mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402540 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Belville, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a abrogé la décision de prolongation d'instruction valable jusqu'au
28 août 2024, et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois jours à compter de la notification du jugement, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer durant ce réexamen, sous dix jours, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de salarié ;
- à titre subsidiaire, il remplit également les conditions pour se voir délivrer une carte de séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en qualité de parent d'un enfant français sur lequel il exerce l'autorité parentale, en application de l'article 10 de l'accord franco-tunisien et de l'article
L. 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- à titre encore plus subsidiaire, il peut se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
A seul été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme C, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né en janvier 1984, est entré en France en mars 2011, muni d'un visa Schengen, valable du 23 mars 2011 au 7 avril 2011 ; il s'est ensuite maintenu en France en situation irrégulière et a fait l'objet, le 9 février 2017, d'un arrêté du préfet de l'Ain portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le 9 mars 2019, il s'est marié avec une ressortissante française, et a obtenu un titre de séjour en qualité de conjoint de français, renouvelé jusqu'au 26 octobre 2023. Le 9 octobre 2023, il a demandé le renouvellement de ce titre de séjour sur le fondement de
l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par arrêté du 10 juillet 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a abrogé la décision de prolongation d'instruction valable jusqu'au 28 août 2024, et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 3 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à
Mme E D, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les actes relevant des attributions de ce bureau, ce qui est le cas de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application, notamment l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et les articles L. 412-5 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les circonstances de fait relatives à la situation personnelle de M. B. Cet arrêté comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait permettant au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait demandé un titre de séjour sur un autre fondement que sur celui de l'article 10 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988. Il ne peut dès lors utilement soutenir que l'arrêté attaqué méconnait son droit à obtenir un titre de séjour en qualité de salarié, ou sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 10 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé () c) au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins ". Ces stipulations ne privent pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale en vigueur relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.
6. Il ressort des pièces du dossier que, si M. B est toujours marié avec une ressortissante française avec laquelle il a eu un enfant sur lequel il exerce l'autorité parentale, il a fait l'objet le 13 février 2024 d'une composition pénale qui lui ordonne de résider hors du domicile conjugal, de s'abstenir de paraître dans ce domicile ou aux abords immédiats, et de ne pas entrer en relation avec son épouse, pour une durée de six mois, en raison de faits de violence à l'égard de cette dernière ayant entrainé une interruption temporaire de travail de deux jours, commis en présence de l'enfant du couple.
7. Il ressort des termes de cette composition pénale que M. B a reconnu ces faits, et accepté la proposition de composition pénale. Il ne saurait dès lors soutenir que ces faits ne pouvaient être pris en considération, au motif qu'ils sont inexacts. L'attestation de son épouse ne peut être regardée comme remettant ces faits en cause, dès lors qu'elle se borne à faire état des difficultés liées à la vente du domicile conjugal et à la procédure de divorce, et à son souhait de voir sa fille maintenir des liens avec son père. Eu égard à leur caractère récent, et à la nature des faits en cause, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant qu'un trouble à l'ordre public était, à la date du refus de renouvellement contesté, établi et était fondé à refuser, pour ce motif, le renouvellement du titre de séjour de M. B, quand bien même celui-ci remplirait les conditions requises pour obtenir un tel renouvellement en qualité de parent d'un enfant français.
8. En dernier lieu, si M. B se prévaut également de sa présence en France depuis plus de treize ans, de l'exercice d'une activité sous contrat à durée indéterminée, de la qualité de propriétaire d'un logement et de la présence en France de sa fille, de tels éléments ne peuvent être regardés, dans les circonstances de l'espèce et eu égard au comportement de M. B, qui ne témoigne pas d'une parfaite insertion dans la société française, comme relevant de considérations exceptionnelles ou humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige
11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à M. B de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Saône-et-Loire.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
La rapporteure,
M-E C
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026