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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402059

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402059

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402059
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationREFERE
Avocat requérantFAZOLO INDIARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2024 et un mémoire complémentaire produit le 1er juillet 2024, M. B C, représenté par Me Fazolo, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés, en date du 25 juin 2024, par lesquels le préfet de la Côte-d'Or, d'une part, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office, a assorti cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant dix-huit mois et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, d'autre part l'a assigné à résidence dans la commune d'Auxonne pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de faire injonction au préfet de la Côte-d'Or ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, dans tous les cas, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- sa requête, déposée en temps utile, est recevable ;

- les arrêtés attaqués sont entachés d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à leur signataire ;

- s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

• elle est insuffisamment motivée au regard des exigences des articles L 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

• elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa demande et d'une erreur de fait ;

• elle procède d'une erreur de droit, méconnaît l'article 6 5) de l'accord franco-algérien et a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

• elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

• cette décision est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité du refus de certificat de résidence ;

• elle est entachée d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

• elle est insuffisamment motivée ;

• elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa demande et d'une erreur de fait ;

• elle procède d'une erreur de droit et a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

• elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

• cette décision est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

• elle est insuffisamment motivée ;

• elle a été prise en violation des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- s'agissant du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

• cette décision est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

• elle est insuffisamment motivée ;

• elle est entachée d'une erreur de fait en tant qu'elle lui impute une fraude ;

• elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

• cette décision est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus de délai de départ volontaire ;

• elle est insuffisamment motivée ;

• elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- s'agissant de l'arrêté d'assignation à résidence :

• cet arrêté est dépourvu de base légale, du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

• il est insuffisamment motivé ;

• il porte, en raison des lourdes contraintes qu'il fait peser sur lui, une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir ainsi qu'à son droit au travail et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zupan , qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, qu'il était susceptible de fonder son jugement sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'arrêté d'éloignement du 25 juin 2024 en tant qu'il informe M. C qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, cette information ne constituant pas une décision distincte de l'interdiction de retour sur le territoire français et n'étant pas, dès lors, susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;

- les observations de Me Fazolo, pour M. C, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans les mémoires visés ci-dessus, y ajoutant que, quoiqu'étant en désaccord avec le moyen d'ordre public soulevé par le juge, elle s'en remet à lui sur ce point ;

- les observations de M. A, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans le mémoire en défense, y ajoutant que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour est inopérant, la mesure d'éloignement ayant été prise sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né en 1984, est entré en France en décembre 2014 muni d'un passeport algérien revêtu d'un visa Schengen. A la suite de son placement en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour, le préfet de la Côte-d'Or, par un arrêté du 25 juin 2024, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office, a assorti cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant de dix-huit mois et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par un second arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune d'Auxonne pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la compétence du président du tribunal :

2. Il appartient au président du tribunal administratif, saisi dans le cas prévu par les articles L. 614-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et, le cas échéant, assignation à résidence, ainsi que, en tant qu'elles peuvent s'y rapporter, sur les conclusions à fin d'injonction et celles, accessoires, tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en tant qu'elles. En revanche, les conclusions tendant à l'annulation du refus de titre de séjour, ainsi que, en tant qu'elles peuvent s'y rapporter, sur les conclusions en injonction et les accessoires dont elles sont assorties, relèvent de l'une des formations collégiales du tribunal. Elles doivent donc être renvoyées à une telle formation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le moyen visant l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, la signataire des arrêtés attaqués, Mme Amelle Ghayou, secrétaire générale adjointe de la préfecture de la Côte-d'Or, a été investie par le préfet de la Côte-d'Or d'une délégation en vertu d'un arrêté du 18 janvier 2024, régulièrement publié le 22 du même mois au recueil des actes administratifs, du reste visé par la décision en litige et aisément consultable en ligne. Cette délégation de signature joue en cas d'absence ou d'empêchement du délégataire de premier rang et le requérant ne conteste pas que cette situation était effectivement constituée à la date des arrêtés attaqués. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens visant l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". L'article L. 613-1 du même code dispose : " Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".

