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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402748

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402748

lundi 26 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Dijon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté les demandes de suspension présentées par M. et Mme E concernant le refus d'autorisation d'instruction en famille pour leurs trois enfants. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, notamment en raison de l'existence d'un recours administratif préalable obligatoire examiné prochainement par une commission académique, et de l'absence de démonstration d'un préjudice grave et immédiat lié à une scolarisation en établissement. Aucun des moyens soulevés, tirés d'un défaut de motivation ou d'une erreur manifeste d'appréciation, n'a été jugé de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I, Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 23 août 2024, sous le n°2402748, M. F E et Mme C E demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 juillet 2024, par laquelle le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'Yonne a refusé l'autorisation d'instruction en famille pour leur fils D E au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à un réexamen de leur demande, dans un bref délai et sous astreinte.

M. et Mme E soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie : la rentrée scolaire est proche et ils vont être contraints d'inscrire leur enfant dans un établissement public ou privé d'enseignement ; l'année scolaire aura débutée lorsque le juge du fond se prononcera sur leur recours en annulation ; la décision contestée préjudicie gravement aux intérêts de leur enfant, dès lors qu'une scolarisation en établissement scolaire ne correspond pas à ses besoins et méthodes d'apprentissage et ne permettrait plus une instruction en français et en anglais ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation des spécificités caractérisant la situation propre à leur fils justifiant une instruction en famille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2024, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.

Le recteur de l'académie de Dijon soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, d'une part, en ce que la commission académique chargée de statuer sur le recours administratif préalable obligatoire formé par les requérants à l'encontre de la décision du 5 juillet 2024 statuera sur leur recours le 27 août 2024, d'autre part, en ce que les requérants n'établissent pas en quoi la scolarisation de leur enfant dans un établissement d'enseignement public ou privé serait de nature à porter une atteinte grave et immédiate à ses intérêts ou aux leurs ou à lui porter préjudice ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

II, Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 23 août 2024, sous le n°2402749, M. F E et Mme C E demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 juillet 2024, par laquelle le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'Yonne a refusé l'autorisation d'instruction en famille pour leur fille B E au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à un réexamen de leur demande, dans un bref délai et sous astreinte.

M. et Mme E soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie : la rentrée scolaire est proche et ils vont être contraints d'inscrire leur enfant dans un établissement public ou privé d'enseignement ; l'année scolaire aura débutée lorsque le juge du fond se prononcera sur leur recours en annulation ; la décision contestée préjudicie gravement aux intérêts de leur enfant, dès lors qu'une scolarisation en établissement scolaire ne correspond pas à ses besoins et méthodes d'apprentissage et ne permettrait plus une instruction en français et en anglais ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation des spécificités caractérisant la situation propre à leur fille justifiant une instruction en famille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2024, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.

Le recteur de l'académie de Dijon soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, d'une part, en ce que la commission académique chargée de statuer sur le recours administratif préalable obligatoire formé par les requérants à l'encontre de la décision du 5 juillet 2024 statuera sur leur recours le 27 août 2024, d'autre part, en ce que les requérants n'établissent pas en quoi la scolarisation de leur enfant dans un établissement d'enseignement public ou privé serait de nature à porter une atteinte grave et immédiate à ses intérêts ou aux leurs ou à lui porter préjudice ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

III, Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 23 août 2024, sous le n°2402750, M. F E et Mme C E demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 juillet 2024, par laquelle le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'Yonne a refusé l'autorisation d'instruction en famille pour leur fils A E au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à un réexamen de leur demande, dans un bref délai et sous astreinte.

M. et Mme E soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie : la rentrée scolaire est proche et ils vont être contraints d'inscrire leur enfant dans un établissement public ou privé d'enseignement ; l'année scolaire aura débutée lorsque le juge du fond se prononcera sur leur recours en annulation ; la décision contestée préjudicie gravement aux intérêts de leur enfant, dès lors qu'une scolarisation en établissement scolaire ne correspond pas à ses besoins et méthodes d'apprentissage et ne permettrait plus une instruction en français et en anglais ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation des spécificités caractérisant la situation propre à leur fils justifiant une instruction en famille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2024, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.

