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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402684

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402684

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de Mme F et M. B contestant le refus d'autorisation d'instruction dans la famille pour leur fils. Les requérants invoquaient l'irrégularité de la composition de la commission académique, une erreur de droit sur les conditions d'autorisation (article L. 131-5 du code de l'éducation), et une erreur manifeste d'appréciation. Le tribunal a examiné la légalité de la décision du 16 juillet 2024 de la commission académique de Dijon, confirmant le refus initial du directeur académique. La solution retenue est le rejet des conclusions aux fins d'annulation et d'injonction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2024 et un mémoire enregistré le

20 novembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme A F et

M. C B, représentés par Me Fouret, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 juillet 2024 par laquelle la commission académique de Dijon a rejeté leur recours préalable formé à l'encontre de la décision du directeur académique des services de l'éducation nationale de l'Yonne ayant refusé la demande d'une autorisation d'instruction dans la famille présentée pour leur fils D au titre de l'année scolaire 2024-2025 et ordonné la scolarisation de l'enfant dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé au titre de cette année scolaire ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Dijon de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur fils dans la famille ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation de leur fils ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la composition de la commission de l'académie de Dijon chargée d'examiner les recours administratifs préalables obligatoires en matière d'instruction en famille est irrégulière ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, dès lors que l'autorisation d'instruction dans la famille accordée sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation est seulement subordonnée à l'existence d'un projet éducatif adapté à l'enfant, et non à l'existence d'une situation propre à l'enfant ;

- la commission académique a commis une erreur manifeste d'appréciation et porté atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 octobre 2024, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Par une décision du 31 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au

18 novembre 2024.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,

- les observations de Mme F et de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F et M. B ont sollicité la délivrance d'une autorisation d'instruire dans la famille leur fils D B, né le 2 octobre 2017, au titre de l'année scolaire 2024/2025. Par une décision du 24 juin 2024, le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'Yonne a refusé de leur accorder cette autorisation. Les requérants ont alors saisi d'un recours administratif préalable obligatoire la commission académique de recours qui l'a rejeté par une décision du 16 juillet 2024. Par la requête susvisée, ils demandent au tribunal d'annuler la décision du 16 juillet 2024 rejetant leur recours administratif préalable obligatoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation : " Toute décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille peut être contestée dans un délai de quinze jours à compter de sa notification écrite par les personnes responsables de l'enfant auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie ". Aux termes de l'article D. 131-11-11 de ce code : " La commission est présidée par le recteur d'académie ou son représentant. / Elle comprend en outre quatre membres : / 1° Un inspecteur de l'éducation nationale ; / 2° Un inspecteur d'académie-inspecteur pédagogique régional ; / 3° Un médecin de l'éducation nationale ; / 4° Un conseiller technique de service social. / Ces membres sont nommés pour deux ans par le recteur d'académie. / Des membres suppléants sont nommés dans les mêmes conditions que les membres titulaires ". Et aux termes de l'article D. 131-11-12 de ce code : " La commission siège valablement lorsque la majorité de ses membres sont présents. La commission rend sa décision à la majorité des membres présents. En cas de partage égal des voix, celle du président est prépondérante. / La commission se réunit dans un délai d'un mois maximum à compter de la réception du recours administratif préalable obligatoire. / La décision de la commission est notifiée dans un délai de cinq jours ouvrés à compter de la réunion de la commission ".

3. Mme F et M. B ont sollicité la délivrance d'une autorisation d'instruire dans la famille leur fils D B, né le 2 octobre 2017, au titre de l'année scolaire 2024/2025. Par une décision du 24 juin 2024, le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'Yonne a refusé de leur accorder cette autorisation. Les requérants ont alors saisi d'un recours administratif préalable obligatoire la commission académique de recours qui l'a rejeté par une décision du 16 juillet 2024. Par la requête susvisée, ils demandent au tribunal d'annuler la décision du 16 juillet 2024 rejetant leur recours administratif préalable obligatoire.

4. Mme F et M. B ont sollicité la délivrance d'une autorisation d'instruire dans la famille leur fils D B, né le 2 octobre 2017, au titre de l'année scolaire 2024/2025. Par une décision du 24 juin 2024, le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'Yonne a refusé de leur accorder cette autorisation. Les requérants ont alors saisi d'un recours administratif préalable obligatoire la commission académique de recours qui l'a rejeté par une décision du 16 juillet 2024. Par la requête susvisée, ils demandent au tribunal d'annuler la décision du 16 juillet 2024 rejetant leur recours administratif préalable obligatoire.

