jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2401916 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | SI HASSEN MYRIAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 juin 2024, M. D B, représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 12 juin 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros hors taxes au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué doit être regardé comme entaché d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit, dès lors que préalablement à son édiction, le préfet n'a pas vérifié son droit au séjour conformément à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il représente une menace pour l'ordre public ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et de disproportion dans l'application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet n'a pas pris en compte l'ensemble des critères posés par ces articles avant de prendre l'interdiction de retour sur le territoire français contestée ;
- l'arrêté portant assignation à résidence est illégal du fait de l'illégalité la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- cet arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé, faute de justifier de la nécessité d'obliger le requérant à se présenter quotidiennement du lundi au samedi au commissariat de police de Dijon ;
- cet arrêté est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Viotti en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 19 juin 2024 à 10h30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, conseillère,
- les observations de Me Si Hassen, représentant M. B, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête ;
- et celles de M. Da Rocha, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a repris ses écritures en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été enregistrée pour le préfet de la Côte-d'Or.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 21 avril 1984, déclare être entré en France pour la dernière fois le 12 juin 2024. Il avait fait l'objet, le 24 août 2022, d'une première mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français, demeurée inexécutée. Par deux arrêtés du 12 juin 2024, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours. M. B en demande l'annulation.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne le moyen visant les arrêtés attaqués dans leur ensemble :
3. La signataire des arrêtés attaqués, Mme Amelle Ghayou, secrétaire générale adjointe de la préfecture de la Côte-d'Or, a été investie par le préfet de la Côte-d'Or d'une délégation à cet effet en vertu d'un arrêté du 18 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 22 janvier suivant, du reste visé par la décision en litige et aisément consultable en ligne. Cet arrêté prévoit que la délégation de signature conférée à Mme Ghayou joue en cas d'absence ou d'empêchement du délégataire de premier rang et la requérante ne conteste pas que cette situation fût effectivement constituée à la date des arrêtés en litige. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ".
5. Il ne ressort d'aucune mention de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de la Côte-d'Or n'aurait pas vérifié le droit au séjour de l'intéressé au regard des critères de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'intéressé fait valoir qu'il aurait dû bénéficier d'un titre de séjour pour raisons de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'apporte aucun élément permettant d'établir que son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
7. En l'espèce, la mesure d'éloignement est fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'occurrence, M. B ne conteste pas être entré irrégulièrement en France et s'y être maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait considéré à tort qu'il représente une menace à l'ordre public est dépourvu d'incidence sur la légalité de la décision en litige.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. En l'espèce, M. B n'apporte aucun élément de nature à établir sa résidence habituelle en France depuis l'année 2009. Il fait également valoir qu'il est père d'un enfant âgé de douze ans, qu'il n'a jamais reconnu ni même rencontré selon ses propres déclarations. Il ressort à ce titre du formulaire de renseignement administratif que M. B est dépourvu de toute attache familiale ou affective en France, alors qu'il n'est pas isolé dans son pays d'origine, où résident encore ses frères et sœurs. Par ailleurs, il ne fait valoir aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire. Enfin, il est constant qu'il s'est maintenu sur le territoire français en dépit de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 24 août 2022. Eu égard à ses conditions de séjour en France, l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
10. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, qui n'emporte pas par elle-même renvoi de l'intéressé dans son pays d'origine.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
11. Les moyens invoqués à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ayant été écartés, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Selon l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
13. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, le préfet de la Côte-d'Or s'est fondé sur la circonstance que son comportement représente une menace à l'ordre public et qu'il existe un risque de fuite, dans la mesure où il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il est dépourvu de domicile fixe et stable. Il n'est pas établi que le requérant disposerait de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, ni qu'il disposerait d'un domicile stable. Le préfet de la Côte-d'Or n'a dès lors pas commis d'erreur d'appréciation en estimant qu'il existait un risque que le requérant se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Par suite, et nonobstant la circonstance alléguée selon laquelle il ne représenterait pas un trouble pour l'ordre public, le préfet de la Côte d'Or pouvait, pour ce seul motif, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire en se fondant sur le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B excipe en vain de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
15. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
16. S'il ressort des pièces du dossier que M. B bénéficie d'un suivi médical, il n'établit pas, ainsi qu'il a été dit, que son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
17. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ayant été écartés, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
19. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
20. En l'espèce, la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a interdit à M. B de retourner sur le territoire français pendant une durée de cinq ans mentionne les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose de manière suffisante les motifs de fait sur lesquels elle se fonde et atteste de la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées.
