vendredi 2 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402399 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête enregistrée le 18 juillet 2024 sous le n° 2402399, Mme C H et M. D F, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, en date du 21 juin 2024, par laquelle la commission de l'académie de Dijon compétente en matière d'instruction dans la famille a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision de la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Côte-d'Or du 17 mai 2024 refusant l'autorisation d'instruction dans la famille pour leur fille E J au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;
2°) d'enjoindre au recteur de délivrer l'autorisation sollicitée sur le fondement de l'article L. 131-5 3° du code de l'éducation ou, à défaut, de réexaminer la situation de leur fille ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie, compte tenu de la longue liste d'attente en vue d'une scolarisation en établissement privé, des nombreux déplacements prévus sur tout le territoire ainsi que de l'impact potentiel sur la santé psychologique de leur fille ; la suspension demandée, par ailleurs, n'est nullement incompatible avec un intérêt public ;
- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle a été prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfants ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.
Le recteur soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que :
• les requérants n'établissent pas sérieusement en quoi la scolarisation de leur enfant dans un établissement d'enseignement public ou privé serait de nature à compromettre gravement ses intérêts ou le leur ;
• la réalité de l'itinérance de la famille n'est pas établie, les déplacements prévus à compter de septembre 2024 n'étant qu'hypothétiques ;
• il n'est pas établi que l'état de santé des enfants ferait obstacle à leur scolarisation dans un établissement scolaire ;
• il n'existe aucun droit au renouvellement des autorisations d'inscription dans la famille ;
- il n'y a pas de doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que :
• la réalité de l'itinérance de la famille n'est pas justifiée par des éléments suffisants,
• il existe des dispositifs académiques, tels que les centres académiques pour la scolarisation des élèves allophones nouvellement arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs (CASNAV), qui garantissent aux familles itinérantes la possibilité d'inscrire leurs enfants dans des établissements scolaires ;
• la circonstance que les deux aînés de la famille ont précédemment bénéficié d'une autorisation de plein droit d'être instruits dans la famille jusqu'à la fin de l'année en cours est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
II- Par une requête enregistrée le 18 juillet 2024 sous le n° 2402400, Mme C H et M. D F, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, en date du 21 juin 2024, par laquelle la commission de l'académie de Dijon compétente en matière d'instruction dans la famille a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision de la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Côte-d'Or du 17 mai 2024 refusant l'autorisation d'instruction dans la famille pour leur fils A J au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;
2°) d'enjoindre au recteur de délivrer l'autorisation sollicitée sur le fondement de l'article L. 131-5 3° du code de l'éducation ou, à défaut, de réexaminer la situation de leur fils ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie, compte tenu de la longue liste d'attente en vue d'une scolarisation en établissement privé, des nombreux déplacements prévus sur tout le territoire ainsi que de l'impact potentiel sur la santé psychologique de leurs fils ; la suspension demandée, par ailleurs, n'est nullement incompatible avec un intérêt public ;
- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle a été prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfants ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.
Le recteur soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que :
• les requérants n'établissent pas sérieusement en quoi la scolarisation de leur enfant dans un établissement d'enseignement public ou privé serait de nature à compromettre gravement ses intérêts ou le leur ;
• la réalité de l'itinérance de la famille n'est pas établie, les déplacements prévus à compter de septembre 2024 n'étant qu'hypothétiques ;
• il n'est pas établi que l'état de santé des enfants ferait obstacle à leur scolarisation dans un établissement scolaire ;
• il n'existe aucun droit au renouvellement des autorisations d'inscription dans la famille ;
- il n'y a pas de doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que :
• la réalité de l'itinérance de la famille n'est pas justifiée par des éléments suffisants,
• il existe des dispositifs académiques, tels que les centres académiques pour la scolarisation des élèves allophones nouvellement arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs (CASNAV), qui garantissent aux familles itinérantes la possibilité d'inscrire leurs enfants dans des établissements scolaires ;
• la circonstance que les deux aînés de la famille ont précédemment bénéficié d'une autorisation de plein droit d'être instruits dans la famille jusqu'à la fin de l'année en cours est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
III- Par une requête enregistrée le 18 juillet 2024 sous le n° 2402402, Mme C H et M. D F, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, en date du 21 juin 2024, par laquelle la commission de l'académie de Dijon compétente en matière d'instruction dans la famille a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision de la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Côte-d'Or du 2 mai 2024 refusant l'autorisation d'instruction dans la famille pour leur fille B J au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;
2°) d'enjoindre au recteur de délivrer l'autorisation sollicitée sur le fondement de l'article L. 131-5 3° du code de l'éducation ou, à défaut, de réexaminer la situation de leur fille ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie, compte tenu de la longue liste d'attente en vue d'une scolarisation en établissement privé, des nombreux déplacements prévus sur tout le territoire ainsi que de l'impact potentiel sur la santé psychologique de leur fille ; la suspension demandée, par ailleurs, n'est nullement incompatible avec un intérêt public ;
- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle a été prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfants ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.
