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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402289

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402289

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024 sous le n°2402289, M. E C, représenté par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement ou, à défaut, dans ce même délai, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision de refus de séjour, qui fait mention d'un vol à l'étalage qu'il n'a pas commis, est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision de refus de séjour méconnait les dispositions des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de séjour méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision de refus de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision d'interdiction de retour est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision d'interdiction de retour est entachée d'un défaut de base légale, d'une insuffisance de motivation et d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Côte-d'Or qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2024.

II. Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024 sous le n°2402290, Mme B D, représentée par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement ou, à défaut, dans ce même délai, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision de refus de séjour méconnait les dispositions des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de séjour méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision de refus de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision d'interdiction de retour est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision d'interdiction de retour est entachée d'un défaut de base légale, d'une insuffisance de motivation et d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Côte-d'Or qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2024.

Par un courrier du 3 octobre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de procéder d'office à la substitution des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux dispositions de l'article L. 612-6 de ce code comme base légale des décisions d'interdiction de retour sur le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bois,

- et les observations de Me Grenier, représentant Mme D et M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et son épouse, Mme D, ressortissants arméniens nés respectivement en 1985 et en 1994, entrés en France en 2018, ont chacun présenté une demande d'asile qui a été successivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile les 11 décembre 2018 et 21 juin 2019 pour M. C et les 11 décembre 2018 et 21 juin 2019 pour Mme D. Par un arrêté du 6 mai 2019, le préfet de la Côte-d'Or a édicté à l'encontre de M. C une obligation de quitter le territoire français sans délai. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement définitif du tribunal administratif de Dijon du 13 mai 2019. Par un arrêté du 4 juillet 2019, dont la légalité a été confirmée par un jugement définitif du tribunal administratif de Dijon du 26 août 2019, le préfet de la Côte-d'Or a également édicté à l'encontre de Mme D une obligation de quitter le territoire français. Les mesures d'éloignement prononcées à l'encontre des intéressés sont restées inexécutées. Le 9 juin 2023, les époux ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des arrêtés du 19 juin 2024, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé leur pays de renvoi et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. Par des requêtes nos 2402289 et 2402290, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. C et Mme D demandent l'annulation de ces arrêtés du 19 juin 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions de refus de séjour :

S'agissant des moyens de légalité externe :

2. En premier lieu, par un arrêté n°147/SG du 18 janvier 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Côte-d'Or le 22 janvier 2024, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Mougenot, secrétaire général de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à Mme Ghayou, secrétaire générale adjointe, pour signer notamment les décisions de refus de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. Mougenot n'aurait pas été absent ou empêché le 19 juin 2024. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire des décisions de refus de séjour manquent en fait et doivent être écartés.

3. En second lieu, la décision refusant le droit au séjour de M. C comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle n'a dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

S'agissant des moyens de légalité interne :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or aurait omis de procéder à un examen personnalisé des situations de M. C et de Mme D et n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à leur situation personnelle avant de statuer sur leur demande de titre de séjour.

5. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas indiqué que M. C avait été " condamné " pour des faits de vol à l'étalage commis le 29 avril 2019 mais seulement qu'il avait fait l'objet d'un rappel à la loi le 2 mai 2019 pour de tels faits -ce qui n'est pas d'ailleurs contesté par l'intéressé-. Le moyen tiré de l'erreur de fait invoqué à ce titre doit dès lors être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-2, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est accueilli par l'un des organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et qu'il justifie d'au moins trois années d'activité ininterrompue dans ce dernier. Disposant d'un large pouvoir d'appréciation, il doit ensuite prendre en compte la situation de l'intéressé au regard du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, qu'elles soient de nature privée ou professionnelle. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur de droit ou d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

