jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402642 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CH 2 JU |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024 au greffe du tribunal administratif de Lille, M. E A, représenté par Me Attali, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 juillet 2024 par lequel le préfet du Nord, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une période d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour au titre portant la mention " salarié ", dans le cadre d'une régularisation à titre exceptionnelle ;
3°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en vue de l'examen par la préfecture de la Nièvre de la demande de titre de séjour de l'intéressé ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français, il y a incompétence du signataire ;
- il y a défaut d'examen sérieux du dossier ;
- il y a erreur de fait en ce qu'il a indiqué lors de son interpellation qu'une demande était en cours auprès de la préfecture de la Nièvre et qu'il vivait en concubinage et qu'il travaillait depuis 2018 de manière régulière ;
- il y a erreur de droit dans la mesure où la préfecture ne démontre pas en quoi elle était obligée de prendre une obligation de quitter le territoire et une interdiction de retour sur le territoire français, alors même qu'elle dispose d'un large pouvoir d'appréciation ;
- il y a vice de procédure et erreur manifeste d'appréciation dès lors que la décision du préfet est de nature à produire des conséquences manifestement disproportionnées sur sa vie privée et familiale ;
- il y a violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du fait de son concubinage et du fait qu'il travaille de manière régulière.
Par courrier du 28 octobre 2024, les parties ont été informées de ce que le tribunal est susceptible de se fonder sur des moyens d'ordre public tirés du champ d'application de la loi, du défaut de base égale de la mesure d'éloignement qui ne peut être fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de justice administrative, dès lors que le requérant justifie d'une entrée régulière sur le territoire français en 2018, et qu'il est envisagé de procéder à une substitution de base légale, cette décision pouvant être fondée sur les dispositions du 2° du même article L. 611-1, ainsi que du défaut de base légale de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, qui ne peut être fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-3 du code de justice administrative, dès lors que le requérant justifie d'une entrée régulière sur le territoire français en 2018, ainsi que du moyen tiré de l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire.
Par une ordonnance en date du 29 juillet 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Lille a renvoyé la requête au tribunal administratif de Dijon en application des dispositions des articles R. 312-8 et R. 221-3 du code de justice administrative.
Par un mémoire enregistré le 25 novembre 2024, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a, par une décision du 25 janvier 2024, modifiée par une décision du 12 novembre 2024, désigné M. C, magistrat honoraire inscrit sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative par un arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 30 novembre 2023, pour statuer, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain, né le 31 août 1994, est entré régulièrement en France en août 2018 sous couvert d'un visa Schengen. Le 1er juillet 2024, il a fait l'objet d'un contrôle d'identité à la gare de Lille et a été placé en garde à vue. Par un arrêté en date du 2 juillet 2024, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une période d'un an. Par la présente requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Lille et transmise au tribunal administratif de Dijon, M. A recherche l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, par un arrêté du 5 mars 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 2024-097, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D B, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Contrairement à ce que soutient M. A, cette délégation n'apparait ni générale ni exhaustive. Le fait qu'il s'agit d'une subdélégation est inopérant. Est de même inopérant le fait qu'il aurait été procédé à la notification de l'arrêté attaqué par un officier de police judiciaire dont on ne connait ni le grade ni le nom, la notification étant postérieure à la décision attaquée, à la date de laquelle doit s'apprécier sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture ". M. A se prévaut d'avoir déposé une demande de titre de séjour auprès de la préfecture de la Nièvre le 24 mai 2024 sur le fondement de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit la carte de séjour liée à l'exercice d'une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisée par des difficultés de recrutement. Une telle carte ne figure pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit dès lors être déposée à la préfecture ou à la sous-préfecture, en application des dispositions précitées de l'article R. 431-3. M. A ne soutient pas avoir déposé sa demande de titre de séjour à la préfecture, mais fait état d'une demande faite par courrier par son conseil. Si, aux termes du second alinéa de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ", et à supposer même que le préfet de la Nièvre ait institué une telle prescription, M. A ne justifie le dépôt de sa demande par courrier que par un accusé de réception ne comportant que le volant relatif au dépôt du courrier, mais sans aucune pièce établissant la réception de la demande par le destinataire. Dans ces conditions, M. A n'établit pas avoir régulièrement déposé une demande de titre de séjour. Il n'a au demeurant jamais été en mesure de présenter, depuis mai 2024, un récépissé de demande de titre l'autorisant à séjourner en France pendant l'instruction de sa demande.
4. En troisième lieu, la circonstance que M. A conteste certaines allégations du procès-verbal de garde à vue ou de la décision portant obligation de quitter le territoire français, lesquels comporteraient des erreurs de fait, n'est pas de nature à établir l'absence d'examen sérieux du dossier, alors que les contenus critiqués de ces deux documents ne font que reprendre les déclarations de l'intéressé, ou portent sur des points dont il n'est pas établi qu'ils ont été portés à la connaissance de l'administration.
5. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3 ci-dessus, l'administration n'a été régulièrement saisie d'aucune demande de titre de séjour. Le moyen tiré de l'erreur de droit en ce que le préfet disposait du pouvoir de régulariser sa situation ne peut dès lors qu'être écarté. pour les mêmes raisons qu'exposées au point 3. De même, le moyen tiré de ce que le préfet n'avait aucune obligation d'édicter une interdiction de titre de séjour n'est pas de nature à caractériser une erreur de droit.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". M. A est célibataire et sans enfant. Le concubinage dont il se prévaut ne date que de juillet 2022, selon ses propres allégations, soit deux ans seulement à la date de la décision attaquée. S'il se prévaut encore d'exercer, au demeurant sans pouvoir justifier d'un droit au travail, un métier référencé sous le code ROME F1701 qualifié de métier en tension en région Bourgogne Franche-Comté, il indique lui-même dans sa requête travailler à Paris la semaine, et rentrer chaque week-end à son domicile. Enfin, entré en France en août 2018, il n'a jamais tenté de régulariser sa situation, hormis sa tentative alléguée et tardive de mai 2024. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure, de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa vie privée et familiale, enfin de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions en injonction, d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
P. CLa greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,lc
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026