Le recteur soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que :
• les requérants n'établissent pas sérieusement en quoi la scolarisation de leur enfant dans un établissement d'enseignement public ou privé serait de nature à compromettre gravement ses intérêts ou le leur ;
• la réalité de l'itinérance de la famille n'est pas établie, les déplacements prévus à compter de septembre 2024 n'étant qu'hypothétiques ;
• il n'est pas établi que l'état de santé de des enfants ferait obstacle à leur scolarisation dans un établissement scolaire ;
• il n'existe aucun droit au renouvellement des autorisations d'inscription dans la famille ;
- il n'y a pas de doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que :
• la réalité de l'itinérance de la famille n'est pas justifiée par des éléments suffisants,
• il existe des dispositifs académiques, tels que les centres académiques pour la scolarisation des élèves allophones nouvellement arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs (CASNAV), qui garantissent aux familles itinérantes la possibilité d'inscrire leurs enfants dans des établissements scolaires ;
• la circonstance que les deux aînés de la famille ont précédemment bénéficié d'une autorisation de plein droit d'être instruits dans la famille jusqu'à la fin de l'année en cours est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
- les requêtes au fond enregistrées le 18 juillet 2024 sous les n° 2402397, 2402401 et 2402404
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sandrine Kieffer, greffière d'audience, le rapport de Mme Desseix et :
- les observations de Me Le Foyer de Custil représentant Mme H et M. F, qui reprend et développe les arguments et moyens présentés à l'appui de leur requête et ajoute que :
• l'urgence est caractérisée en raison de l'impact de la décision sur le mode de vie itinérant de la famille, qui vit en " tiny house " depuis 2020 et ne dispose plus d'un lieu de résidence fixe, et sur la scolarité des enfants, qui bénéficient tous de l'instruction dans la famille depuis plusieurs années, la plus jeune des enfants n'ayant jamais été scolarisée en établissement scolaire ;
• le refus d'autoriser l'instruction dans la famille des enfants est entaché d'erreur de droit, la loi prévoyant cette possibilité en cas d'itinérance de la famille, sans qu'il soit nécessaire de justifier d'une impossibilité de scolariser l'enfant en établissement scolaire, cette dernière condition n'étant pas prévue par la loi ;
• la décision est entachée d'erreur de fait, dès lors que l'itinérance de la famille est établie par les pièces versées au dossier, et qu'au surplus la famille a déjà bénéficié d'une autorisation d'instruction dans la famille, pour l'année scolaire 2023-2024, au motif pris de son itinérance ;
• la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leur mode de vie itinérant, au regard de l'état de santé de leur fils A, qui souffre de troubles du spectre autistique et de leur fille E, pour laquelle existe une forte suspicion de troubles de l'apprentissage en cours de diagnostic, et au regard des contrôles pédagogiques favorables dont a fait l'objet l'instruction dispensée dans la famille pendant plusieurs années ; que cette décision est contraire à l'intérêt supérieur des enfants.
- les observations de Mme Villiers, représentant le recteur de l'académie de Dijon, qui reprend et développe les arguments et moyens présentés à l'appui de son mémoire, et ajoute que la situation d'itinérance n'était établie dans la demande initiale d'autorisation d'instruction dans la famille, ni dans le recours administratif préalable obligatoire des requérants, qui se sont bornés à produire une attestation sur l'honneur et un certificat d'immatriculation ; qu'en admettant que l'itinérance de la famille puisse être regardée comme établie, la prévisibilité et la durée de trois à cinq semaines des séjours prévus par les requérants dans leur projet d'itinérance à compter de septembre 2024, ne fait pas obstacle à ce qu'ils inscrivent leurs enfants dans des établissements scolaires dans les différents secteurs géographiques où ils ont prévus de vivre.
La clôture de l'instruction a été reportée à 18h00.