Le recteur de l'académie de Dijon soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, d'une part, en ce que la commission académique chargée de statuer sur le recours administratif préalable obligatoire formé par les requérants à l'encontre de la décision du 5 juillet 2024 statuera sur leur recours le 27 août 2024, d'autre part, en ce que les requérants n'établissent pas en quoi la scolarisation de leur enfant dans un établissement d'enseignement public ou privé serait de nature à porter une atteinte grave et immédiate à ses intérêts ou aux leurs ou à lui porter préjudice ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les requêtes au fond enregistrées les 9 et 12 août 2024, sous les nos 2402736, 2402737 et 2402746 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Blacher, en qualité de juge des référés, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d'audience,

- le rapport de M. Blacher, juge des référés ;

- les observations de M. E, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes, par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. G, représentant le rectorat de l'académie de Dijon, qui reprend également les conclusions et moyens contenus dans ses écritures en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme E ont sollicité, le 31 mai 2024, la délivrance d'une autorisation d'instruction en famille de leurs enfants D, A et B, nés respectivement en 2018, 2019 et 2020, au titre de l'année scolaire 2024-2025 en se prévalant d'une situation propre aux enfants motivant un projet éducatif spécifique. Par trois décisions du 5 juillet 2024 le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'Yonne a rejeté ces demandes. Les requérants demandent au juge des référés d'ordonner, la suspension de l'exécution de ces décisions.

2. Les requêtes nos 2402748, 2402749 et 2402750 ont été présentées par les mêmes requérants et concernent la situation d'une fratrie. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par une même ordonnance.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article R. 522-1 de ce code dispose, en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

4. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l'ensemble des circonstances de l'affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.

5. D'autre part, lorsqu'un texte législatif ou réglementaire impose l'exercice d'un recours administratif préalable avant de saisir le juge de l'excès de pouvoir, sans donner un caractère suspensif à ce recours obligatoire, la suspension de la décision initiale peut être demandée au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, sans attendre que l'administration ait statué sur le recours préalable, dès lors que l'intéressé a justifié, en produisant une copie de ce recours, qu'il a engagé les démarches nécessaires auprès de l'administration pour obtenir l'annulation ou la réformation de la décision contestée. Saisi d'une telle demande de suspension, le juge des référés peut y faire droit si l'urgence justifie la suspension avant même que l'administration ait statué sur le recours préalable et s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Sauf s'il en décide autrement, la mesure qu'il ordonne en ce sens vaut, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé.

6. En l'espèce, en application de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, les décisions de refus d'instruction en famille dont les requérants demandent la suspension doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable obligatoire devant une commission académique. M. et Mme E justifient avoir formé ces recours le 31 juillet 2024, soit dans le délai de quinze jours à compter de la réception, le 17 juillet précédent, des décisions contestées du 5 juillet 2024. Toutefois, dans ses écritures en défense, le recteur de l'académie de Dijon indique, sans être contredit, que la commission académique chargée d'examiner ces recours administratifs préalables obligatoires statuera le 27 août 2024, soit le lendemain de l'audience publique programmée le 26 août 2024 à 11 heures. Dans ces conditions, alors qu'une éventuelle suspension des décisions attaquées ne vaudrait, en tout état de cause, que jusqu'à l'intervention des décisions prises par la commission académique, la condition d'urgence ne peut être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions cumulatives posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est, en l'espèce, pas remplie. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence de moyens propres à susciter un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de ces décisions doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes nos 2402748, 2402749 et 2402750 de M. et Mme E sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F E et Mme C E et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Dijon.

Fait à Dijon, le 26 août 2024.

Le juge des référés,

S. Blacher

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation et de la jeunesse, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

Nos 2402748, 2402749, 2402750

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