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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402386

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402386

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402386
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantMIFSUD ELODIE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la requête de M. F, ressortissant tunisien, qui demandait l’annulation de l’arrêté du préfet de la Côte-d’Or du 15 juillet 2024 l’assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a écarté les moyens d’incompétence, d’insuffisance de motivation et de défaut d’examen particulier, jugeant que la décision était légalement fondée sur les articles L. 731-1 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il a estimé que l’éloignement demeurait une perspective raisonnable, malgré le recours pendant contre l’obligation de quitter le territoire français.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, M. G F, représenté par Me Mifsud, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2024 par lequel le préfet de la Côte d'Or l'a assigné à résidence dans le département de la Côte d'Or pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. F soutient que :

- la décision d'assignation à résidence est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Desseix en application des dispositions des articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 1er août 2024 à 11 heures.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Desseix, magistrate désignée, et les observations de :

- Me Mifsud, représentant M. F, qui soutient qu'il n'existe pas de perspectives raisonnables d'éloignement, dès lors que l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français est suspendue le temps de l'examen du recours contentieux pendant devant le tribunal ; que par ailleurs les précédentes décisions portant obligations de quitter le territoire français prises à son encontre n'ont pas pu être exécutées ;

- M. Da Rocha, représentant le préfet de la Côte d'Or, qui conclut au rejet de la requête et soutient que : la délégation de signature justifiant de la compétence de l'auteur de l'acte a été produite, la décision attaquée comporte l'énoncée des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, il existe des perspectives raisonnables d'éloignement dès lors que l'exercice d'un recours contentieux suspension contre la mesure d'éloignement est sans incidence sur la légalité de la décision portant assignation à résidence, qu'il existe des perspectives raisonnables d'éloignement dès lors que l'intéressée dispose d'une carte d'identité nationale tunisienne et que les autorités consulaires ont été saisies d'une demande de laisser-passer consulaire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11h10.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant tunisien né le 27 janvier 1993, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2018. Par un arrêté en date du 2 avril 2024, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années. Par un arrêté en date du 15 juillet 2024, le préfet a assigné l'intéressé à résidence dans le département de la Côte d'Or pour une durée de quarante-cinq jours. M. F demande l'annulation de l'arrêté du 15 juillet 2024.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. F.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ". Aux termes de l'article L. 732-1 de ce code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

5. En premier lieu, par un arrêté du 18 janvier 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Côte-d'Or le 22 janvier 2024, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. Johann Mougenot, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or et, en son absence, à Mme Amelle Ghayou, sous-préfète, secrétaire générale adjointe de la préfecture de la Côte-d'Or, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de la Côte-d'Or, à l'exception de décisions limitativement énumérées au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. Mougenot n'aurait pas été absent à la date d'édiction de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. F avant de prononcer l'assignation à résidence en litige. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi ". Il résulte de ces dispositions que le caractère suspensif du droit au recours implique seulement que la mesure d'éloignement ne peut être mise à exécution d'office. Ces dispositions ne font en revanche pas obstacle à ce que l'autorité compétente puisse constater que le délai de départ volontaire pour quitter le territoire français n'a pas été accordé ou est expiré, et prendre en conséquence, sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une mesure d'assignation à résidence. En l'espèce, dès lors que M. F a fait l'objet, le 2 avril 2024, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, le préfet de la Côte d'Or pouvait, nonobstant le caractère suspensif du recours formé contre cette décision, prononcer son assignation à résidence.

9. En cinquième lieu, le préfet de la Côte d'Or a soutenu à l'audience, sans être sérieusement contredit, que M. F est titulaire d'une carte nationale d'identité tunisienne et que les autorités consulaires tunisiennes ont été saisies d'une demande de laisser-passer. Dans ces conditions, et alors même qu'il aurait fait l'objet de précédentes obligations de quitter le territoire français n'ayant pu être exécutées faute de disposer de documents d'identité et de voyage, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'existe pas de perspectives raisonnables d'éloignement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 juillet 2024.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. F au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. F est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présent jugement sera notifié à M. G F, au préfet de la Côte d'Or et à Me Mifsud.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Fait à Dijon le 2 août 2024.

La magistrate désignée,

M. Desseix

La greffière,

S. Kieffer

La République mande et ordonne au préfet de la Côte d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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