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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402390

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402390

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDRAVIGNY AMANDINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024, et des mémoires enregistrés le 26 juillet 2024 et le 1er août 2024 , Mme A G et M. H F, représentés par Me Lambert, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel le maire de la commune de Tillenay a accord un permis de construire à M. B pour la construction d'un garage de stationnement et de stockage ;

2°) d'enjoindre au maire de Tillenay de prescrire l'interruption des travaux litigieux dans un délai de 3 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Tillenay la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir en tant que voisins immédiats du projet ;

- la condition d'urgence est présumée satisfaite s'agissant d'un permis de construire et les travaux ont débuté ;

- s'agissant de l'existence de moyens sérieux :

o le permis de construire a été délivré en violation des articles L. 431-1 et R. 431-2 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il n'a pas été fait appel à un architecte ;

o il a été délivré en violation de l'article UD1 du plan local d'urbanisme, qui interdit les entrepôts et n'autorise le stockage de matériel ou matériaux que s'ils sont indispensables au fonctionnement des activités ; le projet ne peut être considéré comme une annexe à une habitation, eu égard à sa taille et alors que M. B a obtenu sur la même parcelle, un permis de construire pour une maison d'habitation disposant déjà d'un garage ;

o il a été délivré en violation de l'article UD13 du plan local d'urbanisme qui impose que 30% de la surface soit plantée ou engazonnée, ainsi qu'un arbre de haute tige ou fruitier pour 200 m2 de terrain .

Par un mémoire en défense, enregistré le 06 août 2024, la commune de Tillenay, représentée par Me Dravigny, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme G et M. F en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants ne justifient pas de leur intérêt pour agir contre le permis de construire en litige ;

- les moyens d'annulation ne présentent pas un caractère sérieux, dès lors que le projet porte sur une surface de stationnement et de stockage, cette surface étant exclue du calcul de la surface de plancher, qu'il ne porte pas sur un entrepôt, tel que défini par l'annexe du plan local d'urbanisme, qu'aucune disposition ne limite la taille des annexes, que la circonstance que la construction puisse être utilisée pour d'autres destinations que celle déclarée relève de l'exécution et non de la légalité de l'autorisation, et que 30% de la surface les espaces libres seront engazonnés et plantés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 08 août 2024, Mme E D et M. C B, représentés par Me Grenier concluent au rejet de la requête et demandent qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme G et M. F en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- les requérants ne justifient pas de leur intérêt pour agir contre le permis de construire en litige ;

- aucun moyen n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité du permis de construire, le projet portant sur un espace de stationnement et de stockage, sa surface n'étant pas prise en compte comme surface de plancher, ne constituant pas un entrepôt au sens du règlement du plan local d'urbanisme, et 30 % au moins de la surface étant engazonnée, comme prescrit par ce règlement .

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2402389 enregistrée le 18 juillet 2024, tendant à l'annulation de l'arrêté susvisé.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Laurent, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 9 août 2024 en présence de Mme Lelong, greffière, Mme Laurent a lu son rapport et entendu les observations de :

- Me Gourinat, représentant Mme G et M. F, qui a repris les moyens et conclusions de la requête ;

- Me Dravigny, représentant la commune de Tillenay, qui a repris les observations du mémoire en défense ;

- Me Grenier, représentant Mme D et M. B, qui a repris les observations du mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions en suspension de l'exécution de la décision de l'arrêté du 23 juillet 2024 :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la recevabilité :

2. Il résulte de l'exigence de l'existence d'une requête au fond posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, que la recevabilité de la requête en référé suspension est conditionnée par celle de la requête principale.

3. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir utilement contesté le permis initial, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. La maison d'habitation de Mme G et M. F est implantée sur une parcelle directement contiguë à celle du terrain d'assiette du projet, sur lequel ils auront une vue directe. Le projet porte sur une construction de plus de 300 mètres carrés, destinée au stationnement et au stockage de matériaux, et apparait susceptible de générer un flux significatif et régulier de véhicules à proximité immédiate de la maison d'habitation des requérants. Compte tenu de ces éléments, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir doit être écartée.

En ce qui concerne l'urgence :

6. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. () ".

7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement et objectivement compte tenu des justifications fournies par les parties et de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que l'exécution de la décision soit suspendue avant l'intervention du jugement de la requête au fond. En vertu de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, la condition d'urgence doit être constatée lorsqu'une requête en référé-suspension est formée contre un permis de construire. Toutefois, le pétitionnaire et l'autorité qui a délivré le permis peuvent utilement faire état, pour tenir en échec le constat de cette urgence, de circonstances particulières relatives, notamment, à l'intérêt s'attachant à ce que l'ouvrage soit réalisé sans délai.

8. Dans les circonstances de l'espèce, alors qu'il n'est fait état en défense d'aucune circonstance particulière qui serait susceptible de remettre en cause la présomption d'urgence résultant des dispositions précitées de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie, d'autant plus qu'il résulte de l'instruction que les travaux ont débuté.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen sérieux :

9. En l'état de l'instruction, les moyens tirés, d'une part, de la violation des articles L.431-1 et R. 431-2 du code de l'urbanisme, d'autre part, de la violation de l'article UD1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Tillenay eu égard à la double destination du projet en litige, et enfin de la violation de l'article UD 13 du même règlement, en l'absence de plantation d'arbre de haute tige ou fruitier mentionnée dans le dossier de permis de construire, sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 10 avril 2024.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, les conditions fixées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel le maire de la commune de Tillenay a accordé un permis de construire à Mme D et M. B pour la construction d'un garage de stationnement et de stockage.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Selon le troisième alinéa de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. L'avant-dernier alinéa de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme dispose que " Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux () ".

12. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que le juge administratif ne peut être saisi d'une demande tendant à leur application que dans les hypothèses où des travaux ont été réalisés sans autorisation ou se sont poursuivis malgré l'intervention d'une première décision de la juridiction administrative suspendant l'exécution du permis de construire ou d'aménager. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par les requérants, qui sont prématurées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme G et M. F, qui ne sont pas les dans la présente instance les parties perdantes, les sommes demandées par la commune de Tilllenay d'une part, Mme D et M. C B d'autre part, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la commune de Tillenay la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté susvisé du 10 avril 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A G et M. H F, à la commune de Tillenay et à Mme E D et M. C B.

Fait à Dijon le 14 août 2024.

Le juge des référés,

M-E Laurent

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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