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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402259

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402259

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402259
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLANTHEAUME YANNIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 juillet et 27 novembre 2024, M. A C, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet de la Saône-et-Loire a procédé au retrait de sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui restituer sa carte de résident dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L.423-10 de ce code ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, le préfet de la Saône-et-Loire, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par lettre, enregistrée le 26 juillet 2024, M. C a maintenu sa requête en annulation.

Vu :

- l'ordonnance de référé n° 2402258 du 26 juillet 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur ces affaires en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Nicolet a présenté son rapport lors de l'audience publique qui s'est tenue en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 22 octobre 1986, est entré sur le territoire français le 28 février 2013 muni d'un visa de court séjour et s'est marié avec une ressortissante française le 6 février 2016. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet de la Saône-et-Loire a procédé au retrait de sa carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme Agnès Chavanon, secrétaire générale de la préfecture de Saône-et-Loire, investie à cet effet d'une délégation en vertu d'un arrêté du préfet de la Saône-et-Loire du 30 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 4 décembre 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision portant retrait de titre de séjour mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, notamment son article L. 432-4, et expose les motifs de fait pour lesquels le préfet de Saône-et-Loire a estimé que le requérant représente une menace grave pour l'ordre public justifiant qu'il soit procédé au retrait de son titre de séjour. De plus, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas, préalablement à l'édiction de la décision contestée, procédé à un examen de la situation particulière de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision contestée serait entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de la requérante doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. / Une carte de résident ou la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " peut, par décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public. ".

5. Le requérant a été condamné le 18 mars 2024 par le tribunal correctionnel de Chalon-sur-Saône à une peine d'emprisonnement de douze mois dont quatre mois fermes, notamment assortie de l'obligation de soins psychologiques, d'une interdiction de contact avec la victime et de paraître au sein de la communauté d'agglomération Le Grand Chalon, de l'obligation du port d'un dispositif anti-rapprochement d'une distance d'alerte de trois kilomètres et de pré-alerte de six kilomètres, ainsi que du retrait total de l'autorité parentale sur son fils mineur pour avoir, le 13 mars 2024, proféré de manière réitérée des menaces de mort sur son épouse en présence de leur fils âgé de quatre ans, et commis des violences sur son épouse n'ayant entraîné aucune interruption temporaire de travail en lui lançant un téléphone au visage. Eu égard à ces actes de violence volontaire commis très récemment par le requérant en présence de leur fils âgé de quatre ans et au caractère particulièrement inquiétant des menaces de mort proférées de façon réitérée par l'intéressé, qui a indiqué avoir l'intention de découper son épouse en morceaux et de l'égorger en précisant " tu es loin d'être une femme, tu es encore mariée, tu restes à la maison ", et qui a également menacé de découper la mère ainsi que la grand-mère de son épouse, de les tuer et de les jeter par la fenêtre, qui ont conduit le juge pénal à décider l'obligation de soins psychologiques, l'interdiction de contacter la victime et de paraître au sein de l'agglomération de Chalon, ainsi que la mise en place d'un dispositif d'alerte pour protéger son épouse, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que ces faits récents, commis dans le cadre d'une séparation qui n'était pas acceptée par le requérant, étaient de nature à établir que la présence en France de l'intéressé, nonobstant la production de quelques attestations soulignant ses qualités humaines, constitue une menace grave pour l'ordre public.

6. Aux termes de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. / La délivrance de cette carte de résident est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. / L'enfant visé au premier alinéa s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. "

7. Dès lors que les dispositions de l'article L. 423-10 concernent les conditions de délivrance d'une carte de résident et non de retrait de cette carte, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Le requérant fait notamment valoir qu'il réside en France depuis 2013, qu'il a entamé une procédure de divorce avec son épouse, qu'il est père d'un enfant français dont il est proche, que s'il s'est vu retirer l'exercice de l'autorité parentale, il en est toujours titulaire et qu'il peut bénéficier d'un droit de visite ou d'hébergement, et produit un diplôme d'agent de prévention et de sécurité, un titre professionnel de conducteur du transport routier de marchandises, ainsi qu'un certain nombre de bulletins de salaire. Ces circonstances sont en l'espèce insuffisantes, au regard de la gravité de la menace à l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé en France, compte tenu notamment des faits de violence et de menaces de mort réitérées qu'il a commis très récemment en présence de son fils âgé de quatre ans, motivant notamment le retrait de l'exercice de l'autorité parentale, présentés par l'intéressé dans sa requête comme " éminemment regrettables ", ainsi qu'au regard de la conception qui lui est propre du statut de l'épouse et de son ascendance, radicalement étrangère aux valeurs qui fondent la devise de la République, énoncée à l'article 2 de la Constitution, dont s'inspire notamment le code civil, pour caractériser une méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Yannis Lantheaume.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme B, première conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseur le plus ancien,

I. Hugez

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

lc

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