5. Les requérants soutiennent que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que la commission était régulièrement composée et que ses membres auraient siégé valablement. Toutefois, le recteur de l'académie de Dijon produit en défense l'arrêté fixant la composition de la commission, la liste d'émargement et le procès-verbal de la séance de la commission académique du 16 juillet 2024 qui sont conformes aux exigences des articles précités du code de l'éducation. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. () / La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : /1° L'état de santé de l'enfant ou son handicap ; () 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. () Un décret en Conseil d'Etat précise les modalités de délivrance de cette autorisation. () ". Aux termes de l'article R. 131-11-5 de ce code : " Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, elle comprend : / 1° Une présentation écrite du projet éducatif comportant les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de l'enfant, à savoir notamment : / a) Une description de la démarche et des méthodes pédagogiques mises en œuvre pour permettre à l'enfant d'acquérir les connaissances et les compétences dans chaque domaine de formation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture ; / b) Les ressources et supports éducatifs utilisés ; / c) L'organisation du temps de l'enfant (rythme et durée des activités) ; / d) Le cas échéant, l'identité de tout organisme d'enseignement à distance participant aux apprentissages de l'enfant et une description de la teneur de sa contribution ; / 2° Toutes pièces utiles justifiant de la disponibilité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant ; / 3° Une copie du diplôme du baccalauréat ou de son équivalent de la personne chargée d'instruire l'enfant. Le directeur académique des services de l'éducation nationale peut autoriser une personne pourvue d'un titre ou diplôme étranger à assurer l'instruction dans la famille, si ce titre ou diplôme étranger est comparable à un diplôme de niveau 4 du cadre national des certifications professionnelles ; / 4° Une déclaration sur l'honneur de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ".

7. Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.

8. Telles qu'elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, les dispositions précitées du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation qui prévoient la délivrance par l'administration, à titre dérogatoire, d'une autorisation pour dispenser l'instruction dans la famille en raison de " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif " impliquent que l'autorité administrative contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire.

9. Il s'ensuit que l'existence d'une situation propre à l'enfant, qui doit motiver le projet d'instruction dans la famille, est au nombre des éléments que l'autorité administrative doit contrôler avant de se prononcer sur une demande d'autorisation d'instruction en famille fondée sur un tel motif. Par suite, en se fondant sur l'absence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, la commission académique n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.

10. En troisième lieu, aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. En l'espèce, les requérants produisent à l'appui de leur requête un dossier pédagogique faisant état d'un besoin de mouvement de leur enfant imposant de limiter la durée des séquences d'apprentissage, d'une très grande sensibilité, de problèmes de concentration ou encore d'une forte curiosité. Toutefois, de tels traits de caractère sont communs à de nombreux enfants et ne sont pas de nature à caractériser à eux-seuls une situation propre à l'enfant justifiant la mise en place d'un projet éducatif adapté par dérogation au principe de l'instruction dans un établissement d'enseignement public ou privé.

12. Les requérants produisent en outre des certificats établis par un psychologue-neuropsychologue et par une pédopsychiatre postérieurement à la décision en litige, qui font état de troubles de comportement, notamment d'un trouble de l'attention, d'une anxiété et de tics et de TOCS. A supposer que ces certificats, eu égard aux termes en lesquels ils sont rédigés et aux circonstances dans lesquels ils ont été établis, permettent de poser un diagnostic suffisamment étayé quant aux troubles dont est atteint D, ils seraient, dans une telle hypothèse, susceptibles de fonder une demande au titre de l'état de santé de cet enfant, ce qui n'était pas l'objet de la demande des requérants, ni par conséquent de la décision attaquée.

13. Par conséquent, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant d'accorder l'autorisation demandée au motif que les éléments produits, à la date de la décision attaquée, n'étaient pas de nature à caractériser une situation particulière à l'enfant justifiant un projet éducatif adapté à ces particularités, la commission de l'académie de Dijon aurait commis une erreur manifeste d'appréciation, ni méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par les stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme F et M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F, à M. C B et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Dijon.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La rapporteure,

M.-E. E

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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