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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402650

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402650

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402650
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantBROCARD LUCIE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la requête de M. D contestant l'arrêté du préfet de Saône-et-Loire du 23 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de cinq ans. Le requérant invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des articles L. 423-23 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a estimé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, confirmant ainsi la légalité de la mesure d'éloignement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 3 août 2024 sous le numéro 2402650, M. D, représenté par Me Brocard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2024, par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est établi ni que la signataire de la décision attaquée avait reçu une délégation à cet effet, ni que cette délégation aurait été publiée ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a méconnu les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il a demandé le renouvellement de son titre de séjour le 10 juin 2024 ;

- cette décision porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée au regard des motifs du refus ; il doit se voir délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " de plein droit, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a été titulaire d'un tel titre pendant plus de dix ans ; la menace pour l'ordre public qu'il représente n'est pas telle qu'elle justifie de refuser de lui délivrer un titre de séjour ; il en résulte que le préfet ne pouvait édicter à son encontre une mesure d'éloignement, dès lors qu'il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- le préfet n'a pas motivé cette décision au regard de la durée de sa présence en France, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français entraîne l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français, par la voie de l'exception d'illégalité ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la présence en France de l'ensemble de ses attaches privées et familiales constitue une circonstance humanitaire justifiant que le préfet ne prononce pas une interdiction de retour sur le territoire français ;

- dès lors qu'il dispose en France de liens anciens, stables et intenses, qu'il y a suivi toute sa scolarité, que toute sa famille réside en France, qu'il y travaille et qu'il a toujours été en situation régulière, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 3 août 2024 sous le numéro 2402654, M. D soumet au tribunal un litige relatif à l'arrêté du 23 juillet 2024, par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

Il soutient que :

- il reconnaît le caractère immoral des délits qu'il a commis et les regrette ;

- il souhaite s'installer avec sa compagne et former une famille ; il est entré en Guyane française avant l'âge de cinq ans, il y a été scolarisé, jusqu'à l'obtention d'un brevet d'études professionnelles en électronique ; il a exercé divers métiers au nombre desquels ceux d'agent d'entretien et d'installateur de panneaux solaires ; il ne connaît pas le Surinam, ne parle pas la langue de ce pays et n'a jamais quitté la France plus de trois semaines.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, par une décision du 22 juillet 2024 pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 14 août 2024 à 9 heures 45 minutes.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez ;

- et les observations de Me Dandon, substituant Me Brocard, représentant M. C, qui reprend les conclusions, moyens et faits contenus dans ses écritures.

Le préfet de Saône-et-Loire n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 9 heures 56 minutes.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant surinamais, né en 1990 au Suriname, a bénéficié de cartes de séjour temporaire et d'une carte de séjour pluriannuelle couvrant la période du 25 janvier 2010 au 17 mai 2023. Il est incarcéré au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand à la suite de sa condamnation par le tribunal correctionnel de Mâcon à une peine de trente mois d'emprisonnement pour des faits de transport non autorisé de stupéfiants, récidive, détention non autorisée de stupéfiants, récidive, acquisition non autorisée de stupéfiants, récidive et refus de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie. Il est libérable le 1er octobre 2024. Par un arrêté du 23 juillet 2024, notifié à l'intéressé par voie administrative le 29 juillet 2024, le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. Par chacune des deux requêtes susvisées, M. C demande au juge de l'excès de pouvoir l'annulation de cet arrêté.

2. Les deux requêtes susvisées n° 2402650 et 2402654, présentées l'une pour M. C et l'autre par M. C, concernent la situation du même ressortissant étranger et tendent à l'annulation du même arrêté. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions en litige :

3. En premier lieu, par un arrêté du 30 novembre 2023, référencé 71-2023-11-30-00012, publié le 4 décembre 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture, référencé 71-2023-243, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation de signature à Mme Agnès Chavanon, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, les moyens tirés de ce que la signataire de l'arrêté en litige n'était pas compétente à cet effet, qui manquent en fait, doivent, pour ce motif, être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; ". En outre, aux termes du premier alinéa de l'article R. 431-8 de ce code : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. ".

5. Lorsque le préfet est saisi d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour après expiration du délai mentionné aux dispositions précitées de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette demande doit être regardée comme tendant à la première délivrance d'un titre de séjour de même nature.

