jeudi 22 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402660 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 août 2024, Mme E C et M. B C, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de la décision du 8 juillet 2024 par laquelle la commission de recours de l'académie de Dijon a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé le 21 juin 2024 ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au rectorat de l'académie de Dijon de délivrer l'autorisation d'instruire en famille leur fille, A C, sur le fondement du 2° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation en raison de la pratique intensive d'une activité sportive ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au rectorat de l'académie de Dijon de reconsidérer la situation de leur fille, A C, en tirant toutes les conséquences de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du rectorat de l'académie de Dijon une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
S'agissant de l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'ils doivent inscrire leur fille dans un établissement scolaire public ou privé sous contrat d'association d'ici la rentrée scolaire ; leur fille a été détectée dans un club de handball ; elle doit manquer des enseignements pour pratiquer ses activités sportives et affermir son ambition de professionnalisation ; les inscriptions au centre national d'enseignement à distance (CNED) ne sont possibles que jusqu'au 31 novembre 2024 ; en cas d'autorisation accordée, passé ce délai, leur fille serait placée en décalage scolaire et ils rencontreraient des difficultés, voir une impossibilité, pour l'inscrire au CNED ; en étant scolarisée dès la rentrée 2024 et sans inscription au CNED, leur fille ne pourrait pas bénéficier des conditions d'instruction à distance ;
- aucun intérêt public ne vient s'opposer à l'urgence pour la famille à voir le juge statuer et, aux termes des dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, seul l'intérêt supérieur de l'enfant entre en considération ;
S'agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 131-5 du code de l'éducation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2024, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête de Mme et M. C.
Il soutient que :
- l'urgence n'est pas établie ;
- les moyens soulevés par Mme et M. C ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 5 août 2024 sous le numéro 2402659 par laquelle M. et Mme C demandent l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'éducation ;
- la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Cherief, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière :
- le rapport de M. Cherief, juge des référés,
- les observations de M. D, représentant le recteur de l'académie de Dijon qui reprend les faits et moyens contenus dans ses écritures.
Mme et M. C n'étaient ni présents, ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme et M. C ont sollicité la délivrance d'une autorisation d'instruire dans la famille leur fille, A C, née le 18 février 2012, au titre de l'année scolaire 2024/2025. Par une décision du 27 mai 2024, le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'Yonne a refusé de leur accorder cette autorisation. Les requérants ont alors saisi d'un recours administratif préalable obligatoire la commission académique de recours qui l'a rejeté, par une décision du 8 juillet 2024. Par la requête susvisée, les requérants demandent au juge des référés la suspension de la décision du 8 juillet 2024 rejetant leur recours administratif préalable obligatoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dans sa rédaction issue de la loi du 24 août 2021 susvisée : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. Les mêmes formalités doivent être accomplies dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence. La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () ; / 2° La pratique d'activités sportives ou artistiques intensives ; / (). ".
4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, Mme et M. C soutiennent notamment qu'ils doivent inscrire leur fille dans un établissement scolaire public ou privé sous contrat d'association d'ici la rentrée scolaire, que leur fille a pour projet de devenir sportive professionnelle, que l'intensification de sa pratique du sport est incompatible avec une scolarisation classique et qu'il est nécessaire qu'elle puisse s'inscrire auprès du centre national d'enseignement à distance (CNED), dont les inscriptions ne sont ouvertes que jusqu'au 31 novembre 2024. Toutefois, par les éléments qu'ils versent au dossier, les requérants n'établissent pas que leur fille serait insérée dans un parcours de professionnalisation sportive, notamment dans le domaine du handball ou du karaté, ni même qu'elle pratiquerait de manière intensive le sport. A cet égard, les attestations que Mme et M. C produisent à l'appui de leur requête n'établissent pas la réalité du " repérage " dont ils allèguent que leur fille aurait fait l'objet par un éducateur sportif et justifient uniquement de l'inscription de cette dernière auprès de l'association " Ecosport St Martin " dans le cadre d'activités multisports, les lundis et jeudis de 17h30 à 18h30. Les horaires prévus pour ces activités, de même que leur fréquence, apparaissent compatibles avec une scolarisation dans un établissement d'enseignement public ou privé, nonobstant la production par les requérants d'un certificat médical, peu circonstancié, établit par un médecin pédiatre et qui se borne à évoquer l'aménagement des emplois du temps scolaire de la jeune A afin de tenir compte de ses activités sportives extra-scolaires. Dans ces conditions, les requérants ne justifient pas que la décision attaquée risque de porter une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de leur enfant, laquelle ne saurait, par ailleurs, se déduire de la seule proximité de la rentrée scolaire ou de la limite alléguée des inscriptions au CNED. Par suite, la condition d'urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision attaquée soit suspendue, n'est pas remplie.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si les moyens soulevés sont susceptibles de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, que les conclusions à fin de suspension doivent être rejetées pour défaut d'urgence. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction, ainsi que de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E:
Article 1er : La requête de Mme et M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C, à M. B C et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Dijon
Fait à Dijon, le 22 août 2024.
Le juge des référés,
H. CHERIEF
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de France, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026