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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402219

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402219

vendredi 3 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationCH 1 JU
Avocat requérantTUPINIER ALEXIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de M. A... contestant la décision « 48 SI » du 10 mai 2024 invalidant son permis de conduire pour solde de points nul. Le tribunal a d'abord jugé irrecevables les conclusions contre les retraits de points des 18 octobre 2013, 10 janvier 2014, 4 mars 2017 et 28 janvier 2022, ces points ayant été restitués avant l'introduction de la requête. Sur le fond, il a écarté le moyen d'incompétence de la signataire, celle-ci disposant d'une délégation régulière, et celui de défaut de motivation, la décision « 48 SI » et le relevé d'information intégral comportant les considérations de droit et de fait requises. La solution s'appuie sur les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, ainsi que sur les articles L. 223-1, L. 223-3, L. 223-5-I et R. 223-3 du code de la route.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2024, M. C... A..., représenté par

Me Tupinier, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision « 48 SI » du 10 mai 2024 du ministre de l’intérieur invalidant son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 18 octobre 2013, 10 janvier 2014, 19 juin 2015,

4 mars 2017, 17 février 2018, 13 avril 2018, 30 novembre 2018, 19 février 2020,

28 janvier 2022, 15 septembre 2022, 25 septembre 2022, 5 octobre 2023 à 11h16 et

5 octobre 2023 à 11h33 et 25 octobre 2023 ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et son permis de conduire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n’est pas établi que le signataire de la décision « 48 SI » dispose d’une délégation à cet effet ;

- la décision « 48 SI » est insuffisamment motivée ;

- il n’a pas reçu à l’occasion des infractions relevées contre lui, les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, alors que cette formalité est substantielle.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2024, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les points retirés à la suite des infractions constatées les 18 octobre 2013,

10 janvier 2014, 4 mars 2017 et 28 janvier 2022 ont été restitués les 13 juin 2014,

26 septembre 2014, 9 octobre 2017 et 25 janvier 2023 de sorte que les conclusions dirigées contre ces retraits de points sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 octobre 2024 la clôture de l’instruction a été fixée au

15 novembre 2024 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l’administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Rousset, vice-président, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

 

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

 

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Rousset a seul été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A... demande au tribunal d’annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 18 octobre 2013, 10 janvier 2014, 19 juin 2015,

4 mars 2017, 17 février 2018, 13 avril 2018, 30 novembre 2018, 19 février 2020,

28 janvier 2022, 15 septembre 2022, 25 septembre 2022, 5 octobre 2023 à 11h16 et

5 octobre 2023 à 11h33 et 25 octobre 2023 ainsi que la décision « 48 SI » du 10 mai 2024.

Sur l’étendue du litige :

 

 2. Il résulte tant des écritures du ministre que du relevé d’information intégral en date du 24 octobre 2024, que les points retirés à la suite des infractions constatées les

18 octobre 2013, 10 janvier 2014, 4 mars 2017 et 28 janvier 2022 ont été restitués respectivement, antérieurement à l’introduction de la requête, les 13 juin 2014,

26 septembre 2014, 9 octobre 2017 et 25 janvier 2023. Il s’ensuit que les conclusions tendant à l’annulation de ces décisions, dépourvues d’objet, sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’acte :

 

3. La signataire de la décision « 48 SI » attaquée, Mme D... B..., cheffe du bureau national des droits à conduire, a reçu délégation du ministre de l’intérieur, en vertu d’une décision du 2 janvier 2024, publiée au journal officiel de la République française du

7 janvier 2024, pour signer tous actes, décisions et correspondances courantes relatifs au dispositif du permis à points. Ainsi, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’acte doit être écarté.

 

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de motivation de la décision « 48 SI » :

 

4. Aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration, les mesures de police doivent être motivées et « comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».

 

5. La décision référencée « 48 SI » est établie sur un formulaire type qui comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des retraits de points opérés sur le permis de conduire du contrevenant. En tout état de cause, la décision référencée « 48 SI » attaquée, qui mentionne les articles L. 223-1, L. 223-3, L. 223-5-I, R. 223-3 du code de la route, rappelle les dates et les lieux des infractions commises par M. A..., ainsi que les sanctions auxquelles elles ont donné lieu et le nombre de points retirés à la suite de chacune d’elles, énonce ainsi les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle est fondée et est par suite suffisamment motivée. En outre, les mentions inscrites dans le relevé d’information intégral, document nominatif dont l’accès est librement accessible au titulaire du titre de conduite, récapitulent la date, le lieu, la qualification de l’infraction, les mentions relatives au caractère définitif de l’infraction par le paiement de l’amende forfaitaire, l’émission du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, l’exécution d’une composition pénale ou le prononcé d’une condamnation définitive et le nombre de points retirés. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision référencée « 48 SI » du 10 mai 2024 doit être écarté.

 

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d’information :

 

6. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l’accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l’auteur de l’infraction pour lui permettre d’en contester la réalité et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie que si l’auteur de l’infraction s’est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d’un tel document.

S’agissant des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des

17 février 2018 (3 points) et 13 avril 2018 (3 points) :

7. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée sans interception du véhicule et à l’aide d’un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération.

