jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402210 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CH 1 JU |
| Avocat requérant | BREY CÉLINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juillet 2024, M. A E représenté par
Me Brey, demande au tribunal
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
-les décisions ont été prises en violation de l'article 41 de la Charte des Droits fondamentaux de l'Union européenne, son droit d'être entendu n'ayant pas été respecté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
-la décision attaquée a été prise sans examen particulier de la situation ;
-il a demandé l'asile dès son interpellation, ce qui faisait obstacle à son éloignement ;
-la décision a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant reconduite ;
- elle a été prise en violation des dispositions de l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, erreur manifeste d'appréciation, erreur de fait et défaut d'examen particulier.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
-il n'a pas été mis en mesure de faire valoir ses observations écrites ou orales en méconnaissance de l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- aucun motif ne justifie en effet légalement cette mesure d'interdiction de retour ;
- elle est insuffisamment motivée.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier, méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et viole les dispositions de l'article L721-4 du Code de l'Entrée et du Séjour des étrangers et du Droit d'Asile.
M. A E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative, en vigueur jusqu'au 15 juillet 2024, pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 4 septembre 2024.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Brey, représentant M. E, qui reprend les moyens et conclusions de sa requête et ajoute que le requérant a été placé sous procédure Dublin, ce qui devrait conduire à l'abrogation de la décision d'éloignement, et que ses déclarations ne sont pas frauduleuses, mais s'expliquent par le fait qu'il a été mal conseillé ;
- les observations de M. C, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui conclut au rejet de la requête ; il fait valoir que lors de son audition par les services de l'aide sociale à l'enfance, le requérant a déclaré ne pas avoir déposé de demande d'asile, et qu'il n'a jamais fait état de craintes pour sa sécurité dans son pays d'origine avant que la mesure d'éloignement lui soit notifiée, ses déclarations étant ainsi mensongères et dilatoires ; il a été orienté vers les services compétents pour traiter sa demande d'asile conformément aux dispositions de l'article R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour n'abroge pas la mesure d'éloignement, en application de l'article L.541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit seulement que la décision d'éloignement ne peut être mise à exécution le temps de l'examen de la demande d'asile ; enfin, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, qui déclare être né le 29 décembre 2005 en République démocratique du Congo, est entré en France en mai 2024. Il s'est présenté en juillet 2024 auprès des services de l'aide sociale à l'enfance de la Côte-d'Or, qui ont refusé sa prise en charge au motif qu'il n'était pas mineur. A la suite de son interpellation par les services de police, le préfet de la Côte-d'Or a prononcé à son encontre, par arrêté du 4 juillet 2024 une obligation de quitter le territoire français sans délai, et une interdiction de retour d'une durée d'un an.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte des dispositions de l'article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque l'étranger, sollicitant l'enregistrement d'une demande d'asile a fait l'objet, préalablement à la présentation de sa demande, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 de ce code. Aussi, la délivrance à M. E d'une attestation de demandeur d'asile, le 11 juillet 2024, si elle a fait obstacle à l'exécution d'office de la mesure d'éloignement dont l'intéressé est l'objet jusqu'à l'issue de l'examen de sa demande d'asile, ne peut être regardée comme procédant implicitement mais nécessairement à l'abrogation définitive de l'arrêté attaqué. La requête de M. E n'ayant dès lors pas perdu son objet en cours d'instance, il y a lieu de statuer sur ses conclusions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il ressort des pièces du dossier que, le 3 juillet 2024, M. E a été entendu par les services de la police aux frontières de Chenôve, et mis en mesure de faire connaitre les éléments de sa situation personnelle ; il a en outre été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine, éventuellement assortie d'une mesure d'interdiction de retour et été amené à faire valoir ses observations à ce sujet, son droit d'être entendu ayant ainsi été respecté. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que les décisions ont été prises en violation de l'article 41 de la Charte des Droits fondamentaux de l'Union européenne.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation du requérant afin de prendre cette décision. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit par suite être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort du compte-rendu de l'audition de M. E par les services de l'aide sociale à l'enfance que l'intéressé a déclaré avoir quitté son pays à la suite d'une tentative d'enrôlement forcé par une milice. Il a également fait état de craintes en cas de retour dans son pays d'origine lors de son audition par les forces de police, le 3 juillet 2024. A supposer que ces déclarations puissent être regardées comme exprimant une demande d'asile, il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à cet entretien, les services compétents de la préfecture ont enregistré la demande d'asile de M. E, qui a été mis en possession d'une attestation de demandeur d'asile le 11 juillet 2024. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet ne pouvait prononcer à son encontre une décision d'éloignement en raison de l'existence d'une demande d'asile, qui n'a été déposée que postérieurement à cette décision. Ainsi qu'il a été dit au point 2., la décision d'obligation de quitter le territoire français ne peut faire l'objet d'une exécution d'office tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, Par suite, l'intervention d'une demande d'asile n'a pas pour effet de rendre la décision d'éloignement intervenue antérieurement à cette demande illégale.
6. En dernier lieu, à l'appui des moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation, le requérant se borne à faire valoir qu'il serait en danger dans son pays d'origine et qu'il souhaite bénéficier d'une protection ; ces seules déclarations, dénuées de toute précision, ne sauraient suffire à venir au soutien de tels moyens, qui ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision d'éloignement n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception contre la mesure refusant un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.
8. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 5., la décision d'éloignement ne peut faire l'objet d'une exécution d'office tant que M. E bénéficie du droit de se maintenir en France en tant que demandeur d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'absence de délai de départ volontaire le prive de pouvoir faire instruire sa demande d'asile et qu'elle a, pour cette raison, été prise en violation des dispositions de l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, d'erreur de fait ou d'un défaut d'examen particulier.
En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision d'éloignement n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception contre la mesure prononçant une interdiction de retour ne peut qu'être écarté.
10. En deuxième lieu la décision attaquée rappelle que les dispositions de l'article
L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent à l'autorité administrative, d'assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de sa notification, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. Elle mentionne les éléments de fait que le préfet a pris en considération pour fixer à un an la durée de cette interdiction, qui est ainsi suffisamment motivée, en droit comme en fait.
11. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3., lors de son audition le
3 juillet 2024, M. E a été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine, éventuellement assortie d'une mesure d'interdiction de retour, et été amené à faire valoir ses observations à ce sujet. Le moyen tiré de la violation de l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration, à le supposer opérant, ne peut dès lors qu'être écarté.
12. En dernier lieu, M. E, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, et ne démontre pas l'illégalité de cette décision, se trouvait dans une situation permettant de prononcer à son encontre une interdiction de retour. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'aucun motif ne justifie légalement cette mesure d'interdiction de retour.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que la décision d'éloignement n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception contre la mesure fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.
14. En dernier lieu, les déclarations du requérant quant aux dangers encourus dans son pays d'origine ne sont assorties d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 3 de la de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des dispositions de l'article L721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent dès lors, en l'état du dossier et au vu des éléments produits, qu'être écartés.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. E doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
16. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. E quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Brey.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La magistrate désignée,
M-E B
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
N°2402210
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026