lundi 12 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402488 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | MANHOULI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juillet 2024, M. D A, représenté par Me Manhouli, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'a pas bénéficié du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la décision attaquée n'a été précédée d'aucun examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle méconnait l'article L 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le risque de fuite n'est pas caractérisé ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
S'agissant de la décision d'assignation à résidence :
- compte tenu de l'illégalité des décisions qui précèdent, l'arrêté d'assignation à résidence est illégal.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L.921-1 à L.922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 6 août 2024.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marie-Eve Laurent,
- et les observations de Manhouli, représentant M. A, qui reprend les moyens et conclusions de la requête et de Mme C, représentant le préfet de la Côte-d'Or qui reprend ses observations écrites
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant tunisien né le 6 septembre 1993, a été découvert en situation irrégulière en France par les services de police le 22 juillet 2024. Par arrêtés du 22 juillet 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois et l'assigné à résidence durant 45 jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet doit appliquer les principes généraux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
4. Il ressort des pièces communiquées par le préfet de la Côte-d'Or que M. A a été entendu le 22 juillet 2024 avec le concours d'un interprète par téléphone, et a été notamment invité à faire valoir ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement. S'il soutient qu'il n'a pas été mis en mesure lors de cet entretien de produire la copie de son passeport et des preuves quant à sa situation familiale, il n'en demeure pas moins qu'il a pu donner toutes les indications utiles s'agissant de sa nationalité, de ses conditions d'entrée en France et de sa situation personnelle et familiale. Par suite, il n'a pas été privé du droit d'être entendu.
5. En deuxième lieu, il ne résulte pas des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. S'il est indiqué dans cet arrêté que M. A n'apporte aucune preuve de ses allégations quant à la présence en France de sa femme et de leur enfant, il indique aussi, notamment, que Mme A est dans la même situation que son époux, qui n'a entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation en France, ce qui montre que le préfet ne s'est pas arrêté au défaut de preuve pour prendre sa décision. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit par suite être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Si M. A se borne à faire valoir qu'il est marié et père d'un enfant né le 9 mars 2023 en France, et que la famille est établie en France depuis deux ans. Il ne conteste pas que son épouse se trouve elle-même en situation irrégulière sur le territoire français et il ne fait état d'aucune considération qui ferait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine. Son entrée en France est récente, et s'il a signé un contrat de travail à durée indéterminée en mai 2023, pour lequel son employeur a procédé à une déclaration préalable d'embauche, il ne peut pour autant être regardé comme ayant séjourné régulièrement en France. Par suite, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Selon l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
10. Le risque de fuite doit être regardé comme établi, dans les circonstances de l'espèce, dès lors que l'intéressé ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 9 doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
12. Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
13 En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne de façon suffisamment détaillée les motifs de droit et de fait qui ont conduit à prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour.
14 En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne que M. A a déclaré être présent en France depuis environ deux ans sans en apporter la preuve ; cette considération ne peut être regardée comme entachée d'erreur de fait, dès lors qu'il est constant que les seules preuves de la présence en France de M. A remontent à mars 2023.
15 En dernier lieu, M. A, qui réside en France depuis moins de deux ans selon ses déclarations, n'établit pas disposer d'attaches personnelles ou familiales en France autre que son épouse, qui se trouve en situation irrégulière, et son fils, qui pourront l'accompagner dans son pays d'origine. S'il a signé un contrat de travail à durée indéterminée en mai 2023, pour lequel son employeur a procédé à une déclaration préalable d'embauche, il ne peut pour autant être regardé comme ayant entrepris des démarches en vue de régulariser son séjour. Si en revanche, le comportement de l'intéressé ne peut être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public, compte tenu du caractère isolé des faits de recel d'un vélo volé, lesquels n'ont au demeurant fait l'objet d'aucune condamnation à la date de l'arrêté attaqué, et s'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à dix-huit mois.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
16 Il résulte de ce qui précède que les décisions obligeant M. A à quitter le territoire français et refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire ne sont pas entachées des illégalités alléguées. Par suite, l'exception d'illégalité de ces décisions, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17 Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions susanalysées, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction, en tant qu'elles constituent l'accessoire des conclusions sur lesquelles il est statué par le présent jugement, doivent être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18 Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de M. A la somme demandée par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Manhouli.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2024
Le magistrate désignée,
M-E. B
La greffière
L. Lelong
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026