Considérant ce qui suit :
1. Mme H et M. F demandent au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions, en date du 21 juin 2024, par lesquelles la commission de l'académie de Dijon compétente en matière d'instruction dans la famille a rejeté leurs recours administratifs préalables obligatoires, formés à l'encontre des décisions de la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Côte-d'Or en date des 2 et 17 mai 2024 refusant l'autorisation d'instruction dans la famille pour leurs enfants A, E et B, âgés respectivement de 13, 11 et 4 ans, au titre de l'année scolaire 2024-2025.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2402399, 2402400 et 2402402 ont été présentées par les mêmes requérants et ont trait à la situation d'une fratrie. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par une même ordonnance.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes, cependant, de l'article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 dispose : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si ses effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes qui sont tributaires de lui, caractérisent une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l'ensemble des circonstances de l'affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment des pièces produites par les requérants et des explications apportées à l'audience et non sérieusement contredites en défense, que la famille H F, qui vit dans une " tiny house " mobile et ne dispose plus de domicile fixe, a adopté un mode de vie itinérant depuis plusieurs années, et a d'ailleurs bénéficié d'une autorisation d'instruction dans la famille pour B au titre de l'année scolaire 2023-2024 délivrée par le recteur de l'académie de Dijon au motif de l'itinérance de la famille. Par ailleurs, les deux aînés bénéficient d'une instruction dans la famille depuis l'année 2020 et B, âgée de 4 ans, depuis sa première année d'instruction, ayant fait l'objet de contrôles favorables par l'inspection d'académie en 2023. Compte tenu de l'imminence de la rentrée scolaire et des effets des décisions attaquées tant sur le mode de vie itinérant de la famille que sur les habitudes de scolarisation des enfants, alors qu'au surplus A souffre de troubles du spectre autistique et que E est en cours de diagnostic pour une suspicion de troubles de l'apprentissage, la condition d'urgence énoncée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision :
6. Aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dans sa rédaction issue de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction dans la famille. / Les mêmes formalités doivent être accomplies dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence. / La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () / 3° L'itinérance de la famille en France ou l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public ; () ". Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.
7. En premier lieu, les décisions attaquées ont été prises aux motifs d'une part, que les enfants ne sont pas dans l'impossibilité de fréquenter assidûment un établissement scolaire en raison de l'itinérance de la famille et, d'autre part, que le projet d'itinérance de la famille n'est pas établi. Toutefois, comme il l'a été exposé au point 5, il résulte de l'instruction que l'itinérance de la famille doit être, en l'état de l'instruction, regardée comme établie. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions contestées sont entachées d'erreur de fait apparait de nature à créer un doute sérieux sur leur légalité.
8. En deuxième lieu, le recteur soutient en défense que l'itinérance de la famille, si elle devait être regardée comme établie, ne fait pas obstacle à la scolarisation des enfants, dès lors que la prévisibilité et la durée des séjours prévus par les requérants à compter de septembre 2024 ne font pas obstacle à ce que les requérants inscrivent leurs enfants dans des établissements d'enseignement publics ou privés en prenant par avance l'attache d'établissements dans ces différents secteurs géographiques en vue de leur inscription. Une telle situation, qui aurait pour effet de contraindre les enfants à changer plusieurs fois d'établissement scolaire en cours d'année, à une fréquence allant de trois à cinq semaines, est manifestement contraire à l'intérêt des enfants. Le moyen tiré de ce que les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation est, par suite, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur leur légalité.
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 8 que Mme H et M. F sont fondés à demander la suspension des décisions en date du 21 juin 2024 refusant de leur accorder l'autorisation d'instruire dans la famille leurs enfants au titre de l'année scolaire 2024-2025.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. Eu égard aux motifs de suspension retenus, il y a lieu d'enjoindre au recteur de l'académie de Dijon de délivrer à Mme H et M. F des autorisations provisoires pour l'instruction dans la famille de leurs enfants A, E et B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leurs requêtes en annulation.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution des décisions du 21 juin 2024 par lesquelles la commission académique du rectorat de l'académie de Dijon a rejeté les demandes d'autorisation d'instruction dans la famille présentées par Mme H et M. F concernant leurs enfants A, E et B pour l'année 2024-2025, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité par une formation collégiale du tribunal.
Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Dijon de délivrer, à titre provisoire, l'autorisation d'instruction dans la famille pour A, E et B J, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Mme H et M. F une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme H et M. F, et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée, pour information, au recteur de l'académie de Dijon.
Fait à Dijon, le 2 août 2024.
La juge des référés,
M. Desseix
La greffière,
S. Kieffer
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
2, 2402400 et 240240
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026