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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401665

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401665

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401665
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGUILLERET ASTRID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Guilleret, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution, d'une part, de la décision, en date du 15 mai 2023, par laquelle la maire de Savigny-sur-Seille l'a mise en demeure de réaliser les travaux nécessaires pour mettre sa maison, sise route de Montret, en conformité avec les prévisions du permis de construire accordé le 17 août 2020, d'autre part, de l'arrêté, en date du 29 mars 2024, par lequel cette même autorité, agissant au nom de l'Etat, a refusé de lui délivrer un permis modificatif.

2°) de condamner la commune de Savigny-sur-Seille à lui verser la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la suspension de l'exécution du refus de permis de construire opposée le 29 mars 2024 présente un caractère d'urgence, dès lors que l'abaissement de la toiture de la maison est techniquement et financièrement impossible ;

- il est fait état d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la mise en demeure du 15 mai 2023, laquelle lui a été adressée sans qu'elle ait été préalablement mise à même de faire valoir ses observations, comme le prévoit l'article L. 481-1- du code de l'urbanisme ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté portant refus de permis de construire du 29 mars 2024 ; en effet :

•le projet de permis de construire modificatif ne bouleverse pas le projet initial ;

•la construction se situe dans les parties urbanisées de la commune au sens de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, dont la maire de Savigny-sur-Seille a ainsi fait une inexacte application.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée le 27 mai 2024 sous le n° 2401666.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, dont la maison, sise route de Montret à Savigny-sur-Seille, avait été détruite par un incendie, s'est vu délivrer au nom de l'Etat par la maire de cette commune, le 17 août 2020, un permis de construire autorisant sa reconstruction à l'identique. L'autorité municipale ayant constaté que la maison en cours d'édification présentait une hauteur au faîtage nettement supérieure aux prévisions de ce permis de construire, soit 8,52 mètres au lieu de 6,73 mètres, Mme A, menacée pour cette raison de poursuites, a déposé une première demande de permis de construire modificatif afin de régulariser l'opération, demande qui a cependant donné lieu à un arrêté de refus opposé le 19 octobre 2021. Par lettre du 15 mai 2023, la maire de Savigny-sur-Seille a mis Mme A en demeure, sur le fondement de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme, de réaliser les travaux de mise en conformité nécessaires dans un délai de six mois. L'intéressée a sollicité et obtenu, le 28 novembre 2023, un délai supplémentaire de six mois et a déposé peu après une nouvelle demande de permis de construire modificatif, à l'effet, notamment, de régulariser la surélévation constatée trois ans plus tôt. Par arrêté du 29 mars 2024, la maire de Savigny-sur-Seille, agissant toujours au nom de l'Etat en l'absence de document local d'urbanisme, lui en a refusé la délivrance. Mme A demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de la mise en demeure du 15 mai 2023 et de ce second refus de permis de construire modificatif.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes, cependant, de l'article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 dispose : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l'ensemble des circonstances de l'affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.

4. Mme A, qui, formellement, n'invoque une situation d'urgence qu'au soutien de ses conclusions visant l'arrêté du 29 mars 2024 lui refusant la délivrance d'un permis de construire modificatif, non à l'appui de ses conclusions visant la mise en demeure du 15 mai 2023, fait valoir que la réalisation des travaux nécessaires pour ramener la hauteur de sa maison à ce qui était prévu par le permis de construire initial accordé en août 2020 est " techniquement et financièrement impossible ". Elle n'en justifie toutefois par aucun début de commencement de preuve, que ce soit du point de vue technique, par une description desdits travaux, ou du point de vue financier, par une estimation de leur coût. En outre, et en tout état de cause, Mme A, en faisant édifier une maison nettement plus haute que les prévisions son permis de construire, lequel lui avait été délivré au bénéfice des dispositions particulières de l'article L. 111-15 du code de l'urbanisme et ne pouvait ainsi permettre qu'une reconstruction à l'identique du bâtiment sinistré, est elle-même à l'origine de la situation dans laquelle elle se trouve, ce qui exclut le constat, à ce titre, d'une urgence opposable à l'administration. La condition d'urgence n'est donc pas remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence de moyens propres à susciter un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige, que les conclusions de Mme A tendant à la suspension de ces décisions, ensemble et par voie de conséquence sa demande accessoire relative aux frais non compris dans les dépens, doivent être rejetées selon la modalité prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera adressée pour information au préfet de Saône-et-Loire.

Fait à Dijon, le 30 mai 2024.

Le président du tribunal, juge des référés,

David Zupan

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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