jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402316 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CH 1 JU |
| Avocat requérant | NOURANI LYLIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 juillet 2024, M. A F représenté par
Me Nourani, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ou à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de suspendre la mesure d'éloignement ;
4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui-même dans le cas où il ne bénéficierait pas de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
-la décision a été prise par une autorité incompétente ;
-elle est insuffisamment motivée ;
-le préfet n'a pas examiné de manière approfondie sa situation personnelle ;
- il n'a pas dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, apprécié l'opportunité d'une mesure de régularisation ;
- il a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il ne justifiait pas de considérations exceptionnelles ou de motifs humanitaires ;
- la décision a été prise en violation de l'article 8 de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l'Homme.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle se fonde sur une décision d'éloignement illégale ;
-il n'a pas été mis à même de présenter des observations en application de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'UE et des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;
-la décision a été prise sans examen particulier de sa situation et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
-la décision a été prise par une autorité incompétente ;
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle se fonde sur une décision d'éloignement illégale ;
- elle a été prise en violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
-le préfet s'est cru en situation de compétence liée et ne s'est pas interrogé sur les risques encourus en cas de retour en Géorgie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. F une somme de
500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du
26 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative, en vigueur jusqu'au 15 juillet 2024, pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Nourani représentant M. F, qui reprend les moyens et conclusions de sa requête et de M. D représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui s'en rapporte aux écritures en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F, ressortissant géorgien né le 19 mai 1970, est entré en France en en février 2024, pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par décision de 1'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) du 20 juin 2024. Par arrêté du 5 juillet 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays de destination.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En cours d'instance, M. A F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a dès lors pas lieu, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. F.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens soulevés contre l'ensemble des décisions :
3.En premier lieu, par un arrêté du 8 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département du 10 avril 2024, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation de signature à Mme C, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à l'effet de signer les actes au nombre desquels figurent les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur et du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
4.En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions dont le préfet a fait application, et il retrace les éléments de la situation personnelle de M. F, notamment les circonstances de son séjour en France, le rejet de sa demande d'asile par l'Ofpra, ainsi que sa situation familiale. Il comporte ainsi les éléments de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions en litige, qui sont ainsi suffisamment motivées.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5.En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. F au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision attaquée, ni qu'il n'aurait pas examiné l'opportunité d'une mesure de régularisation du séjour de l'intéressé.
6.En deuxième lieu, M. F se prévaut notamment de la présence en France de son frère, dont il soutient qu'il est gravement malade et doit être assisté et accompagné pour les actes ordinaires de la vie courante ainsi que dans les actes essentiels de l'existence. Pour autant, le certificat médical qu'il produit se borne à indiquer que l'intéressé bénéficie de soins dont l'absence mettrait en jeu son pronostic vital ou pourrait conduire à l'altération grave et durable de son état de santé. Ce seul document ne permet pas, dès lors, de considérer que la présence du requérant aux côtés de son frère serait indispensable. Pour le reste, M. F est célibataire et sans autre lien familial en France, et il a toujours des attaches en Géorgie où il a vécu jusqu'à l'âge de 53 ans.
7.Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le préfet de la Côte-d'Or n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
8.En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire serait illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
9.En deuxième lieu, M. F soutient que le préfet ne l'a pas mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision contestée, en méconnaissance de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. D'une part, les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, codifiées aux articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre de la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours. D'autre part, si les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'appliquent pas aux relations entre autorités nationales et particuliers, un ressortissant étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement peut néanmoins utilement se prévaloir du principe général du droit d'être entendu qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne. Toutefois en l'espèce, lors du dépôt de sa demande d'asile, le 22 mars 2024,
M. F a été informé de la possibilité de déposer une demande de titre de séjour à un autre titre que l'asile pendant la durée d'instruction de son dossier. Il a ainsi été mis en mesure, avant l'intervention de la décision attaquée, de faire valoir auprès de l'administration tous éléments de nature à influer sur le contenu de cette mesure. Il lui appartenait notamment de faire connaitre à l'administration les éléments pouvant justifier qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé, en raison notamment de l'état de santé de son frère. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, il ne peut être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu.
10. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. F au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision attaquée.
11.En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6.,
M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
En ce qui concerne le pays de renvoi :
12.En premier lieu, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'est pas illégale.
13.En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or se serait cru en situation de compétence liée et n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. F, au regard notamment des risques encourus dans son pays d'origine.
14.En dernier lieu, le moyen tiré de la violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
15.Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à la suspension de la mesure d'éloignement :
16.Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".
17.A l'appui de sa demande de suspension de la mesure d'éloignement, le requérant ne fait valoir aucun élément permettant de remettre en cause la décision de l'Ofpra. Dès lors, en l'absence de précisions sur ce point, il ne peut être regardé comme faisant état d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours par la CNDA.
18Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.
Sur les conclusions en injonction :
19.L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
20.Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. F de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions du préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. F est rejetée.
Article 3 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, au préfet de la Côte-d'Or et à
Me Nourani.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La magistrate désignée,
M-E B
La greffière,
M. E
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
N°2402316
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026