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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402685

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402685

jeudi 22 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme F et M. B demandant la suspension de la décision du 16 juillet 2024 par laquelle la commission de recours de l’académie de Dijon a refusé l’autorisation d’instruire en famille leur fils. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, les requérants n’établissant pas que la scolarisation de l’enfant, prévue à la rentrée, lui causerait un préjudice grave et immédiat, d’autant que des dispositifs d’accompagnement existent dans le système scolaire. La solution retenue s’appuie sur les dispositions du code de l’éducation, notamment l’article L. 131-5, et le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, Mme A F et M. C B, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision du 16 juillet 2024 par laquelle la commission de recours de l'académie de Dijon a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au rectorat de l'académie de Dijon de délivrer l'autorisation d'instruire en famille leur fils, D B, sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au rectorat de l'académie de Dijon de reconsidérer la situation de leur fils, D B, en tirant toutes les conséquences de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge du rectorat de l'académie de Dijon une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

S'agissant de l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'ils doivent inscrire leur fils dans un établissement scolaire public ou privé sous contrat d'association d'ici la rentrée scolaire ; une décision en cours d'année viendrait bouleverser le parcours scolaire de leur fils, ce qui pourrait lui préjudicier ; leur fils est instruit en famille depuis quatre années, pendant lesquelles l'inspecteur d'académie a validé, chaque année, l'instruction dispensée au sein du foyer, il entre en milieu de cycle 2 (CP-CE2) et bouleverser à ce stade du cycle une instruction conforme et qui prodigue des fruits concrets à l'enfant apparaît sans pertinence éducative ou pédagogique ; il est douteux qu'une scolarisation soit opportune en raison, notamment d'une très forte impulsivité, ce qui nuirait à son

droit à l'instruction ;

- aucun intérêt public ne vient s'opposer à l'urgence pour la famille à voir le juge statuer et, aux termes des dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, seul l'intérêt supérieur de l'enfant entre en considération ;

S'agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la composition de la commission de recours de l'académie de Dijon chargée d'examiner les recours administratifs préalables obligatoires en matière d'instruction en famille est irrégulière ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dès lors que le rectorat a entendu contrôler l'appréciation de la situation propre alors même qu'il ne dispose d'aucun pouvoir pour ce faire et qu'il ne doit contrôler que l'adaptation du projet au regard de la situation propre décrite ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2024, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'urgence n'est pas établie ;

- les moyens soulevés par Mme F et M. B ne sont pas fondés.

Une pièce a été produite pour Mme F et M. B qui a été enregistrée le 21 août 2024 et a été communiquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 6 août 2024 sous le numéro 2402684 par laquelle Mme F et M. B demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Cherief, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière :

- le rapport de M. Cherief, juge des référés ;

- les observations de Me Audard, qui substitue Me Fouret, représentant Mme F et M. B, qui reprend les faits et moyens contenus dans leurs écritures et fait, en outre, valoir que le certificat médical a pour but d'objectiver la situation de l'enfant telle que décrite par les requérants dans leur projet pédagogique, et vient au soutien de leur demande présentée au titre du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, qu'un diagnostic est en cours concernant d'autres troubles dont pourrait souffrir leur enfant et qu'il a été très difficile pour eux d'obtenir un rendez-vous avec un spécialiste, que la mise en place d'un programme de réussite éducative ou d'un plan d'accompagnement personnalisé prend du temps et qu'ils abandonnent le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de l'académie de Dijon ;

- et les observations de M. E représentant le recteur de l'académie de Dijon, qui reprend également les faits et moyens contenus dans ses écritures et fait, en outre, valoir que le certificat médical produit tardivement par les requérants soulève une difficulté quant à l'instruction de leur demande, dès lors qu'ils n'ont jamais fait état de la pathologie dont souffre leur enfant dans leur demande qui a été présentée sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation et non pas sur le fondement du 1° de cet article et que l'école est un système inclusif qui peut mettre en place des dispositifs pour accompagner les élèves en difficulté, notamment sur le fondement des dispositions des articles D. 351-9 et D. 311-13 du code de l'éducation, les parents disposant également de la possibilité offerte par les dispositions de l'article R. 131-11 alinéa 2 du code de l'éducation pour demander en cours d'année la délivrance d'une autorisation d'instruction dans la famille.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F et M. B ont sollicité la délivrance d'une autorisation d'instruire dans la famille leur fils D B, né le 2 octobre 2017, au titre de l'année scolaire 2024/2025. Par une décision du 24 juin 2024, le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'Yonne a refusé de leur accorder cette autorisation. Les requérants ont alors saisi d'un recours administratif préalable obligatoire la commission académique de recours qui l'a rejeté par une décision du 16 juillet 2024. Par la requête susvisée, ils demandent au juge des référés la suspension de la décision du 16 juillet 2024 rejetant leur recours administratif préalable obligatoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dans sa rédaction issue de la loi du 24 août 2021 susvisée : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. Les mêmes formalités doivent être accomplies dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence. La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () ; 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. / (). ".

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Mme F et M. B font valoir que, leur fils D ayant bénéficié de l'instruction dans la famille les années précédentes, une scolarisation viendrait bousculer son parcours, serait dépourvu de pertinence pédagogique et porterait atteinte à son droit à l'éducation en raison notamment d'une très forte impulsivité ainsi qu'à son intérêt supérieur au sens des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Les requérants produisent à l'appui de leur requête un dossier pédagogique faisant état d'un besoin de mouvement de leur enfant imposant de limiter la durée des séquences d'apprentissage, d'une très grande sensibilité, de problèmes de concentration ou encore d'une forte curiosité. Toutefois, ces allégations ne sont corroborées que par un seul certificat médical, établi postérieurement à la date de la décision attaquée par un médecin psychologue-neuropsychologue, faisant état d'un " diagnostic en cours " relatif, notamment, au trouble déficit de l'attention avec hyperactivité de type hyperactif/impulsif ainsi qu'à l'anxiété dont souffre D, et qui ne peut caractériser, à lui seul, une situation propre à l'enfant justifiant la mise en place d'un projet éducatif adapté par dérogation au principe de l'instruction dans un établissement d'enseignement public ou privé, dont les requérants n'établissent pas, au demeurant, qu'il serait dans l'impossibilité de prendre en compte de telles considérations. En outre, la circonstance selon laquelle le jeune D entre en milieu de cycle 2 (CP-CE2) ne saurait suffire à démontrer la nécessité pour les requérants de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire, nonobstant les avis favorables rendus par l'inspecteur d'académie, pour les années passées, concernant l'instruction dispensée par Mme F et M. B à leur enfant au sein du foyer. Dans ces conditions, la condition d'urgence qui, en la matière, n'est pas présumée et ne saurait se déduire de la nature même de la décision en litige ou de la seule proximité de la rentrée scolaire, ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si les moyens soulevés sont susceptibles de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, que les conclusions à fin de suspension doivent être rejetées pour défaut d'urgence. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction, ainsi que de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de Mme F et de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A F, à M. C B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Dijon.

Fait à Dijon le 22 août 2024.

Le juge des référés,

H. CHERIEF

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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