 

8. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d’un système de contrôle automatisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

 

9. Il ressort du relevé d’information intégral du permis de conduire de M. A... que celui-ci a procédé au règlement différé des amendes forfaitaires correspondant aux infractions des 17 février 2018 et 13 avril 2018. En outre, le requérant ne démontre pas s’être vu remettre un avis inexact ou incomplet. Dès lors, l’administration est réputée lui avoir délivré l’information requise. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A... n’avait pas bénéficié de l’information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route suite à la commission des infractions des 17 février 2018 et 13 avril 2018 doit être écarté.

S’agissant de la décision de retrait de points consécutive à l’infraction commise le

19 février 2020 (3 points) :

10. La mention probante du relevé d’information intégral « décision 76 » fait apparaître que M. A... a fait l’objet, à la suite de l’infraction commise le 19 février 2020, d’une condamnation pénale devenue définitive le 16 novembre 2020. Aussi, lorsqu'une infraction a été reconnue par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de la formalité substantielle que constitue l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités, est sans influence sur la régularité du retrait de points en résultant. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance de l'information préalable de la décision de retrait de trois points à la suite de l’infraction commise le 19 février 2020 ne peut être qu'écarté.

S’agissant des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des

19 juin 2015 (3 points), 30 novembre 2018 (3 points), 15 septembre 2022 (3 points),

25 septembre 2022 (2 points), 5 octobre 2023 à 11h33 (3 points) et 25 octobre 2023

(3 points) :

11. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d’infraction entraînant retrait de points, l’ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l’intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. Par ailleurs, la mention certifiée par l’agent selon laquelle le contrevenant a refusé d’apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Pour les infractions antérieures au 15 avril 2015, la signature du contrevenant ou la mention d’un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l’ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l’intéressé n’a pas été informé, lors de la constatation d’une infraction, de l’existence d’un traitement automatisé des points et de la possibilité d’y accéder n’entache pas d’illégalité la décision de retrait de points correspondante s’il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l’occasion d’infractions antérieures suffisamment récentes.

 

12. En premier lieu, il résulte de l’instruction, que l’infraction du 5 octobre 2023 à 11h33 a été relevée par procès-verbal électronique et a donné lieu à l’émission d’un titre exécutoire d’amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces produites par le ministre de l’intérieur que le requérant a refusé de signer le procès-verbal de cette infraction, ainsi qu’en atteste la mention « refus de signer » apposée par l’agent de police judiciaire, figurant sous la mention « qui reconnaît avoir été informé avant paiement des dispositions suivantes (…) », dispositions reprenant l’ensemble des informations exigées par la loi. La mention « refus de signer » apposée par l’agent de police judiciaire établit que les informations lui ont bien été délivrées.

13. En second lieu, il résulte de l’instruction que les infractions des 19 juin 2015,

30 novembre 2018, 15 septembre 2022, 25 septembre 2022 et 25 octobre 2023 ont été relevées par procès-verbal électronique et ont donné lieu à l’émission d’un titre exécutoire d’amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces produites par le ministre de l’intérieur que le requérant a signé le procès-verbal de ces infractions, sous la mention « qui reconnaît avoir été informé avant paiement des dispositions suivantes (…) », dispositions reprenant l’ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors il est établi que M. A... a reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avant le retrait de points correspondant à ces infractions.

S’agissant de la décision de retrait de points consécutive à l’infraction commise le

5 octobre 2023 à 11h 16 (1 point) :

 

14. Il résulte de l’instruction que l’infraction commise le 5 octobre 2023 à 11h 16 a été relevée par l’intermédiaire d’un radar automatique et qu’un titre exécutoire d’amende forfaitaire majorée a été émis. Le ministre de l’intérieur ne verse pas à l’instance d’attestation du trésorier principal du contrôle automatisé relative à l’encaissement du montant de l’amende forfaitaire majorée afférente à cette infraction. Toutefois, il produit en défense, un pli recommandé revêtu de la mention « avisé, non réclamé » expédié à l’adresse connue du requérant et indiquant comme adresse de retour celle de la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes. Il produit également l’amende forfaitaire majorée comportant les informations prévues par les dispositions de l’article L. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, M. A..., qui n’établit ni même n’allègue que ce pli ne contenait pas l’avis d’amende forfaitaire majorée relatif à l’infraction en cause, n’est pas fondé à soutenir qu’il n’a pas reçu les informations prévues par les dispositions de l’article L. 223-3 du code de la route.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l’annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 19 juin 2015, 17 février 2018,

13 avril 2018, 30 novembre 2018, 19 février 2020, 15 septembre 2022, 25 septembre 2022,

5 octobre 2023 à 11h16 et 5 octobre 2023 à 11h33 et 25 octobre 2023 ne peuvent qu’être rejetées. Le solde de points attaché au permis de conduire du requérant restant nul, ses conclusions tendant à l’annulation de la décision « 48 SI » du 10 mai 2024 du ministre de l’intérieur doivent être également rejetées.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation présentées par

M. A..., n’appelle, par lui-même, aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions à fin d’injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l’Etat, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. A... au titre des frais qu’il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

 

DECIDE :

 

 

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2025.

Le magistrat désigné,

 

O. Rousset

La greffière,

 

 

M. E...

 

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

 

Pour expédition,

La greffière,

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