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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402537

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402537

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a constaté un non-lieu à statuer. La demande de M. B D et Mme A C visait à suspendre un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 4 264,09 euros notifié par la caisse régionale de mutualité sociale agricole de Bourgogne. Le département de la Côte-d'Or a informé le tribunal que la créance litigieuse avait été annulée suite au réexamen de la situation des requérants. En conséquence, le juge a estimé que le litige était devenu sans objet, rendant la requête irrecevable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2024, M. B D et Mme A C, représentés par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Callon Avocat et Conseil, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 29 mars 2024, par laquelle la caisse régionale de mutualité sociale agricole de Bourgogne a notifié au premier nommé un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 264,09 euros et de la décision du 14 mai 2024, par laquelle la commission de recours amiable de cette caisse a rejeté leur recours dirigé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre à la caisse régionale de mutualité sociale agricole de Bourgogne de procéder à l'annulation de ces décisions ;

3°) de mettre à la charge de la caisse régionale de mutualité sociale agricole de Bourgogne la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est établie, dès lors que les décisions litigieuses les laissent dans une situation financière critique, sans aucune ressource ;

- la décision du 14 mai 2024 est dépourvue de toute signature, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'est pas établi que le signataire de la décision du 29 mars 2024 était compétent à cet effet ;

- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;

- l'administration ne pouvait retenir, aux termes de l'article R. 262-7 du code de l'action sociale et des familles, des revenus de l'année 2022, mais seulement les revenues des trois derniers mois ; leurs revenus de l'année 2022 ne leur ont jamais été demandés ; la caisse régionale de mutualité sociale agricole a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2023, le département de la Côte-d'Or doit être regardé comme concluant au non-lieu à statuer.

Il soutient que les services de la mutualité sociale agricole ont réexaminé la situation des requérants et ont informé le département que la prestation au titre du revenu de solidarité active pour les mois de novembre 2023 à février 2024 était maintenue, ce qui implique l'annulation de la créance litigieuse, de sorte que le litige est devenu sans objet.

Vu :

- la requête enregistrée le 29 juillet 2024 sous le numéro 2402538 par laquelle M. D et Mme C demandent l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hugez, en qualité de juge des référés, en vertu des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par une décision du 1erseptembre 2023.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière, le rapport de M. Hugez, juge des référés.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D et Mme A E détiennent chacun 50 % des parts sociales de la société civile d'exploitation agricole Domaine du Chancelier, qu'ils ont créée. M. D a formé le 5 décembre 2023 une demande de revenu de solidarité active pour son foyer. Par une décision du 10 février 2024, la caisse régionale de mutualité sociale agricole de Bourgogne lui a octroyé un droit au revenu de solidarité active pour son foyer, à hauteur de 1 060,12 euros par mois à compter du 1er novembre 2023. Par une décision du 29 mars 2024, cette caisse régionale lui a notifié un indu de 4 264,09 euros, constatant qu'il n'avait pas déclaré " un douzième de (ses) autres ressources sur l'année 2022 ". Par une décision du 14 mai 2024, notifiée par lettre du 12 juin 2024, la commission de recours amiable de la caisse régionale de mutualité sociale agricole a rejeté son recours administratif dirigé contre la décision du 29 mars 2024. M. D et Mme C demandent au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision du 29 mars 2024 notifiant à M. D un indu de revenu de solidarité active et la décision du 14 mai 2024 ayant rejeté leur recours administratif.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. ". L'article R. 522-1 du même code dispose, en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Il résulte des dispositions précitées que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l'ensemble des circonstances de l'affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de la lettre du 6 août 2024 adressée par la caisse régionale de mutualité sociale agricole au président du conseil départemental de la Côte-d'Or que cette caisse a entendu retirer la décision par laquelle elle a notifié à M. D et à Mme C un indu de revenu de solidarité active. Par suite, les requérants ne justifient pas d'une situation d'urgence justifiant l'intervention du juge des référés dans cette mesure.

5. En deuxième lieu, à supposer même, comme le soutiennent les requérants, que l'on puisse regarder les décisions litigieuses comme révélant une décision de refus d'octroi pour l'avenir du revenu de solidarité active, pour justifier de l'urgence, M. D et Mme C soutiennent qu'ils sont sans revenus dès lors que leur activité viticole ne peut débuter immédiatement, que leur société civile d'exploitation agricole est déficitaire, qu'ils doivent supporter leurs charges fixes et faire vivre leurs enfants, sans aucun revenu. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. D a déclaré, au titre de ses revenus de l'année 2022, une somme de 300 471 euros, imposable dans la catégorie des traitements et salaires, dont 270 324 euros de " gains taxables en salaires ". Il résulte également de l'instruction, en l'espèce des comptes de l'exercice clos en 2022 de la société civile d'exploitation agricole Domaine du Chancelier, que M. et Mme D y disposent d'un compte courant d'associés dont le solde créditeur à la date du 31 décembre 2022 était égal à la somme de 526 984 euros et dont ils ne produisent pas le solde à la date de leur requête. Les requérants n'établissent dans la présente instance ni qu'ils ne disposeraient plus, à la date de la présente requête, de cette somme, ni que cette somme serait rendue indisponible, alors même que cette société disposait de liquidités à cette même date du 31 décembre 2022. Ils ne font pas davantage mention, plus généralement, dans la présente instance, de l'état de leur patrimoine ni de leurs charges. Dans ces conditions, les requérants n'établissent pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à leur situation du fait des décisions contestées, et ne justifient pas de l'urgence qui s'attacherait à la suspension des effets de ces décisions. Dès lors, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions cumulatives posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de non-lieu ni d'examiner si les moyens soulevés sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de ces décisions doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a, en tout état de cause, pas lieu de faire droit aux conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. D et de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, à Mme A C, à la caisse régionale de mutualité sociale agricole de Bourgogne et au département de la Côte-d'Or.

Fait à Dijon, le 12 août 2024.

Le juge des référés,

I. Hugez

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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