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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401761

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401761

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401761
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantROTHDIENER GAËTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juin 2024, Mme F B, représentée par Me Rothdiener, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2024 par lequel le préfet de la Nièvre a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle dès lors que le préfet n'a pas pris en considération l'état de santé de son époux et des démarches effectuées par celui-ci pour se voir attribuer un titre de séjour sur ce fondement ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Nièvre soutient que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Mme F B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Boissy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F B, ressortissante macédonienne née en 1983 et entrée en France, selon ses déclarations, le 12 avril 2023 - accompagnée de son mari M. C B et de ses trois enfants mineurs, les jeunes A, D et E, nés respectivement en 2012, 2014 et 2017-, a présenté une demande de protection internationale qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) selon la procédure accélérée le 24 octobre 2023. Parallèlement, l'intéressée a sollicité un titre de séjour. Par un arrêté du 17 mai 2024, le préfet de la Nièvre a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Mme B demande l'annulation de cet arrêté du 17 mai 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et n'a dès lors pas méconnu les dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des termes mêmes de l'arrêté du 17 mai 2024, que le préfet de la Nièvre n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressée ou de son époux et aurait ainsi commis une erreur de droit.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. Si Mme F B allègue que sa famille a contracté des dettes qu'elle n'est aujourd'hui pas en mesure de rembourser et qu'elle craint des représailles de ses créanciers, l'intéressée n'établit pas la réalité ou l'actualité des risques qu'elle serait susceptible d'encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Tout d'abord, dès lors que Mme B est entrée en France accompagnée de son mari et de ses trois enfants mineurs, rien ne fait obstacle à ce que l'ensemble de la cellule familiale se reconstitue en Macédoine, pays dont ils ont la nationalité et dans lequel elle a vécu l'essentiel de sa vie. Ensuite, l'intéressée, qui est arrivée récemment en France, n'apporte pas d'éléments sérieux de nature à prouver qu'elle serait, de manière significative, insérée personnellement, socialement et professionnellement au sein de la société française. Enfin, sa demande d'asile ayant été rejetée par l'OFPRA selon la procédure accélérée, ainsi qu'il a été dit au point 1, la requérante ne dispose plus du droit de se maintenir en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En dernier lieu, la requérante ne peut pas utilement se prévaloir de ce que le préfet de la Nièvre a méconnu le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette disposition a été supprimée par l'article 37 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 qui est entré en vigueur le 28 janvier 2024.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de la requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, au préfet de la Nièvre et à Me Rothdiener.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Laurent, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

M-E LaurentLe président,

L. BoissyLa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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