21. En troisième lieu, M. B, qui s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre, ne fait valoir aucune circonstance humanitaire pouvant justifier que le préfet de la Côte-d'Or ne prononçât pas une interdiction de retour sur le territoire français. Il fait néanmoins valoir que la durée de l'interdiction est disproportionnée, dès lors que son comportement ne représente pas une menace grave pour l'ordre public.
22. L'existence d'une menace à l'ordre public doit être appréciée au vu du comportement de l'intéressé et des risques objectifs que celui-ci fait peser sur l'ordre public. L'autorité préfectoral peut légalement prendre en compte l'état de santé mental de l'intéressé comme un élément de nature à caractériser l'existence d'une telle menace à l'ordre public, alors même que cet état n'atteindrait pas un degré de gravité suffisant pour justifier son hospitalisation d'office
23. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B est défavorablement connu au fichier automatisé des empreintes digitales sous plusieurs identités différentes pour des faits de vol en réunion commis le 30 avril 2011, violences avec arme blanche commis le 29 mai 2011, vol aggravé commis le 18 février 2012, infractions aux conditions générales d'entrée et de séjour, délit aux débits de boissons ou commerce de l'alcool et du tabac et rébellion commis le 2 août 2011, et de destruction et dégradation de biens publics commis le 29 décembre 2013. Le 5 décembre 2022, M. B, sous l'identité de " M. A B ", a été reconnu pénalement irresponsable des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité par le tribunal correctionnel de Marseille, avant qu'il ne soit hospitalisé d'office. Il a également été interpellé le 11 juin 2024 pour des faits de recel d'un bien provenant d'un vol. M. B ne conteste pas la matérialité des faits qui lui sont reprochés. En outre, la circonstance que ces faits puissent être susceptibles de fonder une action répressive et que le juge pénal ne se soit pas encore prononcé à ce sujet ne fait pas obstacle à ce que le préfet de la Côte-d'Or les prenne en compte. Si le requérant produit des feuilles de rendez-vous dans un hôpital psychiatrique de Dijon, ainsi que des ordonnances médicales et des feuilles de soins, ces documents portent uniquement sur l'année 2023. Ainsi, il n'apporte aucun élément permettant de justifier que ses troubles se seraient désormais stabilisés. Compte tenu du caractère récent des faits qui lui sont reprochés et des troubles psychologiques dont il souffre, lesquels peuvent le conduire à être violent avec autrui, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Côte-d'Or a pu considérer que le comportement de M. B représente une menace pour l'ordre public.
24. D'autre part, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Côte-d'Or a tenu compte de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a commis aucune erreur de droit. En outre, la circonstance que le préfet de la Côte-d'Or n'ait pas caractérisé la menace à l'ordre public que représente le comportement de M. B de " grave " ne faisait pas obstacle à ce qu'il fixe la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à la durée maximale, soit cinq ans. Enfin, compte tenu de la situation privée et familiale de M. B, telle que retracée au point 9, de la précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, prise à son encontre le 24 août 2022, et de la menace à l'ordre public qu'il représente, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas commis d'erreur d'appréciation en lui faisant interdiction de retourner sur le sol national pendant une durée de cinq ans.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
25. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision obligeant M. B à quitter territoire français n'est pas entachée des illégalités alléguées. Par suite, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence, ne peut qu'être écartée.
26. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction en vigueur avant le 28 janvier 2024 : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
27. L'arrêté en litige, qui vise les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 et celles de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du 12 juin 2024, notifiée le même jour. Elle indique ensuite que l'exécution de cette mesure demeure une perspective raisonnable mais que l'intéressé ne peut pas quitter immédiatement le territoire français, dans la mesure où il est démuni de documents d'identité et de voyage et qu'il est nécessaire d'obtenir un laissez-passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle de son départ. Par suite, et alors que le préfet de la Côte d'Or n'était pas tenu de justifier les modalités de présentation aux services de police qu'il a retenues, cette décision est suffisamment motivée.
28. Enfin, le moyen tiré de ce que M. B ne représente pas une menace à l'ordre public est inopérant, l'arrêté portant assignation à résidence n'étant pas fondé sur un tel motif.
29. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 12 juin 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
30. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
31. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de la Côte-d'Or, et à Me Si Hassen.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La magistrate désignée,
O. VIOTTILa greffière,
L. LELONG
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 2401916
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026