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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402771

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402771

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402771
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP SOREL ET ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du ministre de l'intérieur invalidant le permis de conduire de M. C pour solde de points nul. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, car M. C n'a pas justifié de l'impossibilité d'utiliser les transports en commun pour se rendre à son travail ni démontré que ses fonctions de responsable de centre de services nécessitaient impérativement la conduite d'un véhicule. La requête a été rejetée sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 août 2024, M. B C, représenté par la société civile professionnelle d'avocats Sorel et Associés, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 14 mai 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est établie, dès lors que l'invalidation de son permis de conduire compromet son activité professionnelle et la pérennité de son emploi ; il est salarié de la société Euromaster, dans laquelle il exerce les fonctions de responsable de centre de services à Bourges, ce qui implique qu'il puisse déplacer les véhicules, mais également et surtout assurer les livraisons ou les retraits chez les clients ; il justifie qu'il est le seul à se rendre auprès de la clientèle et qu'il est impossible de le maintenir en poste, eu égard à ses fonctions ; l'impossibilité de conduire ne lui permettra plus d'exécuter son contrat de travail ; il a été contraint, à la suite de son divorce, de résider dans la Nièvre ; il a également besoin de son véhicule pour se rendre à son travail ;

- le signataire de la décision attaquée était incompétent à cet effet ; il n'est pas établi qu'il aurait eu une délégation de compétence ou de signature ;

- il n'a jamais reçu de notification de l'infraction du 14 mars 2024 et conteste sa réalité ; il appartient à l'administration d'apporter la preuve de son existence et de sa notification conformément aux dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route ;

- il a suivi un stage de récupération de points auprès d'Acti'Route les 15 et 16 mars 2024, de sorte qu'il disposait d'au moins trois points sur son permis à la date de la décision litigieuse.

Vu :

- la requête enregistrée le 14 août 2024 sous le n° 2402770, tendant notamment à l'annulation pour excès de pouvoir de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, en qualité de juge des référés, en vertu des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par une décision du 1er mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. ", et enfin, aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 521-1 et R. 522-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision susvisée, M. C fait valoir qu'à la suite de son divorce, il a dû s'installer à Nevers, et qu'il doit se rendre en voiture à son travail, situé à Bourges. M. C ne justifie cependant ni des raisons pour lesquels il aurait été contraint de résider à Nevers, ni de l'impossibilité de se rendre à son travail en utilisant les transports en commun. L'intéressé soutient également que son poste de responsable de centre de services au sein de la société Euromaster nécessite qu'il puisse rentrer et sortir les véhicules de l'atelier et effectuer des livraisons. Il produit, à l'appui de son argumentation, un courriel du service des ressources humaines de cette société, auquel est joint une fiche de poste, mentionnant que " la polyvalence est primordiale " et qu'il doit être en capacité de décharger les techniciens de certaines tâches notamment en forte période d'activité, à savoir rentrer et sortir les véhicules des clients dans l'atelier et effectuer des livraisons. Ce courriel mentionne également qu'il est amené à rencontrer des clients professionnels et à prospecter dans sa zone de chalandise. Il produit encore deux attestations de clients mentionnant qu'il réalise des livraisons. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la fiche de poste qu'il produit que les missions qui y figurent comprennent le management des équipes, le recrutement, la gestion d'un centre de profit, la mise en œuvre de la politique commerciale, la gestion de la satisfaction client, la responsabilité de la maintenance du centre et le pilotage administratif et commercial, sans que figurent au nombre de ces missions la manipulation quotidienne et la livraison des véhicules. Alors, en outre, que cette fiche mentionne des compétences attendues et des pré-requis, la disposition d'un permis de conduire n'est pas au nombre de ceux-ci. Ainsi, les seuls éléments produits ne permettent nullement d'établir qu'une organisation n'obligeant pas M. C à déplacer des véhicules ou à les livrer ne pourrait être mise en œuvre, pendant une période temporaire, en déchargeant par exemple les techniciens de certaines des tâches qu'ils réalisent pour leur permettre de déplacer et livrer les véhicules. Il n'est pas davantage justifié que M. C ne pourrait assurer ses missions commerciales sans disposer d'un véhicule ou qu'il ne pourrait être accompagné. Aucune des pièces produites ne mentionne, ne serait-ce qu'implicitement, que M. C serait susceptible de perdre son emploi, en raison de l'impossibilité de conduire un véhicule. En outre, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que M. C a commis douze infractions au code de la route depuis le 11 mai 2014, qu'il ne conteste la matérialité que d'une seule d'entre elles, et que donc la suspension de la mesure de police en litige contreviendrait aux exigences de protection et de sécurité routières. Dès lors, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

4. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions cumulatives posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner si les moyens soulevés sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Dijon, le 14 août 2023.

Le juge des référés,

I. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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