mercredi 14 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402626 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELAS NAUSICA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 août 2024, M. B D et Mme A D, représentés par la société d'exercice libéral par actions simplifiée Nausica Avocats, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 21 juin 2024 portant rejet de leur recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 17 mai 2024 ayant rejeté leur demande d'autorisation d'instruction dans la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025 pour leur fille C ;
2°) d'enjoindre au rectorat de l'académie de Dijon, à titre principal, de leur délivrer l'autorisation d'instruire en famille leur fille C sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation en raison de la situation propre à l'enfant et, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation de leur fille au regard des motifs de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'urgence est établie ; en l'état, ils doivent inscrire leur fille dans un établissement public ou privé avant la rentrée scolaire prochaine ; mettre en place des matériels pédagogiques demande une certaine implication de leur part ; une décision en cours d'année viendrait bouleverser le parcours scolaire de l'enfant ; sa scolarisation provoquerait une rupture dans la continuité pédagogique que permet l'instruction en famille ; la décision contestée la forcerait à abandonner un emploi du temps et des activités, qui ne sont pas pratiqués au sein de l'école de la République ; le rythme adopté dans le cadre de l'instruction en famille lui permet d'acquérir les compétences et les connaissances du socle commun ; la flexibilité de l'instruction en famille, contrairement à l'école, permet de respecter les besoins physiologiques de l'enfant, dès lors que leur fille se lève entre 6 h 30 et 7 h et a besoin de deux heures de sieste après 16 heures ; leur fille a besoin de calme ; elle n'arriverait pas à se concentrer en classe ; un environnement bruyant est source de stress pour l'enfant ; leur fille a également besoin de bouger ; elle ne pourrait plus réaliser certains exercices en bougeant à l'école, ce qui provoquerait de la frustration ; la scolarisation n'apporterait aucune plus-value, dès lors qu'elle a déjà dépassé certains attendus de fin de cycle 1 ; la scolarisation risque de l'ennuyer et de la faire régresser ; l'instruction en famille permet d'adapter chaque activité à son niveau et à ses besoins ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il n'appartient pas à l'administration d'apprécier et de remettre en cause le cas échéant l'existence d'une situation propre à l'enfant, mais seulement d'apprécier que cette situation soit suffisamment étayée, de vérifier que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de la pédagogie adaptée à l'enfant et de contrôler que le parent instructeur dispose de cette capacité ;
- l'intérêt supérieur de l'enfant s'oppose au maintien de la décision attaquée, dès lors que la jeune C était instruite en famille au cours de l'année scolaire précédente, que le contrôle pédagogique opéré par les services de l'état a donné lieu à un résultat favorable, que la continuité pédagogique est indispensable à l'enfant, que les activités qu'elle pratique et l'emploi du temps qui est le sien ne sont pas proposés au sein de l'école de la République, que l'instruction en famille lui apporte la flexibilité permettant de respecter ses besoins physiologiques, le calme dont elle a besoin, la possibilité de bouger tout en faisant certaines activités sans être soumise à la frustration et que la scolarisation n'apporterait aucune plus-value à l'enfant, qui a dépassé les attendus de fin de cycle 1, et qui risque de s'ennuyer et de régresser à l'école.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que les requérants n'établissent pas en quoi la scolarisation de leur enfant dans un établissement d'enseignement public ou privé serait de nature à compromettre gravement ses intérêts ou les leurs ou à lui porter préjudice ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu :
- la requête enregistrée le 2 août 2024 sous le numéro 2402627 par laquelle M. et Mme D demandent l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Hugez, en qualité de juge des référés, en vertu des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par une décision du 1erseptembre 2023.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière :
- le rapport de M. Hugez, juge des référés,
- les observations de Me Ladouce, représentant M. et Mme D, qui reprend les conclusions, faits et moyens contenus dans ses écritures, et qui soutient que :
- la proximité de la rentrée scolaire et la contrainte de scolarisation de l'enfant à deux semaines de la rentrée suffisent à justifier l'urgence ;
- l'enfant a manifesté le souhait de poursuivre l'instruction en famille, ce qui justifie également l'urgence ;
- la circonstance selon laquelle la jeune C a bénéficié d'interactions positives avec son frère aîné alors que celui-ci faisait l'objet d'une instruction en famille et elle est en situation de reproduire les mêmes interactions l'année à venir avec son frère cadet constitue une situation propre à l'enfant qu'il y a lieu de prendre en considération ;
- son rythme biologique spécifique, sa difficulté à gérer ses émotions, son besoin de calme et son avance, dès lors qu'elle apprend déjà la lecture à l'âge de trois ans et demi, constituent également des éléments tendant à démontrer l'existence d'une situation propre à l'enfant ;
