jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402520 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, M. C D A, représenté par Me Matchinda, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de l'Yonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer un titre de séjour " salarié " ou " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans examen particulier de sa situation, au regard notamment de la durée de sa présence en France et de ses liens familiaux et personnels ;
- elle repose sur des considérations contradictoires et erronées s'agissant de son entrée en France ainsi que l'existence d'une précédente obligation de quitter le territoire français, qui ne lui a pas été notifiée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant au motif humanitaire ou exceptionnel au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit toutes les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur ce fondement ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée et a été prise sans examen particulier de sa situation ;
- elle est illégale, par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
S'agissant de la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant fixation du pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le préfet de l'Yonne, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Matchinda, représentant M. A et de Me Rannou représentant le préfet de l'Yonne.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 2 août 1965, déclare être présent en France depuis 2000 et s'y être maintenu de manière ininterrompue. Il a demandé, le 14 août 2019, la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale, et a été mis en possession de récépissés. Par arrêté du 26 juin 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Yonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la motivation de l'arrêté du 26 juin 2024 :
2. L'arrêté contesté vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il procède à une analyse suffisante de la situation personnelle et familiale de M. A, mentionne la durée de sa présence en France et indique les motifs qui ont conduit à prononcer à son égard les décisions attaquées. Il fait notamment état de l'absence de preuve d'entretien de son fils par M. A, de l'absence d'autres attaches en France, de l'absence d'élément justifiant qu'un délai de départ supérieur à trente jours lui soit accordé et de l'absence de risques encourus dans son pays d'origine. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Yonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision attaquée.
4. En deuxième lieu, à supposer que les mentions de l'arrêté attaqué relatives aux circonstances de l'entrée en France de M. A, à sa situation de demandeur d'asile en Allemagne, ou à l'intervention d'une précédente mesure d'éloignement, soient entachées d'erreurs de fait ou d'incohérences de date, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Yonne aurait fait de ces considérations des motifs du refus de délivrance de titre de séjour à l'intéressé. A les supposer établies, les erreurs de fait entachant cette décision seraient dès lors sans influence sur sa légalité.
5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés
d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1,
L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
6. M. A produit des preuves de sa présence en France depuis 2008. Il se prévaut également de sa qualité de père de deux enfants de nationalité française. Toutefois, il indique lui-même que la mère de sa fille s'oppose au maintien de liens avec cette enfant. De même, les éléments qu'il produit, notamment des photographies, une facture et quelques attestations, sont insuffisants pour établir que la relation avec son fils serait d'une particulière intensité ni qu'il participerait de manière significative à son éducation et à son entretien. Si M. A se prévaut également de sa qualité d'ouvrier qualifié dans le bâtiment, il ne produit aucune preuve de l'exercice d'une activité professionnelle. Par suite, malgré l'ancienneté de sa présence en France, il n'établit pas y avoir noué des liens d'une particulière intensité. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour qui lui est opposée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent par suite être écartés. Pour les mêmes motifs et dès lors qu'il ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle ou considération humanitaire, M. A n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de l'Yonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En dernier lieu, M. A n'établit pas entretenir des liens particulièrement intenses avec ses deux enfants, qui vivent à Paris avec leur mère respective, ni contribuer à leur entretien et leur éducation. Par suite, la décision de refus de séjour ne méconnait pas l'intérêt supérieur de ces enfants. Le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit par suite être écarté.
En ce qui concerne les autres décisions :
8. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Yonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français.
9. En deuxième lieu, M. A n'établit pas l'illégalité de la décision portant refus de séjour et n'est par suite pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ou contre la décision fixant le pays de destination.
10. En dernier lieu, M. A qui ne démontre pas avoir des attaches particulièrement intenses et solides en France, n'établit pas, dès lors, que le délai de départ de trente jours qui lui est accordé, qui est le délai de droit commun, serait insuffisant pour préparer son départ.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à M. A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A et au préfet de l'Yonne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
M-E B
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026