jeudi 8 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402482 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | BEN HADJ YOUNES SANA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 juillet 2024 et un mémoire enregistré le 6 août 2024, M. A D, représenté par Me Ben Hadj Younes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2024 du préfet de la Côte-d'Or portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or du même jour portant assignation à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant interdiction de retour :
- son droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été respecté ;
- elle est insuffisamment motivée, dès lors qu'il ne ressort pas des termes de la décision que le préfet a pris en compte l'ensemble des critères fixés par la loi et notamment l'ancienneté des liens avec la France ;
- elle est entachée d'erreur de droit, le délai d'éloignement qui lui a été accordé n'étant pas expiré et n'ayant commencé à courir qu'à compter du 11 juillet 2024 ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des articles L.612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît son droit à mener une vie familiale normale, son orientation sexuelle et les risques qu'il encourt pour cette raison relevant de circonstances humanitaires ;
S'agissant de la décision d'assignation :
- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'il n'est fait état d'aucune des diligences accomplies afin de permettre la mise à exécution de la mesure d'éloignement.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L.921-1 à L.922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 6 août 2024.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marie-Eve Laurent,
- et les observations de Me Djermoun représentant M. D, qui reprend les moyens et conclusions de la requête et de Mme C représentant le préfet de la Côte-d'Or qui reprend ses observations écrites.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant kosovar né le 9 mai 2000, a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 3 janvier 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par décision du 11 juillet 2024, le tribunal administratif de Dijon a rejeté la requête de M. D contre cet arrêté. Par deux arrêtés du 17 juillet 2024, dont M. D demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et une assignation à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour:
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pris en ses sixième et huitième : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. D est présent sur le territoire français depuis le 18 mai 2020, soit depuis plus de quatre ans à la date de la décision en litige. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 2 décembre 2020. Cette décision a été confirmée le 5 juillet 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Par arrêté du 26 février 2021, le préfet de l'Yonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. La décision du 26 février 2021 fixant le pays de renvoi prise par le préfet de l'Yonne à l'encontre de M. D a été annulée par arrêt de la Cour administrative d'appel de Lyon du 16 décembre 2021, qui a considéré que les faits d'agression physique subis par M. D au Kosovo en raison de son orientation sexuelle, et ce par sa propre famille, étaient établis. A la suite de cette annulation, M. D s'est vu délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valable du 2 août 2022 au 1er février 2023 par le préfet de l'Yonne. Il a été autorisé à travailler et a été embauché le 11 avril 2023 par contrat à durée indéterminée en qualité de technicien du bâtiment. Il a suivi la formation civique prévue dans le cadre du contrat républicain en octobre 2023.
4. M. D a par ailleurs conclu le 4 août 2022 un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française, et apporte des preuves permettant d'établir une vie commune avec sa compagne depuis le mois de mai 2022. Si le préfet émet des doutes sur la sincérité de cette union, en se fondant sur un rapport du service régional du renseignement territorial du 31 juillet 2023, il ne le produit pas et les pièces du dossier ne permettent pas d'accréditer de tels doutes. M. D a déposé le 12 mai 2023 une demande de titre de séjour " vie privée et familiale ". Si son recours contre l'arrêté du 3 janvier 2024 portant refus de cette demande de titre de séjour a été rejeté par décision du tribunal du 11 juillet 2024, il n'en demeure pas moins que M. D justifie de liens en France, quand bien même ceux-ci ne sont pas d'une ancienneté et d'une stabilité suffisante pour permettre la délivrance du titre de séjour demandé. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêt de la Cour administrative d'appel de Lyon précité, ainsi que de l'avis de la Cour d'appel de Dijon du 18 janvier 2023, qui se prononce défavorablement à la demande d'extradition de M. D au Kosovo, que l'intéressé a dans le passé subi des violences de la part de sa famille en raison de sa bisexualité.
5. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, et dans les circonstances particulières de l'espèce, M. D est fondé à soutenir que sa situation justifiait qu'une interdiction de retour ne soit pas prononcée à son encontre.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juillet 2024 du préfet de la Côte-d'Or portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
En ce qui concerne la décision portant assignation :
7. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (..) "
8. L'arrêté en litige vise notamment l'article L. 731-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que M. D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, qu'il présente des garanties propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement, qui reste une perspective raisonnable. Il est ainsi suffisamment motivé, le préfet n'étant pas tenu de faire état des démarches entreprises en vue de l'exécution de cet éloignement, alors que c'est précisément en vue de permettre cet éloignement que l'assignation est prononcée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juillet 2024 du préfet de la Côte-d'Or portant assignation à résidence.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'une ou l'autre partie les sommes demandées par la partie adverse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : l'arrêté du 17 juillet 2024 du préfet de la Côte-d'Or portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Ben Hadj Younes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2024
Le magistrate désignée,
M-E. B
La greffière
L. Lelong
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026