8. Il est vrai que les requérants exercent avec sérieux et implication une activité ininterrompue à Emmaüs depuis plus de trois ans sur plusieurs postes. Toutefois, les intéressés, qui ne font valoir, à la date des arrêtés en litige, que d'une promesse d'embauche pour M. C pour l'exercice d'un emploi de façadier ne correspondant pas à la formation d'ébénisterie-menuiserie qu'il a suivie et ne justifient pas d'une intégration significative sur le territoire au regard de leur vie privée en dehors de leur activité chez Emmaüs, ne justifient pas d'une perspective d'intégration particulière. Dès lors, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas, dans les circonstances particulières de l'espèce, commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer aux requérants un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Les requérants font valoir qu'ils sont entrés sur le territoire français en 2018, que leurs trois enfants sont scolarisés en France, qu'ils sont compagnons à Emmaüs et que M. C bénéficie de deux promesses d'embauche. Toutefois, tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que les époux n'établissent pas être dépourvus de tout lien avec leur pays d'origine dans lequel résident la sœur de Mme D ainsi que les parents et la sœur de M. C et où ils ont vécu la majeure partie de leur vie. Ensuite, en dépit de la mesure d'éloignement prononcée à leur encontre en 2019, en décidant de se maintenir irrégulièrement sur le territoire français en y construisant leur vie familiale, les époux ont fait un choix personnel dont ils ne peuvent pas aujourd'hui se prévaloir pour mettre l'Etat devant le fait accompli. Enfin, comme il a été dit au point 8, en dehors de leur activité chez Emmaüs, les intéressés ne justifient pas d'une intégration professionnelle particulière ou avoir noué des liens significatifs particuliers sur le territoire français. Dans ces conditions, les décisions de refus de séjour n'ont pas porté aux droits de M. C et de Mme D au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

12. Compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 8 et 10, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour de M. C et de Mme D ne répondait pas à des considérations humanitaires et n'était pas davantage justifiée au regard de motifs exceptionnels et en refusant de leur délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. Les décisions de refus de séjour n'impliquent pas, compte tenu notamment de ce qui a été dit aux points 8, 10 et 12, que les enfants soient séparés de leurs parents. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent dès lors, en tout état de cause, être écartés.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, les décisions de refus de séjour n'étant pas entachées d'illégalité, les moyens invoqués par la voie de l'exception à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire, tirés de l'illégalité de ces décisions, doivent être écartés.

16. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 8, 10 et 12, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des mesures d'éloignement sur les situations personnelles des requérants doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire :

17. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalité, les moyens invoqués par la voie de l'exception à l'encontre des décisions fixant un délai de départ volontaire de trente jours, tirés de l'illégalité de ces décisions, doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :

18. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalité, les moyens invoqués par la voie de l'exception à l'encontre des décisions fixant le pays de renvoi, tirés de l'illégalité de ces décisions, doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-8 de ce code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

20. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

21. Les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français attaquées trouvent leur fondement légal dans les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce fondement peut être substitué aux dispositions de l'article L 612-6 de ce même code dès lors que cette substitution de basé légale n'a pas pour effet de priver les requérants d'une garantie, que l'administration dispose en l'espèce du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes et que les parties ont été mises en mesure de produire leurs observations sur ce point par un courrier du 3 octobre 2024. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit doivent être écartés.

22. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalité, les moyens invoqués par la voie de l'exception à l'encontre des décisions prononçant une interdiction de retour, tirés de l'illégalité de ces décisions, doivent être écartés.

23. En troisième lieu, en vertu des articles L. 613-2, L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative, par une décision motivée, peut assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français en tenant compte, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

24. D'une part, au regard des éléments figurant dans les arrêtés en litige, les décisions par lesquelles le préfet de la Côte-d'Or a prononcé à l'encontre de M. C et de Mme D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation doivent par suite être écartés.

25. D'autre part, compte tenu du comportement d'ensemble des intéressés, et en particulier de ce qui a été dit aux points 1, 8, 10, 12 et 14, le préfet de la Côte-d'Or, en décidant de prononcer à l'encontre de M. C et de Mme D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

26. Il résulte de tout ce qui précède que M. C et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Leurs conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

27. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C et par Mme D, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

28. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. C et de Mme D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Les requêtes nos 2402289 et 2402290 de M. C et de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Mme B D, au préfet de la Côte d'Or et à Me Grenier.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La rapporteure,

C. BoisLe président,

L. BoissyLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nos 2402289, 2402290

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