6. M. C fait valoir que le préfet de Saône-et-Loire a commis une erreur de droit en prononçant une mesure d'éloignement à son encontre sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 10 juin 2024, par une correspondance reçue le 13 juin 2024 par le préfet. S'il ressort effectivement des pièces du dossier que le conseil du requérant, dans le cadre de la procédure contradictoire en vue de l'édiction de la mesure d'éloignement sur laquelle statue le présent jugement, a conclu ses observations en demandant au préfet de " bien vouloir ne pas l'éloigner, et renouveler son titre de séjour, sur le fondement des articles L. 433-4, L. 423-21 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", il n'est toutefois pas contesté qu'une telle demande, à supposer même qu'on puisse la regarder comme une demande de renouvellement, assortie des documents nécessaires à son examen, a été formée plus d'un an après l'expiration, le 17 mai 2023, de la dernière carte de séjour temporaire détenue par l'intéressé. Dans ces conditions, cette demande devait être regardée comme tendant à la délivrance d'un nouveau titre et non comme un renouvellement. Il s'ensuit que M. C entrait dans le champ des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré ce que le préfet de Saône-et-Loire aurait commis une erreur de droit doit, par conséquent, être écarté.

7. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné une première fois le 4 juillet 2019 par le tribunal de grande instance de Paris, statuant en formation correctionnelle, à une peine de trois ans d'emprisonnement pour des faits de transport de marchandise dangereuse pour la santé publique (stupéfiant) sans document justificatif régulier : fait réputé importation en contrebande, de détention de marchandise dangereuse pour la santé publique (stupéfiant) sans document justificatif régulier : fait réputé importation en contrebande, détention, offre ou cession, acquisition non autorisées de stupéfiants, importation en contrebande de marchandise dangereuse pour la santé publique (stupéfiant), participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, transport non autorisé de stupéfiants et importation non autorisée de stupéfiants (trafic), commis du 1er janvier 2017 au 22 octobre 2018. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a de nouveau été condamné, par jugement du 20 janvier 2023 par le tribunal judiciaire de Mâcon, statuant en formation correctionnelle, à une peine de trente mois d'emprisonnement avec maintien en détention, pour des faits de transport non autorisé de stupéfiants, récidive, détention non autorisée de stupéfiants, récidive, acquisition non autorisée de stupéfiants, récidive et refus de remettre aux autorités judiciaires ou de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie, commis les 16 et 17 janvier 2023. Le préfet de Saône-et-Loire fait en outre valoir qu'aux termes du jugement du tribunal judiciaire de Mâcon, l'intéressé était porteur de dix-neuf olives de 176,4 grammes de cocaïne, que l'intéressé a nié au moins une partie des faits reprochés en déclarant qu'il avait découvert la cocaïne dans un parc entre Saint-Fons et Vénissieux dans le Rhône, qu'il s'était retrouvé passager d'un véhicule dont le conducteur lui était inconnu et qu'il ignorait la raison de ce déplacement.

10. M. C fait valoir qu'il est entré sur le territoire français, en l'espèce en Guyane française, avant l'âge de cinq ans. Il établit qu'il a effectué toute sa scolarité en France jusqu'à l'obtention d'un brevet d'études professionnelles " systèmes électroniques industriels et domestiques ", délivré en 2009 par l'académie de la Guyane, que tous les membres de sa famille résident en France, que son père et sa mère sont titulaires, l'un d'une carte de résident de longue durée, l'autre d'une carte de résident permanent, que son frère et quatre de ses sœurs sont de nationalité française et qu'il est le seul, parmi ses frères et sœurs à être né au Suriname. Il établit également qu'il a travaillé tout au long de la période de juin 2020 à décembre 2021, au cours de huit mois de l'année 2022 et en janvier et février 2023, en qualité de valoriste, aide électricien ou électricien. Il soutient qu'étant entré sur le territoire français à l'âge de cinq ans, il serait " étranger " en cas de renvoi au Suriname et qu'il ne parle pas la langue locale.

