lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402743 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 août 2024, Mme B A et M. D C, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 20 juin 2024, par laquelle la commission de l'académie de Dijon compétente en matière d'instruction en famille a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du directeur académique des services de l'éducation nationale de la Côte-d'Or du 2 mai 2024 refusant l'autorisation d'instruction en famille pour leur fils G au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;
2°) d'enjoindre au rectorat, à titre principal, de leur délivrer à titre provisoire l'autorisation sollicitée, dans l'attente du jugement de l'affaire au fond, à titre subsidiaire, de procéder à un réexamen de la situation de l'enfant Maného ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A et M. C soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie : en l'état, ils doivent inscrire leur fils dans un établissement public ou privé d'ici la rentrée scolaire prochaine ; mettre en place des matériels pédagogiques demande une certaine implication de leur part ; une décision en cours d'année viendrait bouleverser le parcours scolaire de l'enfant ; la décision contestée est dommageable pour l'enfant dès lors que l'école ne peut pas prendre en charge l'équilibre précaire et les chutes très fréquentes de l'enfant, ne peut pas mettre en place d'aménagements pour s'adapter à l'hypersensibilité de l'enfant, ne peut pas faire face aux besoins de sommeil et de repos de l'enfant et notamment son besoin de sieste, ne peut pas réguler les contacts de Maného avec les autres enfants notamment en limitant le nombre de personnes autour de lui, ne peut pas prendre en charge les besoins de calme, d'extérieur et de bouger de l'enfant ; la suspension demandée n'est nullement incompatible avec un intérêt public ;
-il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle :
- est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas justifié du respect des règles de composition de la commission de l'académie de Dijon compétente en matière d'instruction en famille qui a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire ;
- est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il n'appartient pas à l'administration d'apprécier et de remettre en cause le cas échéant l'existence d'une situation propre à l'enfant, mais seulement d'apprécier que cette situation soit suffisamment étayée, de vérifier que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de la pédagogie adaptée à l'enfant et de contrôler que le parent instructeur dispose de cette capacité ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant, dès lors que le courrier de l'école qu'ils produisent atteste de l'impossibilité, dans le cadre d'une scolarisation, de prendre en charge le besoin d'accompagnement permanent de l'enfant, ses difficultés de comportement social, ses besoins physiologiques, notamment de calme et de sommeil, et ses capacités d'attention limitées ; à l'inverse, le projet pédagogique d'instruction en famille permettra d'apporter à l'enfant un accompagnement permanent individualisé, prenant en compte son hypersensibilité, ses besoins physiologiques et son rythme d'apprentissage.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2024, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.
Le recteur de l'académie de Dijon soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que les requérants n'établissent pas en quoi la scolarisation de leur enfant dans un établissement d'enseignement public ou privé serait de nature à porter une atteinte grave et immédiate à ses intérêts ou aux leurs ou à lui porter préjudice ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- la requête au fond enregistrée le 12 août 2024, sous le n° 2402741 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Blacher, en qualité de juge des référés, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d'audience,
- le rapport de M. Blacher, juge des référés ;
- les observations de Me Rothdiener, substituant Me Fouret, représentant Mme A et M. C, qui reprend les conclusions, faits et moyens contenus dans ses écritures ;
- et les observations de M. E, représentant le rectorat de l'académie de Dijon, qui reprend également les conclusions, faits et moyens contenus dans ses écritures en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A et M. C demandent au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, en date du 20 juin 2024, par laquelle la commission de l'académie de Dijon compétente en matière d'instruction en famille a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du directeur académique des services de l'éducation nationale de la Côte-d'Or du 2 mai 2024 refusant l'autorisation d'instruction en pour leur fils G, âgé de trois ans, au titre de l'année scolaire 2024-2025.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ". L'article R. 522-1 du même code dispose, en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l'ensemble des circonstances de l'affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.
4. D'une part, Mme A et M. C font valoir qu'ils doivent inscrire leur fils dans un établissement public ou privé avant la rentrée scolaire prochaine, que cette rentrée est proche, que mettre en place des matériels pédagogiques demande une certaine implication de leur part et qu'une décision en cours d'année viendrait bouleverser le parcours scolaire de l'enfant. Toutefois, alors que la proximité de la rentrée scolaire ne suffit pas à établir la condition d'urgence, les éléments que font valoir les requérants leur sont imputables, dès lors notamment qu'il leur appartenait, par précaution, d'inscrire leur fils par avance dans un établissement public ou privé dès le mois de mai 2024, au cours duquel la décision initiale de rejet de leur demande d'instruction en famille leur a été notifiée, de préparer, s'ils s'y croyaient fondés le matériel pédagogique utile, alors qu'en outre rien ne les oblige à déscolariser leur fils en cours d'année.
5. D'autre part, Mme A et M. C font valoir que leur fils présente des difficultés motrices, un développement psychomoteur lent, une hypersensibilité nécessitant un environnement calme et des besoins physiologiques spécifiques notamment en matière de sommeil. Toutefois, le seul courrier dont se prévalent les requérants, au demeurant postérieur à la date de la décision attaquée, émanant de l'école primaire - maternelle Notre Dame de Cosne-sur-Loire et rédigé par une personne dont la qualité n'est pas mentionnée, ne saurait suffire, par lui-même, à démontrer une impossibilité de scolarisation de l'enfant Maného. Par ailleurs, les éléments médicaux produits, notamment les conclusions du compte rendu de l'examen psychomoteur de l'enfant établi le 24 janvier 2024, n'attestent pas pour cet enfant de spécificités ou de difficultés telles, tenant à sa santé, à son rythme d'apprentissage ou à toute autre considération, qu'elles seraient incompatibles avec une scolarisation, au besoin aménagée, en établissement ou exposeraient l'enfant, une fois scolarisé, à un risque particulier caractérisant une atteinte grave et immédiate à ses intérêts. Enfin, si les requérants s'estiment mieux à même de s'occuper de leur fils, cette circonstance ne saurait suffire à démontrer la nécessité pour eux de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire. Dans les circonstances de l'espèce, la scolarisation de l'enfant Maného et les effets du refus de leur délivrer l'autorisation sollicitée ne peuvent être regardés comme portant une atteinte grave et immédiate à l'intérêt des requérants ou de leur fils. Par suite, la condition d'urgence qui, en la matière, n'est pas présumée et ne saurait se déduire de la nature même de la décision en litige, ne peut être regardée comme remplie.
6. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions cumulatives posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est, en l'espèce, pas remplie. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence de moyens propres à susciter un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A et M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et M. D C et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Dijon.
Fait à Dijon, le 26 août 2024.
Le juge des référés,
S. Blacher
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation et de la jeunesse, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
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