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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402622

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402622

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402622
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantSONKO AMINATA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de Mme B, ressortissante centrafricaine, qui contestait l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 3 juillet 2024 lui refusant le séjour au titre de l'asile et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que la décision de refus de séjour était suffisamment motivée en droit et en fait, et que le préfet avait procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Les moyens tirés de la qualité de réfugié ou de la protection subsidiaire ont été écartés comme inopérants, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ayant déjà rejeté sa demande. La solution s'appuie sur les articles L. 424-1, L. 424-9 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 août 2024, Mme C B, représentée par Me Sonko, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation d'un délai de départ volontaire de trente jours contenues dans l'arrêté du 3 juillet 2024, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a constaté qu'elle n'était pas autorisée à résider en France au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que, s'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle apporte de nombreux éléments démontrant qu'elle est fondée à se voir reconnaître la qualité de réfugié sur le fondement des dispositions de l'article L. 711-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- à défaut, elle est fondée à se voir reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire conformément aux dispositions de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il existe des motifs sérieux et avérés, dont elle justifie, de croire qu'elle courrait dans son pays d'origine des atteintes graves, en particulier des tortures ou des peines ou traitements inhumains ou dégradants ; le droit de non-refoulement doit lui être reconnu ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Côte-d'Or n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen préalable de sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation démontrant l'absence d'examen préalable, réel et sérieux de cette situation ;

- la décision est entachée d'un défaut de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

La requête a été communiquée le 9 août 2024 au préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais des pièces, enregistrées le 13 août 2024, qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 relatifs au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Irénée Hugez,

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 09 h 13.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante centrafricaine, née en 1980 à Bangui, est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 6 septembre 2023 et a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié. Sa demande a été rejetée par une décision du 22 janvier 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis par une décision du 14 juin 2024 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 3 juillet 2024, le préfet de la Côte-d'Or a constaté que Mme B n'était pas autorisée à résider en France au titre de l'asile, a abrogé l'attestation de demande d'asile dont elle bénéficiait, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Mme B demande au tribunal d'annuler les décisions portant refus de séjour au titre de l'asile, obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus d'admission au séjour au titre de l'asile :

2. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle est motivée en droit notamment par le visa des articles L. 424-1, L. 424-9 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en fait par les circonstances selon lesquelles la demande d'asile de Mme B a été rejetée par une décision du 22 janvier 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis par une décision du 14 juin 2024 de la Cour nationale du droit d'asile. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être, pour ce motif, écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée ni d'aucune pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen préalable, réel et sérieux de la situation personnelle de Mme B. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

4. En troisième lieu, Mme B soutient qu'elle remplit les conditions pour se voir reconnaître la qualité de réfugié ou, à défaut, pour bénéficier de la protection subsidiaire. Toutefois, ces moyens sont inopérants à l'encontre de la décision portant " refus de séjour au titre de l'asile ", en ce qu'il n'appartient pas au préfet de se prononcer sur le bien-fondé d'une demande d'asile ou de protection subsidiaire, ni d'apprécier une demande de réexamen, qui, les unes et les autres, relèvent de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Dans ces conditions, alors, d'une part, qu'en édictant une décision de refus de séjour au titre de l'asile, le préfet s'est borné à tirer les conséquences du rejet, intervenu le 22 janvier 2024, de la demande d'asile de Mme B par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de celui, du 14 juin 2024, du recours introduit par la requérante à l'encontre de cette décision, par la Cour nationale du droit d'asile, et d'autre part, que Mme B n'a soumis au juge de l'excès de pouvoir ni conclusions ni moyens relatifs à la décision fixant le pays de destination, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 512-1 et L. 512-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peuvent qu'être écartés.

5. En quatrième lieu, Mme B ne peut davantage utilement invoquer, à l'encontre de la décision refusant le droit au séjour au titre de l'asile, la méconnaissance du principe de non-refoulement énoncé notamment par l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, dont le paragraphe 1 stipule qu'" aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ", ni des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que cette décision n'a pas pour objet de déterminer le pays à destination duquel elle sera renvoyée et n'a en elle-même ni pour objet ni pour effet de la contraindre à retourner dans son pays d'origine. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

6. En cinquième lieu, alors que tant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que la Cour nationale du droit d'asile ont considéré que les déclarations de Mme B et les pièces qu'elle a produites ne permettaient pas d'établir la réalité des faits présentés comme étant à l'origine de son départ de République centrafricaine, ni de tenir pour fondées les craintes de persécutions exprimées en cas de retour dans son pays, et eu égard aux pièces produites dans la présente instance et au récit qui les accompagne, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En sixième lieu, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant refus de séjour en raison de sa propre illégalité, qui est, tel qu'il est formulé, inintelligible, ne peut qu'être écarté. A supposer que Mme B ait entendu se prévaloir de l'illégalité de la mesure d'éloignement par voie de conséquence de la décision portant refus de séjour au titre de l'asile, ce moyen doit également être écarté, dès lors qu'il résulte de ce qui précède qu'elle ne démontre pas l'illégalité de la décision portant refus de séjour au titre de l'asile.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est fondée à demander l'annulation ni de la décision portant refus de séjour au titre de l'asile, ni de celle portant obligation de quitter le territoire français, ni de celle fixant le délai de départ volontaire, contenues dans l'arrêté du 3 juillet 2024, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a constaté qu'elle n'était pas autorisée à résider en France au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte, doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

I. A

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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