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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402017

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402017

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 1 JU
Avocat requérantN DIAYE CATHERINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2024, M. D A représenté par Me N'Diaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de suspendre l'exécution de cet arrêté ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

-la décision a été prise par une autorité incompétente ;

-elle a été prise en violation de l'article L. 541-3 et L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et il y lieu de suspendre l'exécution de la décision ;

-elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

-elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la convention des droits de l'enfant et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en violation de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

-la décision a été prise par une autorité incompétente ;

-elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision d'éloignement ;

-elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

-la décision a été prise par une autorité incompétente ;

-elle a été prise en violation de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

19 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative, en vigueur jusqu'au 15 juillet 2014, pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 17 octobre 2024.

A seul été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées :

- le rapport de Mme C, qui a soulevé d'office les moyens tirés du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français, dès lors que M. A s'est vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire, et de l'annulation, par voie de conséquence, des autres décisions attaquées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant kosovar, est entré en France en décembre 2022, en compagnie de son épouse, Mme B, ressortissante albanaise, et de leurs quatre enfants, pour y solliciter l'asile. Leur demande a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) du 4 janvier 2024. Par arrêté du 31 mai 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° () le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ". D'autre part, aux termes de l'article

L. 424-9 du même code : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans () ", tandis qu'aux termes de l'article R. 424-7 du même code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 424-9 ou L. 424-11 dans un délai de trois mois à compter de la décision d'octroi de la protection subsidiaire par () la Cour nationale du droit d'asile ".

3. L'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 29 juillet 2024. Cette reconnaissance ayant un effet recognitif, la qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire reconnue à l'intéressé est réputée lui appartenir depuis le jour de son arrivée en France. En conséquence, l'autorité administrative ne peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il a obtenu cette qualité. Par suite, cette reconnaissance a pour conséquence nécessaire d'enlever toute base légale à l'arrêté contesté.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 31 mai 2024 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a prononcé à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire français doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions fixant le délai de départ volontaire, le pays de destination et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent également être annulées.

Sur les conclusions en injonction :

6. Il résulte de l'instruction que M. A a d'ores et déjà déposé, le 13 août 2024, une demande de titre de séjour et s'est vu remettre une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à séjourner en France du 13 août 2024 au 12 février 2025, dans l'attente de la délivrance de ce titre de séjour. A la date du présent jugement, le délai imparti pour la délivrance de ce titre n'est pas expiré. L'exécution du présent jugement n'implique dès lors pas d'autre mesure d'exécution.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : l'arrêté du 31 mai 2024 du préfet de Saône-et-Loire est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Dijon, et, conformément à l'article R. 751-10 du code de justice administrative, au procureur de la république près le tribunal judiciaire de Mâcon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

La magistrate désignée,

M-E C

La greffière

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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