jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402108 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, M. D B, représenté par Me Bouflija, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir avec astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- la décision en litige est entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait quant à sa nationalité et ses conditions de vie dans son pays d'origine ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet était tenu d'examiner s'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ou au titre de son pouvoir de régularisation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard de la durée de son séjour en France et de la stabilité de sa relation avec M. A ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision en litige est entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au
27 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A seul été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme E, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né en 1972, est entré régulièrement en France le 1er mai 2012, muni de son passeport marocain et d'une carte de résident longue durée-UE délivrée par les autorités italiennes. Par un courrier du 31 mars 2020, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté la demande d'admission au séjour de l'intéressé. Le 26 juin 2023, M. B a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 mai 2024, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. B en demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, lequel est aisément consultable en ligne, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme F C, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration de la préfecture, à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de ce bureau, notamment la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. En l'espèce, la décision en litige vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a également précisé l'état civil du requérant, les modalités de son entrée sur le territoire français, sa demande d'admission au séjour ainsi que sa situation personnelle et familiale. Il s'ensuit que la décision en litige énonce de manière suffisamment circonstanciée l'ensemble des considérations de droit et de fait qui la fonde pour mettre M. B en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.
5. En troisième lieu, si le requérant fait valoir que la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, il ressort des termes de cette décision que le préfet de Saône-et-Loire a non seulement examiné la situation administrative de M. B, mais qu'il a également pris en compte sa situation familiale, les conditions de son entrée et de sa présence en France. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit ainsi être écarté.
6. En quatrième lieu, il est constant que la décision attaquée indique par erreur que M. B est tunisien et non marocain. Toutefois, les autres mentions portées sur l'arrêté, qui précise dans ses motifs que le requérant est né à Agadir et dans son dispositif qu'il dispose d'un délai de trente jours pour regagner le Maroc, pays dont il a la nationalité, révèlent que le préfet ne s'est pas mépris sur le pays d'origine de M. B. Par suite, quoique regrettable, cette erreur de plume s'avère sans incidence sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour. En outre, le requérant n'établit pas qu'il n'aurait pas vécu au Maroc jusqu'à l'âge de quarante-et-un ans. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté dans toutes ses branches.
7. En cinquième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il en résulte que M. B, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en application des seuls articles L. 423-1 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Saône-et-Loire aurait commis une erreur de droit en s'abstenant d'examiner d'office s'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code ou au titre de son pouvoir de régularisation.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
9. M. B fait valoir qu'il séjourne sur le territoire français depuis 2012 et se prévaut de sa communauté de vie avec son partenaire, M. A, qu'il dit avoir rencontré en 2012, et avec lequel il a conclu un pacte civil de solidarité le 15 octobre 2021. Toutefois par les seules attestations, peu nombreuses et peu circonstanciées, qu'il verse à l'instance et qui ne sont corroborées par aucune autre pièce du dossier, notamment fiscale, postale ou bancaire, M. B n'établit ni qu'il vivrait en France de manière habituelle depuis 2012 ni qu'il existerait depuis cette date une communauté de vie effective et stable avec M. A. En tout état de cause, le requérant, qui a fait l'objet d'une décision de refus de séjour en mars 2020 et qui s'est ensuite maintenu plus de trois ans sur le territoire national avant de solliciter un titre de séjour, ne fait état d'aucune intégration significative dans la société française, en dehors des liens noués avec M. A et de leur récent pacte civil de solidarité. En outre, si M. B se prévaut de l'état de santé de son compagnon, il n'est pas démontré que cet état de santé exige une assistance qu'il serait seul à même de lui procurer. Enfin, le requérant n'établit pas qu'il serait isolé dans son pays d'origine, où il a résidé l'essentiel de son existence et y a nécessairement conservé des attaches. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions de séjour de M. B, le préfet de Saône-et-Loire n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, par un arrêté du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, lequel est aisément consultable en ligne, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme F C, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration de la préfecture, à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de ce bureau, notamment la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 mai 2024 du préfet de Saône-et-Loire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de M. B tendant à ce que de tels frais soient mis à la charge de l'Etat ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de Saône-et-Loire.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La rapporteure,
V. E
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026