11. Toutefois, M. C, qui n'explique pas les raisons qui l'ont amené à quitter la Guyane et à s'établir dans le Rhône, n'établit ni la nature des liens qu'il entretiendrait avec les membres de sa famille, ni leur actualité, ni leur pérennité ni leur intensité, malgré la production de neuf attestations de sa mère et de huit de ses frères et sœurs qui, malgré leur caractère élogieux à l'égard de l'intéressé, demeurent particulièrement imprécises quant à la nature de leurs relations actuelles avec leur fils et frère. En outre, il n'apporte aucun élément sur les dix années de sa vie comprises entre 2009 et 2019, quand bien même il a été titulaire de titres de séjour renouvelés de janvier 2010 à mai 2023 et n'établit pas davantage pendant ces dix années une quelconque forme d'intégration dans la société française. L'intégration professionnelle récente dont il se prévaut cumule vingt mois d'activité, essentiellement en interim, à l'exception d'une très courte expérience qu'il ne décrit pas. Enfin, si M. C se prévaut de la possibilité de s'installer avec sa " compagne " et de fonder une famille, il ne la nomme pas même dans sa requête introductive et ne donne aucune information sur la nature et l'ancienneté de cette relation. S'il produit, au cours de l'instruction, une attestation de Mme A, alléguant une relation de couple depuis trois ans et divers projets de vie, cette seule attestation ne saurait suffire à établir la durée et la pérennité de cette relation, quand bien même sont également produits des permis de visite, y compris dans le cadre d'unités de vie familiale. Si enfin, il soutient qu'il ne parle pas la langue du Suriname et qu'il y serait " étranger ", il y a lieu de remarquer, d'une part, que le Suriname se caractérise par un grand nombre de langues différentes parlées et que le français est très utilisé, notamment dans les zones proches de la frontière avec la France, et d'autre part, que M. C serait plus proche géographiquement d'une partie des attaches familiales dont il se prévaut en cas d'éloignement vers le Suriname, qu'il ne l'a été au cours des dernières années, dès lors que ses parents et qu'au moins cinq de ses frères et sœurs résident en Guyane. Les condamnations dont a fait l'objet l'intéressé, quelles que soient leurs qualifications pénales, traduisent nécessairement, comme le soutient le préfet de Saône-et-Loire, son implication dans des trafics de drogue, leur gravité, la situation de récidive qui est la sienne, et le caractère extrêmement récent des derniers faits reprochés. Dans ces conditions, eu égard notamment à la gravité, au caractère récent des faits reprochés, à la situation de récidive, l'ensemble caractérisant une menace grave, actuelle et réelle pour l'ordre public, comme l'a considéré le préfet, et nonobstant le durée non contestée et très longue de la présence sur le sol français de M. C, qui ne conteste pas être sans enfants et qui, comme cela a été dit, n'établit pas la durée et la pérennité de sa relation avec Mme A, la décision en litige ne porte pas au droit de M. C à une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle ne méconnaît pas davantage les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation professionnelle. Pour les mêmes motifs enfin, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit, dès lors qu'il devrait se voir délivrer de plein droit un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

14. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français, une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

15. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

16. En l'espèce, le préfet de Saône-et-Loire, après avoir rappelé les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et écarté l'existence de circonstances humanitaires, s'est fondé, pour prendre à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans, sur les circonstances selon lesquelles l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public, il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, il ne se prévaut pas de liens anciens, stables et intenses en France, il est célibataire et sans enfants. Une telle motivation n'atteste pas, ainsi que le soutient M. C dans la présente instance, de la prise en compte du critère tiré de la durée de la présence de l'intéressé sur le territoire français. Par suite, M. C est fondé à soutenir que cette mesure est insuffisamment motivée. Pour ce motif, cette décision doit être annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête présentés à l'appui des conclusions dirigées contre cette décision.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français contenue dans l'arrêté du 23 juillet 2024, par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et que le surplus de ses conclusions à fin d'annulation doit être rejeté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

18. Eu égard au seul motif d'annulation retenu par le présent jugement, celui-ci implique seulement que le préfet de Saône-et-Loire procède au réexamen de la situation de M. C, dans un délai de deux mois, à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte. En outre, ce motif d'annulation ne fait pas obstacle à ce que le préfet de Saône-et-Loire, s'il s'y croit fondé, reprenne une nouvelle mesure portant interdiction de retour sur le territoire français, tenant compte des motifs du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision portant interdiction de retour sur le territoire français contenue dans l'arrêté du 23 juillet 2024, par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire de réexaminer la situation de M. C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2402650 de M. C est rejeté.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2402654 de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.

Le magistrat désigné,

I. B

La greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

2, 2402654

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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