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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401739

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401739

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401739
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2024, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du " 7 décembre 2024 " par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé la Turquie comme pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Il soutient que :

- la précédente mesure d'éloignement ne lui a pas été notifiée ;

- elle est entachée d'une erreur matérielle quant à sa date ;

- le préfet n'a pas tenu compte des risques qu'il encourt en Turquie où il est activement recherché ;

- il est menacé en Turquie pour ses engagements politiques ; il craint d'y être condamné et emprisonné pour terrorisme ;

- il a été interpellé lors d'un contrôle d'identité alors qu'il n'avait commis aucune infraction ; il a été contrôlé parce qu'il parlait une langue orientale.

Le préfet de Saône-et-Loire a produit des pièces qui ont été communiquées le 4 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Ach en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 7 juin 2024 à 10 heures 30.

Le rapport de Mme Ach, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d'audience, en l'absence des parties. Mme Ach expose, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité de la requête en raison de sa tardiveté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 8 octobre 1989, déclare être entré irrégulièrement en France le 5 décembre 2022. Sa demande tendant à la reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides par décision du 15 juin 2023, confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 24 octobre 2023. Par un arrêté du 7 décembre 2023 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner en France pour une durée d'un an. Par arrêté du 29 mai 2024 notifié le jour-même, cette même autorité a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans l'arrondissement d'Autun. Par sa requête, M. A doit être regardé comme demandant uniquement l'annulation de la mesure d'éloignement prise à son encontre et de la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code dans sa version applicable à la date d'édiction de la mesure d'éloignement contestée : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " () Conformément aux dispositions de l'article L. 614-5 du même code, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de quinze jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour notifiées simultanément. () ". Aux termes de l'article R.776-5 du même code : " () II. - Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 7 décembre 2023 portant mesure d'éloignement de M. A, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et auquel se réfère l'arrêté portant assignation à résidence de l'intéressé, mentionnait le délai de quinze jours imparti pour introduire un recours devant la juridiction administrative. Si le requérant soutient qu'il a pris connaissance de cet arrêté uniquement le 29 mai 2024, à l'occasion de la notification de la décision portant assignation à résidence, il ressort de l'avis de réception produit par le préfet que le pli contenant l'arrêté attaqué lui a été notifié le 12 décembre 2023 à l'adresse qu'il avait indiquée à la préfecture et qui a été retourné le 4 janvier 2024 avec la mention " pli avisé non réclamé ". Dès lors, la requête enregistrée le 31 mai 2024, dirigée exclusivement contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, est tardive et doit être rejetée en raison de son irrecevabilité.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

La magistrate désignée,

N. ACHLa greffière,

L. LELONG

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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