dès lors, être écartée.

10. En troisième lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'ayant pas été établie, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

11. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a fait l'objet, le 17 mai 2024, d'une audition libre dans le cadre d'une enquête préliminaire pour des fais de vol, au cours de laquelle elle a reconnu les faits. Par suite, en estimant que le comportement de Mme E constitue une menace pour l'ordre public, le préfet de la Côte d'Or n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

12. Enfin, les moyens tirés de ce que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire méconnait le principe de proportionnalité et qu'elle est entachée d'erreur de droit ne sont pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme E n'établit pas que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par la voie de l'exception à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondé et doit être écarté.

14. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. Si Mme E soutient qu'elle a fui son pays du fait des persécutions qu'elle subissait et des menaces de mort dont elle a été victime, elle ne produit aucun commencement de preuve à l'appui de telles allégations, lesquelles n'ont au demeurant pas été jugées crédibles par l'OFPRA et la Cour nationale du droit d'asile, qui ont rejeté sa demande de protection internationale. Dans ces conditions, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant la Géorgie pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

16. Aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

17. Le préfet de la Côte d'Or a assigné Mme E à résidence dans le département de la Côte-d'Or, sur le territoire de la commune de Dijon, et lui a prescrit de se rendre au commissariat de police situé 2 place Suquet à Dijon, distant de son domicile de 4 kilomètres, chaque jour entre 8 heures et 9 heures, sauf les dimanche et jours fériés. Si l'intéressée se prévaut de son état de santé, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait une contre-indication médicale à ce qu'elle réalise ce trajet, le commissariat étant desservi par les transports en commun. Par ailleurs, si la requérante soutient que cette mesure est contraignante dès lors que son mari est astreint aux mêmes modalités d'assignation à résidence et que leur fils est âgé de deux mois et demi, il ne ressort pas des pièces du dossier que les intéressés seraient dans l'impossibilité de se rendre à ce commissariat. Les modalités d'application de la mesure d'assignation ne sont dès lors pas disproportionnées.

18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du 17 mai 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par Mme E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Mme E est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, au préfet de la Côte d'Or et à Me Weber.

Copie en sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La magistrate désignée,

M. DesseixLa greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de la Côte d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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