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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401820

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401820

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401820
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon annule l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de l'Yonne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D, ressortissant algérien. Le tribunal juge que le préfet a commis une erreur de droit en exigeant un visa de long séjour, alors que l'article 6, 2° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne le requiert pas pour la délivrance d'un certificat de résidence "vie privée et familiale" à un ressortissant algérien marié à un Français, dès lors que l'entrée régulière initiale est établie. La solution retenue est l'annulation de la décision préfectorale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2024, M. A D, représenté par Me Ben Hadj Younes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de l'Yonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a exigé la détention d'un visa de long séjour, en méconnaissance des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er août 2024, le préfet de l'Yonne, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

6 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Djermoune, substituant Me Ben Hadj Younes, représentant

M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né en 1993, est entré régulièrement en France le 26 janvier 2017 sous couvert d'un visa de court séjour. Par arrêté du 23 mars 2018, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Le 9 mars 2021, M. D et Mme C B ont conclu un pacte civil de solidarité notarié ; puis, le 11 mai 2022,

M. D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par arrêté du 21 juin 2023, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel M. D pourra être reconduit d'office. Cet arrêté a été confirmé par jugement du tribunal administratif de Dijon du

21 mars 2024.

2. Le 22 novembre 2023, M. D a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en se prévalant de son mariage, le 7 octobre 2023, avec Mme C B, de nationalité française. Par arrêté du 2 mai 2024, le préfet de l'Yonne a rejeté cette demande de titre de séjour. M. D en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ". Il résulte par ailleurs des stipulations de l'article 9 de ce même accord que la production d'un visa de long séjour n'est pas exigée pour la délivrance d'un certificat algérien fondée sur l'article 6 de ce même accord.

4. Il résulte de ces stipulations, lesquelles régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, que la circonstance qu'un ressortissant algérien, régulièrement entré en France sous un visa de court séjour, ait fait l'objet, au-delà de la durée de validité de ce visa, de décisions de refus de titre de séjour assorties de mesures d'éloignement, régulièrement notifiées, ne fait pas obstacle à ce que la condition d'entrée régulière en France continue d'être regardée comme remplie, dès lors que l'étranger s'est maintenu sur le territoire. Par suite, il est fondé à se prévaloir des effets juridiques attachés, par les stipulations du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, à son entrée régulière sur le territoire français, notamment à l'encontre d'un refus de certificat de résidence assorti d'une obligation de quitter le territoire français, lorsqu'il a contracté mariage avec un ressortissant français, même si le mariage est postérieur à ces décisions.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et ainsi que le reconnaît le préfet de l'Yonne dans l'arrêté en litige, que M. D est entré en France le 26 janvier 2017 muni d'un visa de court séjour en cours de validité. Le requérant justifie ainsi d'une entrée régulière sur le territoire français.

6. En second lieu, pour refuser la demande de titre de séjour présentée par M. D, le préfet de l'Yonne s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas de la détention d'un visa de long séjour prévu à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en a déduit que M. D ne remplissait pas les conditions pour obtenir la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle. En outre, le préfet fait valoir que le requérant a fait l'objet, par arrêté du 21 juin 2023, d'une mesure d'éloignement. Toutefois, ainsi qu'il a été dit aux points 3 et 4, d'une part, les stipulations précitées de l'accord franco-algérien sont seules applicables à la situation de M. D et n'imposent pas la production d'un visa de long séjour, et, d'autre part, l'édiction d'une mesure d'éloignement ne fait pas obstacle à ce que la condition d'entrée régulière continue d'être regardée comme remplie, dès lors qu'il est constant que M. D s'est maintenu, depuis le 23 mars 2017, sur le territoire français en dépit de mesures d'éloignement édictées en 2018 et 2023. Il suit de là qu'au vu de son mariage le 7 octobre 2023 avec une ressortissante française, M. D remplissait l'ensemble des conditions pour obtenir un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de l'Yonne a rejeté sa demande de délivrance d'un certificat de résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement implique, sous réserve d'un changement de circonstances y faisant obstacle, que soit délivré à M. D un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Yonne d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de munir l'intéressé, dans l'attente, d'un document provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. D, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros à verser à M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Yonne du 2 mai 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Yonne de délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an à M. D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'un document provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions du préfet de l'Yonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de l'Yonne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Auxerre en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

V. E

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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