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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402607

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402607

mardi 13 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL PETIT & ASSOCIÉS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté de licenciement pour insuffisance professionnelle prise par le président de la communauté d'agglomération du Grand Chalon à l'encontre de M. A. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant n'a pas justifié de l'absence de revenus suffisants pour faire face à ses besoins essentiels, notamment au regard de l'indemnité de licenciement perçue et de la possibilité de bénéficier d'allocations chômage. La décision s'appuie sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2024, M. B A, représentés par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Estève, Goulleret, Nicolle et Associés, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 18 juillet 2024, par lequel le président de la communauté d'agglomération du Grand Chalon l'a licencié pour insuffisance professionnelle à effet au 1er août 2024 ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Le Grand Chalon la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est établie, dès lors que le licenciement dont il fait l'objet, intervenant après une période de suspension illégale, qui l'a déjà privé d'une partie de son traitement, le prive de tout revenu et induit un bouleversement grave et immédiat de ses conditions d'existence ; en outre, cette perte d'emploi, qui revêt en l'espèce un caractère infamant, fait obstacle à ce qu'il retrouve aisément un emploi dans un secteur d'activité où les demandeurs sont nombreux ; en outre, il perd, consécutivement à la perte de son emploi, son logement, dès lors qu'il était logé à titre précaire dans un logement de la commune de Chalon-sur-Saône, gratuitement moyennant une activité de gardiennage ; il doit en outre engager, dans ce contexte, des frais pour sa défense et retrouver un logement, sans pouvoir se prévaloir de la qualité d'agent public ;

- les faits sur lesquels repose son licenciement, tant les désordres informatiques que l'organisation dysfonctionnelle du service, ne sont pas établis ; leur imputabilité ne l'est pas davantage ;

- l'insuffisance professionnelle reprochée n'est pas établie ; d'une part, alors que son employeur a fait le choix de lui confier des fonctions d'administrateur système qui excèdent ses qualifications et ne correspondent pas à son grade et qu'il ne lui a jamais accordé les formations professionnelles qui lui avaient été promises, la circonstance qu'il a accepté de telles fonctions est insusceptible de caractériser une insuffisance professionnelle ; d'autre part, aucun reproche ne peut lui être fait quant à l'exercice de ses fonctions et à la manière de servir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2023, la communauté d'agglomération Le Grand Chalon, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Petit et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que le requérant se borne à alléguer sa situation de précarité financière, sans justifier de ses charges, qu'il a continué de percevoir l'intégralité de son traitement depuis le mois d'octobre 2023, qu'il occupe un logement communal à titre gratuit, qu'il percevra, au titre du mois d'août 2024, une indemnité de licenciement d'un montant de 10 299 euros, correspondant à environ six mois de traitement et qu'il peut bénéficier des allocations d'aide au retour à l'emploi ; s'il est susceptible, à moyen terme, de perdre son logement, une notification en ce sens, qui nécessite l'envoi préalable d'une lettre recommandée, qui n'a, à ce jour, pas été envoyée, donne lieu à un délai de sortie de trois mois ; il a néanmoins lui-même annoncé son départ de ce logement pour le 1er septembre, par choix personnel ;

- les fonctions d'administrateur système relèvent, en vertu de l'article 6 du décret n° 2010-1357 du 9 novembre 2010 du cadre d'emplois des techniciens territoriaux ; il occupe des fonctions relevant de son cadre d'emploi et de son grade depuis 2018 ;

- contrairement à ce qu'il soutient, M. A a suivi une formation de technicien en réseaux et téléphonie d'entreprise et mentionnait lors de sa candidature en 2015 ses " compétences dans les réseaux informatiques " ; il a bénéficié de six formations, totalisant 24 jours depuis son embauche ; il a également reçu, à cinq reprises au cours des deux dernières années, des formations techniques ; les équipes d'Orange Cyberdéfense ont également contribué à sa formation en assurant le transfert des compétences qu'elles détenaient ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- la requête enregistrée le 31 juillet 2024 sous le numéro 2402600 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hugez, en qualité de juge des référés, en vertu des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par une décision du 1erseptembre 2023.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière :

