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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402675

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402675

jeudi 22 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402675
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCLERC THÉO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du jury d'aptitude professionnelle du 12 juin 2024 prononçant le redoublement de M. D, élève gardien de la paix. Le juge a estimé que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'était pas remplie, le requérant ne justifiant pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, malgré le préjudice matériel et professionnel allégué. En conséquence, les conclusions aux fins de suspension et d'injonction ont été rejetées, de même que la demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, M. C D, représenté par Me Clerc, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la délibération du jury d'aptitude professionnelle du 12 juin 2024 en ce qu'elle prononce son redoublement ;

2°) d'enjoindre à la direction générale de la police nationale de procéder à une nouvelle convocation du jury, autrement et régulièrement composé, afin qu'il statue une nouvelle fois sur son passage en deuxième année de formation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la délibération attaquée porte une atteinte immédiate à sa situation puisqu'il se trouve privé de toute possibilité d'achever sa formation dans un délai raisonnable et qu'il ne peut se prévaloir d'aucun diplôme ; il subit un préjudice matériel important puisque son début de carrière en tant que gardien de la paix est repoussé d'un an, ce qui représente un manque à gagner de 9 180 euros ; la phase d'affectation des gardiens de la paix stagiaires dans les services opérationnels est en cours ; l'entrée en service pour la deuxième année de formation aura lieu dès septembre 2024 ;

S'agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la délibération litigieuse est entachée d'incompétence ;

- la composition du jury d'aptitude professionnelle est irrégulière ;

- le jury d'aptitude professionnelle a été saisi de manière irrégulière, dès lors que la commission de suivi des élèves n'a pas été convoquée par le directeur de l'école nationale de police de Sens et que la commission d'harmonisation n'a pas été saisie de son dossier alors qu'elle est le seul organe compétent pour saisir le jury d'aptitude professionnelle ;

- la délibération litigieuse méconnaît les dispositions de l'arrêté du 2 mai 2022 portant organisation de la formation statutaire et de l'évaluation des gardiens de la paix ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et que le requérant ne fait état d'aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 6 août 2024 sous le numéro 2402674 par laquelle M. D demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- l'arrêté du 18 octobre 2005 portant organisation de la formation initiale du premier grade du corps d'encadrement et d'application de la police nationale ;

- l'arrêté du 2 mai 2022 portant organisation de la formation statutaire et de l'évaluation des gardiens de la paix ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 août 2024 à 14 heures, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Forand, substituant Me Clerc, et représentant M. D, qui reprend les faits et moyens contenus dans ses écritures et fait, en outre, valoir que l'urgence est caractérisée puisqu'il sera affecté à l'école de police de Reims alors que l'épouse de M. D travaille près de Sens et qu'il sera hébergé en dortoir ; il fait également valoir qu'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors que la compétence de Mme A n'est pas établie, son nom n'étant pas mentionné par l'arrêté du 10 avril 2024 fixant la composition du jury d'aptitude professionnelle des élèves gardiens de la paix de la police nationale, alors que l'arrêté modificatif du 11 juin 2024 est entaché d'incompétence, que le ministre de l'intérieur n'établit pas la composition précise du jury d'aptitude qui s'est réuni le 12 juin 2024, que la fiche de synthèse actualisée produite par le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'est pas signée et ne permet pas d'établir le document dont le jury d'aptitude a eu à connaître, que des candidats moins bien classés que M. D ou ayant eu des problèmes d'ordre disciplinaire ont été retenus ;

- et les observations de M. D lui-même qui fait valoir que ses professeurs ont été surpris par son redoublement, qu'il était plus à l'aise sur le terrain et que la formation a été raccourcie de trois mois à cause des jeux olympiques.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Un mémoire a été enregistré, pour M. D, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a été nommé gardien de la paix de la police nationale en septembre 2023 et a été affecté au sein de l'école nationale de police de Sens. Par une délibération du 12 juin 2024, le jury d'aptitude professionnelle de la 270ème promotion des élèves gardiens de la paix a décidé du redoublement de la scolarité de M. D, décision qui lui a été notifiée le 14 juin suivant par la cheffe des formations au sein de l'école nationale de police de Sens. M. D demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du jury d'aptitude professionnelle prononçant le redoublement de sa scolarité d'élève gardien de la paix.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. Aucun des moyens invoqués par M. D à l'appui de sa demande de suspension et analysés dans les visas de la présente ordonnance, ne paraît propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 12 juin 2024 par laquelle le jury d'aptitude professionnelle a décidé le redoublement de sa scolarité d'élève gardien de la paix de la police nationale. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions de M. D tendant à la suspension de l'exécution de cette délibération doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Dijon, le 22 août 2024.

Le juge des référés,

H. B

La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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