mercredi 14 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402446 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET CLEMANG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024 et un mémoire enregistré le 5 août 2024, M. A C, représenté par Me Clémang, demande au tribunal :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 12 avril 2024 et de la décision confirmative du 18 juin 2024 par lesquelles le préfet de Saône-et-Loire a refusé d'instruire sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un récépissé de sa demande dans l'attente du jugement au fond ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que les décisions contestées s'analysent comme des décisions de refus de renouvellement de son titre de séjour et que l'absence de titre de séjour l'empêche de travailler ;
- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de ce refus, qui est fondé sur un motif erroné en droit, le préfet considérant à tort qu'il ne remplit pas les conditions énoncées à l'article R. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qui méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête au fond est irrecevable car dirigée contre une décision ne faisant pas grief, et la demande de suspension devra par suite être rejetée ;
- la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie, M. C n'ayant pas sollicité le renouvellement de son récépissé, et ne justifiant que d'une promesse d'embauche postérieure à la décision du 12 avril 2024 ;
- il n'est pas justifié d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
- la requête au fond n° 2402445 enregistrée le 22 juillet 2024.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en qualité de juge des référés, en vertu des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 6 août 2024.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marie-Eve Laurent,
- et les observations de Me Clémang, représentant M. C qui reprend les moyens et conclusions de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant arménien, né le 24 septembre 1989 à Prochian, en Arménie, a été mis en possession de titres de séjour temporaires à partir du 8 mars 2012 et jusqu'au 8 septembre 2023. Il a déposé le 21 août 2023 une demande de renouvellement de son titre de séjour. Un récépissé, valable jusqu'au 5 juin 2024, lui a été remis à la suite de cette demande. Par courrier du 23 novembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire lui a demandé de produire des pièces complémentaires, dont une preuve de sa nationalité. Puis, par courrier du 12 avril 2024, M. C a été informé qu'à défaut de passeport, il lui appartenait de produire une carte consulaire faute de quoi sa demande ne pourrait être instruite et serait classée sans suite. Les termes de ce courrier ont été confirmés par un courriel du 18 juin 2024, adressé au conseil de M. C.
Sur la demande de suspension :
En ce qui concerne la recevabilité de la requête au fond :
2. Le refus d'enregistrer une demande de renouvellement de titre de séjour, motif pris du caractère incomplet du dossier, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande, En l'espèce, si le préfet de Saône-et-Loire soutient qu'il ne pouvait enregistrer la demande de renouvellement de titre de séjour de M. C, en l'absence de preuve de sa nationalité, il résulte de l'instruction qu'il a, dans un premier temps, délivré à l'intéressé un récépissé, valable jusqu'au 5 juin 2024. Par conséquent, les décisions en litige ne peuvent être regardées comme des refus d'enregistrement ou comme un refus d'instruire la demande du requérant. Elles doivent en revanche être regardées comme révélant une décision de refus de renouvellement de titre de séjour, qui fait grief à l'intéressé.
En ce qui concerne l'urgence
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article R. 522-1 du même code dispose, en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
4. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. C séjourne en situation régulière en France depuis 2012, Il ne peut lui être utilement opposé qu'il n'aurait pas demandé le renouvellement de son récépissé de demande de titre de séjour, alors même que le préfet de Saône-et-Loire avait déjà manifesté, à la date d'expiration de ce récépissé, le 5 juin 2024, son intention de refuser le renouvellement du titre de séjour de M. C. Le requérant avait, pour sa part, déposé cette demande en temps utile, avant l'expiration de son précédent titre de séjour, le 8 septembre 2023. Il bénéficie d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée au sein d'une entreprise, qui ne peut aboutir en l'absence de titre de séjour l'autorisant à travailler, peu important que cette promesse soit postérieure aux décisions en litige. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen sérieux
6. Aux termes de l'article R. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code. ". Parmi les pièces demandées dans cette annexe figure un " -justificatif de nationalité : passeport (pages relatives à l'état civil, aux dates de validité, aux cachets d'entrée et aux visas) ou, à défaut, autres justificatifs dont au moins un revêtu d'une photographie permettant d'identifier le demandeur (attestation consulaire, carte d'identité, carte consulaire, certificat de nationalité, etc.) ; ".
7. M. C fait valoir qu'en raison des circonstances particulières de sa naissance, celle-ci n'a pu être déclarée immédiatement en Arménie et que son acte de naissance a été ultérieurement établi par jugement du tribunal de grande instance de Chalon-sur-Saône du 24 novembre 2011, au vu duquel il a pu obtenir son premier titre de séjour, qui a été régulièrement renouvelé jusqu'en septembre 2023. Il justifie avoir entrepris des démarches auprès des autorités consulaires arméniennes pour obtenir un passeport ou, à défaut, une carte consulaire, qui sont restées vaines fautes de déclaration de naissance établie dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que depuis 2012, année au cours de laquelle il a obtenu son premier titre de séjour, le requérant a été traité de manière constante par les autorités françaises comme étant un ressortissant d'Arménie, ainsi que cela est mentionné notamment sur le récépissé de sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet pour avoir refusé le renouvellement du titre de séjour de l'intéressé au motif qu'il n'avait pas présenté de document justifiant de sa nationalité est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision de refus de renouvellement de son titre de séjour.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de la décision de refus de renouvellement du titre de séjour de M. C doit être suspendue.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint, au préfet de Saône-et-Loire de délivrer à M. A C une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à la notification du jugement statuant sur la requête en annulation enregistrée sous le n° 2402445. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à la délivrance de cette autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C de la somme de 800 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
:
Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé le renouvellement du titre de séjour de M. C est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire de délivrer à M. A C, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à la notification du jugement statuant sur la requête en annulation enregistrée sous le n° 2402445.
Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 800 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera délivrée au préfet de Saône-et-Loire.
Fait à Dijon, le 14 août 2024
La juge des référés,
M-E. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026