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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402584

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402584

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantJOLET INGRID

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la requête de M. A B, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté du préfet de la Nièvre du 2 mai 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, ainsi qu'un arrêté d'assignation à résidence du 26 juillet 2024. Le tribunal a jugé irrecevables les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français en raison de leur tardiveté, le recours n'ayant été introduit que le 30 juillet 2024, bien au-delà du délai de 48 heures prévu par l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'agissant de l'assignation à résidence, le tribunal a estimé que les moyens invoqués, tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et d'une erreur manifeste d'appréciation, n'étaient pas fondés, compte tenu de la situation personnelle et familiale de l'intéressé et de la nécessité d'assurer l'exécution de la mesure d'éloignement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2024 et un mémoire enregistré le 2 août 2024, M. A B, représenté par Me Joliet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Nièvre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2024 par lequel le préfet de la Nièvre l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de réexaminer sa situation et de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard à ses attaches personnelles et familiales en France, et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa situation justifie une régularisation à titre exceptionnel en application des articles L.435-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er août 2024, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français sont tardives et par suite irrecevables ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-4 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur jusqu'au 15 juillet 2024, et par les articles L.921-1 à L.922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur depuis le 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 5 août 2024.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marie-Eve Laurent,

- et les observations de M. B, qui indique ne pas vouloir être séparé de son épouse, ni quitter la France, où il réside depuis longtemps, avoir conscience que son comportement a posé problème dans le passé mais souhaite désormais rester tranquille, et ajoute qu'il lui apparait excessif de pointer tous les jours à la gendarmerie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né 16 janvier 1978, demande l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Nièvre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans. A la suite de cet arrêté, M. B a fait l'objet d'une première assignation à résidence d'une durée de 45 jours, prononcée le 2 mai 2024, prolongée par arrêté du 5 juin 2024 notifié le 6 juin pour la même durée. M. B a fait l'objet le 25 juillet 2024 d'un placement en rétention, en vue de l'exécution d'office de la mesure d'éloignement. L'intéressé ayant refus d'embarquer, il a été de nouveau assigné à résidence pour une durée de 45 jours par arrêté du 26 juillet 2024, dont il demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 2 mai 2024 :

2. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. (). ".

3. L'arrêté du 2 mai 2024 a été notifié à M. B le jour même, ainsi qu'en atteste sa signature portée sur cet arrêté ; les voies et délais de recours contre cet arrêté lui ont été notifiées le même jour. Les conclusions en annulation contre cet arrêté, enregistrées le 30 juillet 2024, sont dès lors tardives, et par suite, irrecevables.

En ce qui concerne l'arrêté du 26 juillet 2024 :

4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ;". Et aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ". Et aux termes de l'article L. 732-8 : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. Lorsqu'elle a été notifiée après la décision d'éloignement, elle peut être contestée alors même que la légalité de la décision d'éloignement a déjà été confirmée par le juge administratif ou ne peut plus être contestée. "

5. M. B soutient que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, la décision attaquée, prise sur le fondement d'une décision d'éloignement qui n'est plus contestable, assigne à résidence M. B à Clamecy, qui est la commune dans laquelle il est domicilié en compagnie de son épouse. Le requérant ne peut, pour le reste et en tout état de cause, utilement se prévaloir des dispositions des articles L.435-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour à l'encontre la décision attaquée, qui n'est pas une décision de refus de séjour. Il ne peut davantage utilement soutenir que cette décision d'assignation, qui n'est pas non plus une décision d'éloignement, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, au regard de son insertion et de ses liens sur le territoire français.

6. Enfin, M. B ne fait état d'aucune difficulté qui le placerait dans l'impossibilité de se rendre quotidiennement à 8h00, jours fériés ou chômés compris, hors samedi et dimanche, à la gendarmerie de Clamecy. Dans ces conditions, il n'est pas établi que les modalités de pointages fixées dans l'arrêté du 26 juillet 2024 ne seraient pas adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'il poursuit.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions susanalysées, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Nièvre et à Me Joliet

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.

Le magistrate désignée,

M-E. C

La greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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