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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402081

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402081

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402081
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFAIVRE ALEXIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 28 juin et 2 août 2024, Mme C B épouse A, représentée par Me Faivre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- la décision en litige est entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant refus de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant obligation de quitter le territoire ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2024, le préfet de la Côte-d'Or représenté par Me Rannou conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 août 2024.

Des pièces ont été produites le 13 septembre 2024 par Mme A à la demande du tribunal et communiquées en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative au préfet de la Côte-d'Or.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Faivre pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise née en 1992, est entrée irrégulièrement en France le 8 août 2021. Le 13 juillet 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 mai 2024, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Mme A en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de séjour :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Pour refuser à Mme A le titre de séjour qu'elle demandait sur le fondement de la vie privée et familiale, le préfet de la Côte-d'Or a relevé que l'intéressée était entrée en France le 8 août 2021, et que son époux, M. E A, ressortissant albanais, s'est vu notifier le

12 janvier 2024 un arrêté portant retrait de son titre de séjour mention " salarié " et obligation de quitter le territoire français, de sorte que la cellule familiale composée de la requérante, son époux et leurs deux enfants mineurs a vocation à se reconstituer en Albanie. Le préfet, qui a ajouté que Mme A a passé la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine et que ses parents et une de ses sœurs y résident, en a conclu que le refus de séjour opposé à l'intéressée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

4. D'une part, s'agissant de la situation administrative de M. E A, la requérante conteste que son mari ait été destinataire d'un arrêté préfectoral du 8 janvier 2024 lui retirant sa carte de séjour pluriannuelle mention " salarié " valable jusqu'au 28 juin 2026 et lui faisant obligation de quitter le territoire français. Elle en justifie en produisant le courrier électronique daté du 4 mars 2024 émanant des services de la préfecture de la Côte-d'Or qui indique à M. A que le rendez-vous du vendredi 8 mars 2024 est annulé pour le motif suivant : " Votre titre est valide jusqu'au 28 juin 2026 ", ainsi que l'autorisation de travail délivrée à son mari le

27 mars 2024. En outre, la requérante fait valoir que son époux a été victime d'une usurpation d'identité et verse à l'instance la déclaration de main courante qu'il a effectuée le 20 juin 2024, pour " falsification et usage de documents administratifs ". Il s'ensuit que contrairement à ce que soutient le préfet de la Côte-d'Or dans la décision attaquée, l'époux de la requérante séjourne régulièrement sur le territoire français.

5. D'autre part, Mme A, entrée en France depuis près de trois ans, vit avec son époux, avec lequel elle est mariée depuis dix ans, et leurs deux enfants, nés en 2013 et 2016, qui sont scolarisés à l'école élémentaire publique Joséphine Baker à Dijon et sont parfaitement intégrés. Il ressort également des pièces du dossier que M. A, entré en France en 2005 et qui est en situation régulière, est employé en qualité de maçon et a perçu un salaire brut de 3 552 euros en mars 2024, 2 458 euros en avril 2024 et 3 464 euros en mai 2024, ce qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille. Par ailleurs, il n'est pas contesté que la requérante maitrise la langue française et dispose de solides attaches familiales avec sa sœur et sa cousine qui résident régulièrement sur le territoire français et sont titulaires d'une carte de résident valable respectivement jusqu'en 2033 et 2030. Dans ces conditions, compte tenu de l'intensité et la stabilité des relations familiales, la décision de refus de séjour en litige a porté au droit et au respect de la vie privée et familiale de Mme A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que la décision portant refus de séjour doit être annulée.

En ce qui concerne la légalité des autres décisions :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour. Il suit de là que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée.

8. En second lieu, il en va de même, par voie de conséquence nécessaire, des décisions accordant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

10. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Côte-d'Or délivre à Mme B épouse A, sauf changement de circonstances de fait ou de droit, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable un an, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme 1 000 euros à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 mai 2024 du préfet de la Côte-d'Or est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et, en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

V. D

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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