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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402186

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402186

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGOURINAT DAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 juillet et 4 septembre 2024, Mme C D, représentée par Me Buvat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'ordonner une expertise aux fins de déterminer les préjudices subis consécutivement au cancer du sein contracté depuis son recrutement en qualité d'infirmière par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Dijon.

Mme D soutient que :

- elle a été recrutée par le CHU de Dijon en 2015, puis titularisée en qualité d'infirmière en 2008 ;

- elle a été affectée dans le service de chirurgie digestive en service de nuit dans lequel elle a été exposée à des radiations ionisantes et à de l'oxyde d'éthylène ;

- en avril 2012, un cancer du sein lui a été diagnostiqué ;

- elle a été placée en position de congé longue maladie du 30 avril 2012 au 29 juillet 2013 puis a repris ses fonctions à temps partiel thérapeutique jusqu'en octobre 2016, date à laquelle elle a présenté des métastases aux poumons ;

- elle a été placée en position de congé de longue durée du 27 octobre 2016 au 12 novembre 2017, puis a repris ses fonctions à temps partiel thérapeutique ;

- du 18 janvier 2018 au 17 janvier 2019, elle a de nouveau été placée en position de congé de longue durée puis a repris ses fonctions à temps partiel thérapeutique ;

- le 18 septembre 2019 et le 20 mai 2020, son congé de longue durée a été renouvelé ;

- elle a travaillé à temps partiel thérapeutique entre novembre 2021 et novembre 2022 ;

- depuis lors, elle n'est plus en mesure d'assurer ses fonctions ;

- suivant l'avis du comité médical, son employeur a reconnu, par une décision du 29 mai 2024, l'imputabilité au service de son cancer au titre des maladies professionnelles hors tableau ainsi qu'un taux d'incapacité permanente partielle de 85% ;

- elle a bénéficié d'une allocation temporaire d'invalidité, cependant, celle-ci n'est pas en mesure de réparer l'intégralité des préjudices subis ;

- l'existence d'une faute éventuelle de son employeur sera débattue devant le juge du fond ;

- une expertise judiciaire est nécessaire afin de déterminer l'ensemble de ses préjudices, tant patrimoniaux qu'extrapatrimoniaux, temporaires que permanents ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, le CHU de Dijon, représenté par Me Gourinat :

1°) ne s'oppose pas à la demande d'expertise ;

2°) demande au tribunal d'exclure de la mission de l'expert le poste de préjudice relatif à l'incidence professionnelle.

Le CHU de Dijon soutient qu'en l'absence de faute de l'employeur, l'expertise ne devra pas porter sur ce poste de préjudice dans la mesure où il est réparé par la rente viagère d'invalidité ou l'allocation temporaire d'invalidité.

Vu :

- les pièces de procédure établissant que la requête a été notifiée à la personne mise en cause ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boissy, vice-président, en application de l'article

L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l'atteinte à l'intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des dommages ne revêtant pas un caractère patrimonial, tels que des souffrances physiques ou morales, un préjudice esthétique ou d'agrément ou des troubles dans les conditions d'existence, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incomberait.

3. Les faits relatés par Mme D sont de nature à justifier l'intégralité de la mesure d'instruction demandée. En conséquence, il y a lieu d'ordonner une expertise contradictoire aux fins et conditions définies dans le dispositif de la présente ordonnance, sans référence à une quelconque nomenclature et notamment à la nomenclature Dintilhac.

4. La circonstance, à la supposer établie, que Mme D bénéficie d'une rente viagère d'invalidité ou d'une allocation temporaire d'invalidité ne fait pas obstacle à ce que l'intégralité de ses préjudices soient déterminés par voie d'expertise.

Sur la mise hors de cause de la caisse primaire d'assurance maladie :

5. S'agissant d'une maladie professionnelle dont la victime est fonctionnaire, il y a lieu de mettre la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or hors de cause.

ORDONNE :

Article 1er : la CPAM de la Côte-d'Or est mise hors de cause.

Article 2 : Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de Mme D E.

Article 3 : Mme A B, cancérologue, demeurant service de médecine nucléaire, centre Léon Bérard, 15 Rue Gabriel Sarrazin à Lyon (69008), est désignée comme expert avec pour mission de :

1°) prendre connaissance de l'état de santé passé et actuel de Mme D, de son dossier médical incluant les examens, soins et interventions subis dans le cadre de la maladie professionnelle dont elle souffre, à savoir un cancer du sein avec métastases aux poumons ; procéder à son examen clinique le cas échéant, décrire les affections dont elle est atteinte en précisant leur date d'apparition, leur évolution, leurs séquelles et leurs éventuelles récidives, indiquer la date de consolidation de sa maladie ;

2°) déterminer l'ensemble des préjudices patrimoniaux subis par Mme D, qu'ils soient temporaires, incluant les dépenses de santé actuelles, les pertes de gains professionnels actuels et les frais divers, ou permanents à la suite de la fixation de la date de consolidation, incluant les dépenses de santé futures, les pertes de gains professionnels futurs, l'incidence professionnelle, les frais d'adaptation du logement et/ ou du véhicule à sa pathologie, l'assistance éventuelle par un tiers et les frais divers ;

3°) déterminer l'ensemble des préjudices extra patrimoniaux subis par Mme D, qu'ils soient temporaires, incluant le déficit fonctionnel temporaire, les souffrances endurées et le préjudice esthétique temporaire, ou permanents à la suite de la fixation de la date de consolidation, incluant le déficit fonctionnel permanent, le préjudice esthétique permanent, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel et les autres préjudices éventuels ;

4°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des préjudices subis par Mme D.

Article 4 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Il pourra obtenir de toute partie et de tout tiers à l'instance, sans délai, sans que le secret médical lui soit opposable et sans être soumis, ni aux formalités prévues par l'article L. 1111-7 du code de la santé publique, ni à aucune autre formalité, la consultation ou la communication de tous documents qu'il estimera nécessaires à l'accomplissement de sa mission ;

En cas de carence des parties, il en informera le président du tribunal qui, après avoir provoqué les observations écrites de la partie récalcitrante, pourra ordonner la production des documents, s'il y a lieu sous astreinte, autoriser l'expert à passer outre ou l'autoriser à déposer son rapport en l'état, le tribunal tirant les conséquences du défaut de communication des documents à l'expert.

Article 5 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à

R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 7 : L'expert avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 8 : Si les parties parviennent à un accord privant la mission d'expertise de son objet, le rapport de l'expert se bornera, après avoir indiqué les diligences qu'il a effectuées, à rendre compte de cet accord, en joignant tout document utile attestant de sa réalité et en précisant s'il a réglé le montant et l'attribution de la charge des frais d'expertise. Faute pour les parties d'avoir entièrement réglé la question de la charge des frais d'expertise, il sera procédé à la taxation de ces frais dans les conditions prévues par l'article R. 621-11 et à l'attribution de leur charge par application de l'article R. 621-13.

Article 9 : L'expert adressera aux parties un pré-rapport permettant la production de tout dire avant de déposer son rapport définitif au greffe du tribunal.

Il déposera son rapport au greffe en deux exemplaires, dont un sous format numérique via l'application Transfertpro : https://send.transfertpro.com/ en sélectionnant comme destinataire le mail : expertises.ta-dijon@juradm.fr et l'autre sous format papier, dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 10 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 11 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.

Article 12 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or, au centre hospitalier universitaire de Dijon et à Mme A B, expert.

Fait à Dijon le 3 décembre 2024.

Le juge des référés,

L. Boissy

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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