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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402372

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402372

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402372
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantABENA OWONO GUY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, M. B C, agissant en qualité de représentant légal de sa fille A C, représenté par Me Abena Owono, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet de la Nièvre a rejeté sa demande de passeport ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de lui délivrer le passeport biométrique sollicité pour sa fille A C dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée, dès lors que le refus du préfet de la Nièvre maintient sa fille dans une situation d'incertitude prolongée, que ce refus l'empêche de se déplacer librement à l'intérieur de l'espace Schengen et qu'un déplacement familial est prévu en novembre 2024 ;

- le refus de l'administration de délivrer ce passeport porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir de sa fille ; la durée anormalement longue d'instruction de sa demande de passeport porte atteinte aux droits fondamentaux des usagers ; le sursis à la délivrance du passeport devait être motivé ; la décision de refus méconnait les dispositions de l'article 8 du décret du 26 février 2001.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. L'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions précitées est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Il appartient ainsi au requérant de justifier dans tous les cas de l'urgence, laquelle ne saurait être regardée comme remplie en l'absence d'éléments concrets, propres à chaque espèce, de nature à établir l'urgence des mesures sollicitées dans le cadre de cette procédure particulière de référé qui implique l'intervention du juge dans des délais particulièrement brefs.

3. M. C aurait déposé, le 26 avril 2022, une demande de passeport pour sa fille mineure A C. Le passeport a été délivré à M. C qui, en raison d'une erreur sur le code postal de la commune de résidence, n'a pas souhaité en prendre possession. Monsieur C indique, sans en apporter la preuve et à une date qu'il s'abstient de préciser, avoir vainement effectué une seconde demande de délivrance de passeport pour sa fille. Le requérant soutient que le silence gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet de sa demande et que l'urgence est avérée dès lors que l'absence de passeport maintient sa fille dans une situation d'incertitude prolongée, qu'elle l'empêche de se déplacer librement et qu'un déplacement familial, prévu en novembre 2024, est compromis par l'inertie de l'administration. Toutefois, et alors qu'il ne justifie pas s'être rapproché de l'administration afin de connaître l'état d'avancement et d'instruction de sa demande, M. C ne justifie pas davantage, de manière précise et circonstanciée, en quoi la délivrance de ce passeport à très brève échéance lui serait désormais indispensable. Dans ces conditions, le requérant ne fait pas état de circonstances propres à caractériser une situation d'urgence particulière justifiant que le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures sur une atteinte grave et manifestement illégale qui serait portée par l'administration à une liberté fondamentale.

4. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de M. C en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Nièvre.

Fait à Dijon, le 19 juillet 2024.

La juge des référés,

N. ACH

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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