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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402405

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402405

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET SAGGIO - CHARRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 juillet et 22 août 2024, M. A C, représenté par Me Charret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ou temporaire et, à défaut, dans le même délai, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour et d'une insuffisance de motivation ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'erreurs de fait, d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et, en outre, méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation, est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour, est entachée d'erreurs de fait, d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et méconnait, en outre, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une insuffisance de motivation, est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, est entachée d'erreurs de fait, d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et méconnait, en outre, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Desseix a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1999 et qui déclare être entré irrégulièrement en France le 1er octobre 2015, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du département de Saône-et-Loire à compter du 26 novembre 2015. L'intéressé a ensuite bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", valable du 16 mars 2018 au 31 juillet 2018, d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", valable du 7 février 2019 au 6 février 2020, puis d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " qui a été renouvelée jusqu'au 13 avril 2023. Le 3 avril 2023, M. C a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 17 mai 2024, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. M. C demande l'annulation de cet arrêté du 17 mai 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C, entré en France en 2015, a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance à compter du 26 novembre 2015, à l'âge de seize ans et neuf mois. Il a obtenu son CAP " charpentier bois " le 5 juillet 2018 et a commencé à exercer une activité professionnelle en qualité de couvreur à compter du mois d'octobre 2018. L'intéressé justifie, par la production de ses bulletins de paie, qu'il exerce une activité professionnelle de manière continue depuis le mois d'octobre 2018. Le requérant établit par ailleurs qu'à la date de l'arrêté attaqué, il exerçait une activité de couvreur au sein de la même agence d'intérim depuis le 13 avril 2022 et qu'il bénéficiait de revenus mensuels nets supérieurs à 2 000 euros qui, contrairement à ce qui soutient le préfet de Saône-et-Loire en défense, lui permettent de subvenir à ses besoins.

4. D'autre part, M. C a eu deux fils, nés le 11 juillet 2018 et le 27 novembre 2019 à Mâcon, de sa relation avec une compatriote en situation régulière, dont il s'est séparé au mois de décembre 2021. Par un arrêt du 15 juin 2023, la Cour d'appel de Dijon a infirmé le jugement du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Mâcon du 12 juillet 2022, rendu en l'absence de l'intéressé, accordant l'autorité parentale à la seule mère des enfants, dit que l'autorité parentale est exercée en commun par les deux parents, et a fixé le droit de visite et d'hébergement de M. C, qui réside désormais en région parisienne, à la totalité des vacances de Toussaint, février et Pâques, et la moitié des vacances d'été et de Noël. Contrairement à ce que soutient le préfet de Saône-et-Loire, M. C justifie, par la production de billets de train, d'échanges de SMS avec la mère de ses fils et de nombreuses photographies, qu'il exerce effectivement son droit de visite et d'hébergement. L'intéressé justifie par ailleurs du versement d'une pension alimentaire à la mère des enfants pour les mois de décembre 2022 à février 2023, puis du mois de septembre 2023 au mois de juin 2024. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, M. C entretenait une relation suivie avec une compatriote titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 4 mai 2031 avec laquelle il a eu un fils né le 14 février 2024 à Eaubonne.

5. Compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de M. C, de son jeune âge lors de son arrivée sur le territoire, de son insertion professionnelle et de la présence en France de ses fils mineurs, à l'éducation et à l'entretien desquels il justifie contribuer, l'intéressé est, dans les circonstances très particulières de l'espèce, fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision méconnait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 17 mai 2024 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre d'un visa de long séjour tel que défini au 2° de l'article L. 411-1 ou, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 433-5, d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que / : 1° Il justifie de son assiduité, sous réserve de circonstances exceptionnelles, et du sérieux de sa participation aux formations prescrites par l'Etat dans le cadre du contrat d'intégration républicaine conclu en application de l'article L. 413-2 ; / 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. La carte de séjour pluriannuelle porte la même mention que la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. () ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle à l'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire est subordonnée à une demande en ce sens de l'intéressé.

9. Compte tenu du motif retenu pour annuler l'arrêté en litige, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve de toute modification de droit ou de fait pouvant affecter la situation de l'intéressé, que le préfet délivre à M. C une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Toutefois, l'intéressé n'ayant pas sollicité la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle, il ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour d'une durée supérieure à un an. Il y a dès lors lieu d'ordonner au préfet de Saône-et-Loire de procéder à ces diligences dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à verser à M. C au titre des frais que celui-ci a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Saône-et-Loire du 17 mai 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit pouvant affecter sa situation, de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de M. C sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Saône-et-Loire.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

M. DesseixLe président,

L. BoissyLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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