- l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant l'année précédente qu'il existait une situation propre à l'enfant et en considérant cette année qu'une telle situation n'existe plus ; une telle appréciation relève de l'arbitraire ;
- le projet personnalisé pour C a porté ses fruits l'année précédente et n'existe pas à l'identique dans les établissements d'enseignement publics et privés ;
- et les observations de M. E, représentant le rectorat de l'académie de Dijon, qui reprend également les faits et moyens contenus dans ses écritures et qui fait valoir que :
- l'administration doit contrôler que l'existence d'une situation propre à l'enfant est suffisamment étayée, de sorte qu'elle n'a pas commis d'erreur de droit ;
- les éléments allégués, tenant au comportement et aux spécificités de C sont des éléments partagés par de nombreux enfants ;
- la décision favorable prise l'année précédente était une mesure de bienveillance pour simplifier l'organisation des parents, compte tenu de l'instruction en famille de leur fils aîné, qui est désormais scolarisé dans un établissement d'enseignement.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D et Mme A D ont sollicité, le 15 avril 2024, la délivrance d'une autorisation d'instruire en famille leur fille C, née en 2020, au titre de l'année scolaire 2024-2025 en se prévalant d'une situation propre à l'enfant motivant un projet éducatif spécifique. Par une décision du 17 mai 2024, la directrice académique des services de l'éducation nationale de Saône-et-Loire a rejeté cette demande. Par une nouvelle décision, en date du 21 juin 2024, la commission de l'académie de Dijon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par M. et Mme D le 7 juin 2024. Par leur requête, ces derniers demandent au juge des référés la suspension de l'exécution de cette décision portant refus d'autorisation d'instruction dans la famille de leur fille C au titre de l'année 2024-2025.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. ". L'article R. 522-1 du même code dispose, en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si ses effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes qui sont tributaires de lui, caractérisent une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l'ensemble des circonstances de l'affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.
4. Pour justifier de la condition d'urgence exposée au point précédent, les requérants font tout d'abord valoir qu'ils doivent inscrire leur fille dans un établissement public ou privé avant la rentrée scolaire prochaine, soit dans un délai de deux semaines, que cette rentrée est proche, que mettre en place des matériels pédagogiques demande une certaine implication de leur part, qu'une décision en cours d'année viendrait bouleverser le parcours scolaire de l'enfant, que sa scolarisation provoquerait une rupture dans la continuité pédagogique que permet l'instruction en famille et que la décision contestée la forcerait à abandonner un emploi du temps et des activités, qui ne sont pas pratiqués au sein de l'école de la République. Ils font ensuite valoir diverses considérations inhérentes à la situation de leur fille, à ses besoins physiologiques, à son besoin de calme, à son besoin de bouger en faisant certaines activités, au risque de provoquer de la frustration, à l'impossibilité de se concentrer en cas de scolarisation et à l'impossibilité d'adapter à l'école les activités réalisées au niveau qu'elle a acquis. Toutefois, d'une part, la première série de circonstances que font valoir M. et Mme D leur est imputable, dès lors notamment qu'il leur appartenait, ne serait-ce que par précaution, d'inscrire leur fille par avance dans un établissement public ou privé dès le mois de mai, au cours duquel la décision initiale leur a été notifiée, de préparer, s'ils s'y croyaient fondés le matériel pédagogique utile et que rien ne les oblige à déscolariser leur fille en cours d'année. D'autre part, s'agissant des éléments relatifs à la situation particulière de leur fille, ceux-ci ne sont assortis d'aucune autre pièce probante que le rapport de contrôle des services de l'éducation nationale au titre de l'année scolaire antérieure, de sorte qu'ils n'établissent pas les besoins spécifiques qui seraient ceux de la jeune C. Dans les circonstances de l'espèce, la scolarisation de cette enfant et les effets du refus de leur délivrer l'autorisation sollicitée, ne peuvent être regardés comme portant une atteinte grave et immédiate à l'intérêt des requérants ou de leur fille. Dès lors, en l'absence d'éléments établissant de façon circonstanciée la condition d'urgence, les époux D ne démontrent pas que la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à leur situation ou à celle de la jeune C, justifiant que le juge des référés fasse usage, à bref délai, des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour suspendre à titre provisoire la décision attaquée dans l'attente du jugement au fond.
5. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions cumulatives posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner si les moyens soulevés sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, à Mme A D et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Dijon.
Fait à Dijon, le 14 août 2023.
Le juge des référés,
I. Hugez
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026