5. En premier lieu, la décision contestée vise les textes qui la fondent, en particulier le 2° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que M. C s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la validité de son visa, qui a expiré le 15 mai 2015. Elle fait par ailleurs apparaître que le préfet a vérifié le droit au séjour de l'intéressé, de sorte que sa motivation satisfait aux exigences de l'article L. 613-1 de ce code.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni de cette motivation ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or aurait négligé de procéder à un examen attentif et complet de la situation de M. C. A cet égard, l'allégation du requérant selon laquelle le préfet n'aurait tenu aucun compte de sa demande de certificat de résidence envoyée le 20 juin 2024, dont il n'aurait été accusé réception que le 26 du même mois, soit le lendemain de l'arrêté attaqué, outre qu'elle confine à l'absurde, le préfet n'étant pas censé se prononcer sur des éléments qu'il n'a pas encore reçus ni dévinés qu'ils sont en cours d'acheminement, manque en tout état de cause en fait, ledit arrêté visant cette demande, reçue le 21, non le 26, sur laquelle il se prononce expressément, cela d'ailleurs aussi bien sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien qu'au titre de son 1), contrairement à ce que soutient le requérant tout en citant lui-même le passage de l'arrêté qui suffit à le démontrer.

7. En troisième lieu, si le requérant invoque incidemment, dans l'argumentaire du moyen précédent, une " erreur de fait ", il n'en précise pas la consistance.

8. En quatrième lieu, la mesure d'éloignement contestée a été prise, ainsi qu'il a été dit, sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, donc en considération du fait que M. C s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la validité de son visa, et non comme sur le fondement du 3° de cet article. Elle n'a donc pas le caractère d'une mesure d'application de la décision portant refus de titre de séjour, laquelle n'en constitue pas la base légale. En conséquence, les moyens par lesquels il est excipé de l'illégalité de ce refus de titre de séjour sont, en tant que tels, inopérants.

9. Néanmoins, M. C peut être regardé comme invoquant à tout le moins, ce faisant, en référence implicite aux termes de l'article L. 613-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la méconnaissance d'un droit au séjour selon lui fondé sur l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, pris en son 5°, en vertu duquel le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit au ressortissant algérien " dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

10. Le requérant fait valoir, sur ce point, qu'il vit en France de façon continue depuis décembre 2014, qu'il y exerce depuis huit ans une activité professionnelle dans le secteur du bâtiment et paie des impôts, qu'il est autonome et a un domicile stable, qu'il est parfaitement bilingue et bien inséré, qu'il a en France des attaches familiales, notamment son grand-père maternel aujourd'hui décédé et un oncle, tous deux de nationalité française, enfin, qu'il ne trouble pas l'ordre public. Toutefois, l'ancienneté du séjour en France de M. C et son expérience professionnelle sont essentiellement dues à la fraude dont il s'est rendu coupable en faisant usage d'une fausse carte d'identité belge. Par ailleurs l'intéressé est célibataire, sans charge de famille, et ne conteste pas la mention de l'arrêté attaqué selon laquelle ses parents, comme ses frères et sœurs, résident toujours en Algérie, pays où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Dans ces conditions, M. C ne peut se prévaloir d'un droit au séjour sur le fondement des stipulations précitées de l'accord franco-algérien.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Comte tenu de ce qui a été énoncé au point 10, la mesure d'éloignement contestée ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de M. C au respect sa vie privée et familiale. Le requérant ne fait pas utilement valoir, en outre, qu'il sera en mesure de justifier, en décembre 2024, d'une ancienneté de séjour de dix ans lui conférant un droit au séjour en vertu de l'article 6 1) de l'accord franco-algérien, cette perspective ne pouvant découler que d'un refus de sa part de se soumettre à l'exécution de la décision attaquée elle-même. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut dès lors être accueilli. Pour les mêmes raisons, cette décision ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Selon l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa () sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

14. En premier lieu, M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à en exciper à l'appui des conclusions lui refusant un délai de départ volontaire.

15. En deuxième lieu, la décision en litige vise les 1°, 2° et 3° de l'article L. 612-2 et les 2°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que le comportement du requérant, qui a usé d'une fausse carte nationale d'identité belge, représente une menace à l'ordre public, que la demande de titre de séjour qu'il a présentée était manifestement infondée, et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a déclaré ne pas vouloir regagner son pays d'origine et qu'il est démuni de document d'identité et de voyage en cours de validité. Cette décision satisfait ainsi à l'exigence de motivation fixée en la matière par l'article L. 613-2 dudit code, être motivée du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. En troisième lieu, M. C a lui-même explicitement reconnu, lors de son audition le 7 juin 2024 par les services de la gendarmerie nationale d'Auxonne, être en possession et avoir fait usage d'une fausse carte d'identité belge. Ainsi, le moyen tiré d'une erreur de fait commise à ce titre par le préfet de la Côte-d'Or ne peut qu'être écarté.

