jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402625 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 août 2024, M. B A, représenté par Me Boudaya, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de l'Yonne a décidé son expulsion du territoire français ;
2°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Un mémoire en défense, produit pour le préfet de l'Yonne postérieurement à la clôture de l'instruction, a été enregistré le 2 septembre 2024 et n'a pas été communiqué.
Des pièces produites pour M. A ont été enregistrées le 2 septembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Hascoët,
- les conclusions de M. Thierry Bataillard rapporteur public,
- et les observations de Me Boudaya, représentant M. A, et de Me Lacoeuilhe, représentant le préfet de l'Yonne.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 6 juin 1998, déclare être entré en France en 2008 accompagné de ses parents et de ses frères et sœurs. Il était titulaire d'une carte de résident valable du 28 octobre 2014 au 27 octobre 2024. Par un arrêté du 2 mai 2024, le préfet de l'Yonne a décidé de l'expulser du territoire français en application de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé la Tunisie comme pays à destination duquel il sera éloigné et lui a retiré sa carte de résident. Le recours gracieux formé par M. A à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par une décision du 28 juin 2024. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Aux termes de l'article L. 631-3 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, dont la violation délibérée et d'une particulière gravité des principes de la République énoncés à l'article L. 412-7, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : / 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 5° du présent article lorsqu'il a déjà fait l'objet d'une condamnation définitive pour des crimes ou délits punis de cinq ans ou plus d'emprisonnement ou de trois ans en réitération de crimes ou délits punis de la même peine () ".
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. M. A se prévaut de sa présence en France depuis qu'il a l'âge de dix ans, de la présence dans ce pays de ses parents et de ses frères et sœurs, de l'absence de liens dans son pays d'origine et de l'établissement de liens sociaux en France. Toutefois, M. A est célibataire et sans charge de famille. Il n'est pas contesté qu'il se trouve en détention en raison d'une condamnation à une peine de onze mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis en récidive, de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants en récidive, de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique en récidive, de prise du nom d'un tiers pouvant déterminer l'enregistrement d'une condamnation judiciaire ou d'une décision administrative dans le système national des permis de conduire et d'inobservation de l'arrêt imposé par le panneau stop. Il n'est pas plus contesté qu'il a été condamné précédemment en 2017 à une peine d'un an d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances et tentative de vol, destruction du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes et conduite d'un véhicule sans permis, en 2020 à une peine de deux mois d'emprisonnement pour des faits de récidive de conduite de véhicule en ayant fait usage de stupéfiants, en 2020 également à une peine d'amende pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, en 2021 à un cent jours-amende pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis en récidive, circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et filouterie de chambre à louer, enfin en 2022 à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de tentative de remise ou sortie irrégulière de correspondance, somme d'argent ou objet de détenu. S'il fait valoir qu'il est déterminé à se réinsérer, il ne justifie par aucune pièce de ses efforts de réinsertion et de son comportement en détention. Alors qu'il est majeur, il ne justifie par ailleurs pas des liens qu'il entretient avec les membres de sa famille qui se trouvent en situation régulière en France. Les éléments du dossier ne font état d'aucune insertion professionnelle ni d'aucune formation suivie par le requérant. Les liens scolaires et amicaux allégués ne sont étayés par aucune pièce. Enfin il n'établit pas être dépourvu de tout lien en Tunisie où il a vécu jusqu'à l'âge de dix ans. Dans ces conditions et eu égard à la répétition des faits délictueux et à la menace que constitue la présence en France de M. A, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'expulsion porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Yonne.
Copie sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Nicolet, président,
M. Irénée Hugez, premier conseiller,
Mme Pauline Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
P. Hascoët
Le président,
P. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
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