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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402089

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402089

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 1 JU
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Dijon a rejeté la requête de Mme A, ressortissante béninoise, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Yonne du 12 juin 2024 lui refusant un titre de séjour pour raisons de santé et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation et l'absence d'examen réel de sa situation. Il a jugé que la décision de refus de séjour était légale et que, par conséquent, les décisions subséquentes d'obligation de quitter le territoire et de fixation du pays de destination n'étaient pas fondées sur un acte illégal. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 425-9.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juin 2024, Mme B A représentée par

Me Mifsud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet de l'Yonne a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

-la décision de refus de séjour a été prise par une autorité incompétente ;

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un vice de procédure, la régularité de l'avis du collège de médecins de l'OFII n'étant pas établie ;

-elle a été prise sans examen réel et sérieux de sa situation ;

-les décisions d'obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination se fondent sur une décision de refus de séjour illégale ;

la décision fixant le pays de destination a été prise en violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme A une somme de

500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative, en vigueur jusqu'au 15 juillet 2024, pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 4 septembre 2024 à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

A seul été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante du Bénin, est entrée en France en janvier 2022, pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par décision de 1'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) du 8 juin 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par une décision du 14 novembre 2023. Elle a sollicité le 20 décembre 2023 une demande de titre de séjour en raison de son état de santé. Par arrêté du 12 juin 2024, le préfet de l'Yonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme B A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé, pour le préfet de l'Yonne, par

Mme C, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de l'Yonne, qui dispose, en vertu d'un arrêté du 30 avril 2024 régulièrement publié, d'une délégation pour signer au nom du préfet de l'Yonne les décisions de refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de refus de séjour manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de l'Yonne pour décider de rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision manque en fait et doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de l'Yonne se serait abstenu de procéder, au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de Mme A avant de prendre la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce défaut d'examen particulier de la situation de la requérante doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention

" vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

7.Il ressort des éléments communiqués en défense que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a émis un avis le 22 mai 2024 sur la demande de Mme A, au vu d'un rapport émis par un médecin qui n'a pas siégé au sein du collège de médecins. Il ressort de cet avis que ce collège s'est prononcé sur la disponibilité des soins que requiert l'état de santé de la requérante, comme sur sa capacité à voyager. Le moyen tiré des irrégularités de procédure dont serait entaché cet avis doit par suite être écarté dans toutes ses branches. Pour le reste, il ne saurait être exigé du préfet qu'il produise le rapport du médecin présenté au collège de médecins, cette pièce étant couverte par le secret médical, et Mme A ne produit pour sa part aucun élément au sujet de son état de santé, et ne met pas ainsi le tribunal à même d'apprécier l'opportunité de demander la communication de ce rapport par l'OFII.

8.En cinquième lieu, la décision refusant de délivrer à Mme A un titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, les moyens invoqués par la voie de l'exception à l'encontre de la décision d'éloignement, de la décision fixant le délai de départ volontaire et de la décision fixant le pays de destination, tirés de l'illégalité de cette décision, doivent être écartés.

9.En dernier lieu, la requérante n'apportant pas la moindre précision quant aux risques qu'elle encourait dans son pays d'origine, le moyen tiré de la violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

11. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de Mme A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme que réclame le préfet de l'Yonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme A est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Les conclusions du préfet de l'Yonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de l'Yonne et à

Me Mifsud.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La magistrate désignée,

M-E D

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

N°2402089

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