17. En quatrième lieu, la circonstance, à la supposer avérée, que l'usage d'une fausse carte d'identité n'ait pas encore donné lieu à des poursuites pénales à l'encontre de M. C ne saurait faire obstacle à ce que le préfet de la Côte-d'Or en tienne compte pour refuser d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire. En estimant qu'une telle fraude, pour laquelle l'article 441-3 du code pénal prévoit une peine de deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende, était de nature à caractériser l'existence d'une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas inexactement qualifié les faits qui lui étaient soumis ni entaché sa décision de l'erreur de droit alléguée. C'est à bon droit également qu'il a relevé, le requérant étant dans l'impossibilité de présenter un document d'identité ou de voyage en cours de validité, le risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement. Par ailleurs, et compte tenu de ce qui a été énoncé au point 10, le préfet ne s'est pas davantage mépris sur la situation de M. C en relevant que sa demande de titre de séjour était manifestement infondée. Ainsi, alors même que M. C dispose d'un logement stable depuis plusieurs années, les dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été méconnues.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas l'annulation, il est en vain excipé de son illégalité à l'appui des conclusions visant la décision fixant le pays de destination.

19. En deuxième lieu, la décision attaquée fixant vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui en constituent le fondement. Elle précise la nationalité de M. C et énonce que l'intéressé n'allègue pas être exposé en Algérie à des peines ou traitements dégradants. Cette motivation est suffisante.

20. En troisième lieu, les moyens tirés de la violation des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas assortis des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

21. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ayant été écartés, M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'appui de ses conclusions dirigées contre la mesure d'interdiction de retour.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

23. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

24. En l'espèce, la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a interdit à M. C le retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle la teneur du premier de ces textes, et expose, avec un degré de précision suffisant, les motifs de fait sur lesquels elle se fonde, attestant ainsi de la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen complet de la situation du requérant ne sauraient dès lors être accueillis.

25. En dernier lieu, compte tenu de la situation privée et familiale de M. C, telle que retracée au point 10, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

26. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

27. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions dirigées contre cette information doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

28. En premier lieu, la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. C n'encourant pas l'annulation, il est vainement excipé de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté d'assignation à résidence.

29. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Selon l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

30. L'arrêté en litige, qui vise les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 et celles de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter sans délai le territoire français prise le même jour. Elle indique ensuite que le requérant présente des garanties propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à son obligation de quitter le territoire, que son éloignement demeure une perspective raisonnable mais qu'il ne peut immédiatement quitter le territoire français dès lors qu'il est démuni de documents d'identité et de voyage, de sorte qu'il est nécessaire d'obtenir un laissez-passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle de son départ. Cette motivation suffit à satisfaire aux exigences de l'article L.732-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

31. En troisième lieu, l'arrêté attaqué assigne M. C à résidence dans la commune d'Auxonne et lui prescrit de se présenter quotidiennement, exceptés les dimanches et jours fériés ou chômés, à la brigade de gendarmerie d'Auxonne entre 8 et 9 heures. Si le requérant se plaint du caractère disproportionné de ces modalités de contrôle au regard de ses contraintes professionnelles, il ne justifie d'aucune autorisation de travail lui permettant d'occuper régulièrement un quelconque emploi, son activité professionnelle résultant jusqu'à présent, ainsi qu'il a été dit, de l'utilisation frauduleuse d'une fausse carte d'identité. L'atteinte alléguée au droit au travail en France ne saurait donc en tout état de cause être retenue. par ailleurs, eu égard à la situation de l'intéressé et aux buts en vue desquels cette mesure a été prise, les modalités de contrôle de son assignation à résidence ne peuvent être regardées comme portant une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir. Ces moyens doivent donc être écartés.

32. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 25 juin 2024. Ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent quant à elles qu'être également rejetées, par voie de conséquence.

Sur les frais liés au litige :

33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

34. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or, qui au demeurant ne justifie pas avoir exposé pour les besoins de la défense de l'Etat dans le présent litige des dépenses excédant les charges de fonctionnement normales de ses services.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Côte-d'Or.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

Le président du tribunal,

David Zupan

La greffière

Sandrine Kieffer

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de commissaires à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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