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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402630

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402630

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGUENOT AVOCATS ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 août et 26 septembre 2024, M. A se disant M. B D, représenté par la société civile professionnelle Guenot Avocats et Associés, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2024, par lequel le préfet de la Nièvre a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire revêtu de la mention " vie privée et familiale " et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- il remplit les conditions légales pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il était âgé de quinze ans lorsqu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance, qu'il a brillamment réussi son parcours de formation, que son employeur, pleinement satisfait de son travail pendant trois ans, lui a adressé une promesse d'embauche, qu'il est assidu, qu'il participe à la vie communale, qu'il réside en France depuis six ans, qu'il a construit un cercle amical riche, qu'il a fondé une famille et qu'il vient d'avoir un enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et de sa situation familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est en couple avec Mme C, qu'un enfant est né de leur union, que sa compagne et leur enfant sont demandeurs d'asile, que son départ entraînerait une atteinte manifeste à leur droit à une vie privée et familiale et qu'il ne dispose d'aucune attache dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2024, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 5 septembre 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 26 septembre 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 4 octobre 2024 par ordonnance du même jour.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Hugez.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant M. B D, déclare être un ressortissant ivoirien, né en novembre 2002 en Côte-d'Ivoire, et entré en France irrégulièrement le 23 août 2018. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance le 31 août 2018. Par un arrêté du 7 juin 2021, le préfet de la Nièvre a rejeté sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement rendu public le 24 novembre 2021, le tribunal administratif de Dijon a rejeté son recours dirigé contre cet arrêté. Par un arrêt rendu public le 24 novembre 2022, la cour administrative d'appel de Lyon a rejeté le recours de l'intéressé dirigé contre ce jugement. La mesure d'éloignement n'a jamais été exécutée et M. A se disant M. D a formé le 22 août 2022 une demande de réexamen de sa situation administrative sur le fondement des mêmes dispositions que précédemment. Par un nouvel arrêté, en date du 16 juillet 2024, dont l'intéressé demande l'annulation au tribunal, le préfet de la Nièvre a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

3. A supposer même que M. A se disant M. D soit né, comme il le soutient, le 26 novembre 2002, à la date à laquelle la demande de titre de séjour sur laquelle il est statué par l'arrêté litigieux a été formée, soit le 22 août 2022, l'intéressé était âgé de plus de dix-neuf ans et n'entrait ainsi plus, à la date de la décision en litige, dans le champ d'application des dispositions précitées, dont la condition d'âge qu'elles fixent fait nécessairement obstacle à la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient. Dans ces conditions, M. A se disant M. D ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il remplirait toutes les autres conditions mises à l'octroi de ce titre de séjour et n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

5. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle est motivée en droit par la mention des dispositions de l'article L. 423-22, du 1° de l'article L. 432-1-1 et du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en fait par les circonstances selon lesquelles les services de la police aux frontières ont rendu, en date du 7 décembre 2022, un avis défavorable quant à l'authenticité des documents d'état civil produits, l'intéressé ne peut être regardé comme justifiant de son état civil, il n'est pas établi qu'il était âgé de moins de seize ans à la date à laquelle il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance, il ne justifie pas du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, eu égard à ses absences, à ses notes et aux appréciations révélant un manque de travail et une attitude nonchalante, il n'a pas obtenu son certificat d'aptitude professionnelle, il ne justifie pas d'une vie commune avec sa concubine, il n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant, rien ne s'oppose à ce que le couple puisse développer une vie familiale en Côte-d'Ivoire, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans ce pays où il a vécu l'essentiel de son existence et enfin il n'a pas exécuté la précédente obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des conditions de droit et de fait qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français dont M. A se disant M. D fait l'objet. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être, pour ce motif, écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Nièvre n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. A se disant M. D. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. D'autre part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. M. A se disant M. D se prévaut, à l'appui de ses moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de sa relation de couple avec Mme C, et de l'enfant issu de cette relation, née le 12 juin 2024. Il soutient également qu'il ne dispose d'aucune attache dans son pays d'origine et qu'il a construit sa famille en France. Toutefois, M. A se disant M. D n'établit pas, par les seules pièces qu'il produit à l'instance, et notamment par la seule attestation de son employeur mentionnant la mise à disposition d'un hébergement pour qu'il puisse y recevoir la visite de sa compagne et de sa fille, alors que toutes les autres attestations produites sont dépourvues de tout contenu, le caractère réel, actuel, stable et pérenne de la relation qu'il entretiendrait avec Mme C. S'il soutient qu'il participe à l'éducation et à l'entretien de sa fille, les seules pièces produites sur ce point, qui n'établissent pas le paiement par M. D des dépenses exposées, sont insuffisantes pour établir qu'il contribuerait effectivement et régulièrement à son éducation et à son entretien. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier que la mère et les sœurs de M. A se disant M. D résident en Côte-d'Ivoire, de sorte qu'il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans ce pays, dans lequel il a passé la majeure partie de sa vie. Si l'intéressé se prévaut de la demande d'asile de Mme C, tant pour elle-même que pour sa fille, il n'établit pas les motifs de cette demande d'asile, qui feraient le cas échéant obstacle à ce que le foyer qu'il soutient constituer avec sa compagne et sa fille, puisse se reconstituer dans leur pays d'origine commun. Alors que le requérant a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement demeurée non exécutée, qu'il ne démontre pas avoir en France d'autres liens d'une intensité ou ancienneté particulière, qu'il ressort au contraire des pièces du dossier que son comportement, pendant la période où il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance, s'est caractérisé par son agressivité, son irrespect, sa violence et son refus de toute aide, tant à l'égard de ses éducateurs que de sa famille d'accueil, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, ni comme ayant été prononcée en méconnaissance de l'intérêt supérieur de sa fille. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A se disant M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A se disant M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 juillet 2024, par lequel le préfet de la Nièvre a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de M. A se disant M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. A se disant M. D, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.

Sur les conclusions relatives à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

13. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A se disant M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant M. B D, au préfet de la Nièvre et à la société civile professionnelle Guenot Avocats et Associés.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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