jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2401808 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | SELARL BROCARD-GIRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 juin 2024, M. D A représenté par Me Gire, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a prononcé une assignation à résidence dans le département de la Côte-d'Or pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de procéder à l'effacement sans délai du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
M. A soutient que :
- l'arrêté d'éloignement du 4 juin 2024 est entaché d'un vice d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- l'arrêté du 4 juin 2024 portant mesure d'assignation à résidence est entaché d'un vice d'incompétence et est illégal par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bois, première conseillère, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bois, magistrate désignée,
- les observations de M. C, représentant le préfet de la Côte d'Or.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 20 juillet 1989, déclare être entré sur le territoire français en 2013. Par un arrêté du 4 juin 2024, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, M. A a été assigné à résidence dans le département de la Côte-d'Or pour une durée de quarante-cinq jours. L'intéressé demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés du 4 juin 2024.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 4 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français, décision de refus de délai de départ volontaire, décision fixant le pays de renvoi et décision portant interdiction de retour sur le territoire :
S'agissant du moyen commun aux décisions :
3. Par un arrêté n° 21-2024-01-18-00003 du 18 janvier 2024, publié le 22 janvier 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a délégué sa signature à M. Mougenot, secrétaire général de la préfecture et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme Ghayou, secrétaire générale adjointe, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels figurent les décisions portant obligation de quitter le territoire, refusant l'octroi de délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français ainsi que les décisions d'assignation à résidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. Mougenot n'aurait pas été absent ou empêché le 4 juin 2024. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme Ghayou n'était pas compétente pour signer l'arrêté du 4 juin 2024 manque en fait et doit par suite être écarté.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français : :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1°L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".
5. Il résulte des termes de la décision attaquée que le préfet de la Côte d'Or doit être regardé comme s'étant fondé sur le 1° et le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour édicter la mesure d'éloignement à l'encontre de M. A.
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que si M. A a été mis en cause et a été placé en garde à vue le 3 juin 2024 pour des faits de " violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été son conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " à l'endroit de Mme B, sa concubine, aucune condamnation particulière ni aucune poursuite pénale n'a été diligentée à son encontre. Par ailleurs, la circonstance, à supposer même qu'elle soit établie, que M. A soit défavorablement connu des services de police auprès des autorités espagnoles est sans incidence sur l'appréciation de son comportement sur le territoire français. Dans ces conditions, en se fondant sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prononcer une mesure d'éloignement à l'encontre de M. A, alors, au demeurant, que l'intéressé est entré sur le territoire français depuis plus de trois mois, le préfet de la Côte-d'Or a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
7. En second lieu, il n'est pas contesté par le requérant que, comme l'indique sans équivoque le préfet de la Côte-d'Or dans sa décision, M. A, entré irrégulièrement sur le territoire français selon ses dires en 2013, ne justifie pas avoir procédé à la régularisation de sa situation administrative sur le territoire en ayant sollicité un titre de séjour à la date de la décision attaquée.
8. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Côte-d'Or aurait pris la même décision s'il s'était seulement fondé sur le motif mentionné au point 7 et non sur le motif analysé au point 6.
S'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire :
9. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision de refus de délai de départ volontaire, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
10. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
12. En second lieu, en vertu des articles L. 613-2, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger et sauf si des circonstances humanitaires y font manifestement obstacle, l'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public, en tenant compte, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
13. Il ressort des pièces du dossier que, comme il a été dit aux points 1 et 7, M. A est resté en situation irrégulière sur le territoire français pendant au moins onze ans. Par ailleurs, ce dernier, célibataire et sans charge de famille, qui a été placé en garde à vue pour des violences conjugales à l'endroit de sa concubine, n'établit aucune attache privée particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas, dans les circonstances très particulières de l'espèce, entaché la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans d'une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne l'arrêté du 4 juin 2024 portant mesure d'assignation à résidence :
14. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, le moyen de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
15. En second lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision d'assignation à résidence, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 4 juin 2024. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Le préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat et ne justifie pas avoir exposé des frais spécifiques à l'occasion de l'instance, n'est pas fondé à demander à ce qu'une somme soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Gire.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La magistrate désignée,
C. BoisLa greffière,
S. Kieffer
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026