- le rapport de M. Hugez, juge des référés,

- les observations de Me Schiller, représentant M. A, qui reprend les conclusions, faits et moyens contenus dans ses écritures, et qui mentionne en particulier qu'il n'a pas bénéficié de l'intégralité de son traitement pendant la période de suspension, contrairement à ce que soutient l'établissement public défendeur, qu'on lui a demandé de quitter le logement de fonction qu'il occupe dès le 1er septembre 2024, qu'aucun incident grave ne peut lui être reproché, qu'il n'a fait l'objet d'aucun rappel à l'ordre, que seules des carences mineures peuvent lui être reprochées, qu'il n'a jamais reçu de formation spécifique pour l'exercice des fonctions d'administrateur-système, mais a seulement bénéficié de transferts de compétence de très courte durée, qui ne constituent pas des formations, que son comportement lui est en définitive reproché plus que sa manière de servir, de sorte qu'il n'entrait pas dans le champ d'un licenciement pour insuffisance professionnelle ; il invite le tribunal à suivre l'avis du conseil de discipline ;

- et les observations de Me Masson, représentant la communauté d'agglomération Le Grand Chalon, qui reprend également les faits et moyens contenus dans ses écritures et qui rappelle notamment que M. A a droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi, que son traitement a été maintenu pendant sa période de suspension, qu'il va bénéficier d'une indemnité de licenciement de plus de 10 000 euros en août 2024, que la sortie de son logement nécessite une lettre recommandée de la collectivité et fait l'objet d'un préavis de trois mois, de sorte qu'il n'est pas dépourvu de tout logement pendant plusieurs mois, qu'il n'établit ni ses revenus ni ses charges, qu'il exerçait des fonctions en rapport avec les compétences qu'il avait fait valoir lors de son embauche, qu'il a bénéficié tant de formations générales que de formations particulières en rapport avec ses fonctions, que les différents griefs qui lui sont faits relèvent effectivement de l'insuffisance professionnelle et non du champ disciplinaire.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est fonctionnaire territorial, titulaire du grade de technicien territorial, occupant depuis le 21 avril 2021 un poste d'administrateur-système au sein du service infrastructures du pôle systèmes d'information de la délégation aux ressources des services de la communauté d'agglomération Le Grand Chalon. Par un premier arrêté, en date du 9 octobre 2023, le président de la communauté d'agglomération a prononcé la suspension des fonctions de M. A pour une durée de quatre mois. Cette suspension a été prolongée par un second arrêté en date du 8 février 2024. La communauté d'agglomération a saisi le 30 avril 2024 le conseil de discipline compétent d'un projet de licenciement pour insuffisance professionnelle de M. A. Malgré un avis défavorable rendu par le conseil de discipline au cours de sa séance du 1er juillet 2024, le président de la communauté d'agglomération Le Grand Chalon a prononcé, par un arrêté du 18 juillet 2024, le licenciement pour insuffisance professionnelle de M. A à effet au 1er août 2024. M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. ". L'article R. 522-1 du même code dispose, en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

4. Il est constant que la décision de licenciement a pour effet de priver M. A de la rémunération qu'il percevait dans le cadre de son emploi au sein de l'établissement public, laquelle s'élevait à environ 1 900 euros nets mensuels. Toutefois, il résulte de l'instruction que le requérant va percevoir, au cours du mois d'août 2024, une indemnité de licenciement d'un montant non contesté de 10 299 euros et qu'il peut également prétendre au versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Il résulte également de l'instruction que l'intéressé a continué de percevoir pendant sa période de suspension son traitement indiciaire, soit une somme mensuelle nette d'environ 1 490 euros. En outre, M. A, qui ne fait état ni de sa situation personnelle ni de sa situation familiale, ne produit aucun élément sur la nature et le montant de ses charges, pas davantage que sur ses éventuels autres revenus, de sorte qu'il n'est pas possible d'apprécier pleinement l'atteinte portée à ses intérêts par la décision litigieuse. Si le requérant soutient en outre qu'il va être privé du bénéfice du logement qu'il occupe par nécessité absolue de service, en raison des fonctions de gardien d'école qu'il occupe au sein de la commune de Chalon-sur-Saône, il résulte de la convention produite à l'instance que l'occupant dispose d'un délai de trois mois pour libérer les lieux, à compter de la lettre recommandée de la collectivité le lui demandant. Les parties sont convenues à l'audience qu'une telle lettre n'avait pas encore été envoyée, de sorte que M. A est susceptible de conserver le bénéfice de son logement pendant trois mois, ce dont l'intéressé a manifesté le souhait à l'audience, sans que la collectivité s'y oppose. Enfin, la circonstance que le requérant ne serait pas susceptible de retrouver un emploi n'est pas établie. Il suit de là que la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions cumulatives posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner si les moyens soulevés sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération Le Grand Chalon, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la communauté d'agglomération Le Grand Chalon au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Le Grand Chalon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la communauté d'agglomération Le Grand Chalon.

Fait à Dijon, le 13 août 2023.

Le juge des référés,

I. Hugez

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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