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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402784

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402784

vendredi 16 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402784
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGRENIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme D, ressortissante albanaise accompagnée de son fils handicapé, qui demandait à bénéficier d'un hébergement d'urgence adapté. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante ayant été informée depuis le 24 juillet 2024 de la fin de sa prise en charge au 5 août 2024 et n'ayant saisi le tribunal que le 16 août 2024, sans justifier de démarches auprès du dispositif de préparation au retour. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'action sociale et des familles et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2024, Mme C D, représentée par Me Grenier, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de la prendre en charge, ainsi que son fils, au titre du dispositif mentionné aux articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles, en leur fournissant un hébergement d'urgence adapté en dehors du dispositif de préparation au retour, dans un délai de 24 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cinq cents euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'urgence est établie, dès lors qu'elle est isolée, sans hébergement ni ressources depuis le 5 août 2024, accompagnée de son fils, souffrant de graves troubles autistiques, et donc dans une situation de grande détresse sociale, médicale et psychologique ;

- leur situation constitue une atteinte portée à leur droit fondamental de bénéficier d'un hébergement d'urgence ;

- ils se trouvent dans des circonstances exceptionnelles de nature à justifier le bénéfice du prononcé d'une mesure d'urgence, dès lors qu'elle est seule en France avec son fils lourdement handicapé, que les troubles du spectre autistique dont souffre le jeune A, né en 2006, nécessitent une prise en charge spécialisée et pluridisciplinaire dans une structure qui ne peut incontestablement pas être effective en Albanie, que l'absence d'une telle prise en charge est susceptible d'entraîner des circonstances d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé, pouvant aller jusqu'à des actes attentatoires à son intégrité physique ; elle ne saurait faire l'objet d'un hébergement dans le cadre du dispositif de préparation au retour qui, à supposer qu'il constitue un hébergement d'urgence, est strictement conditionné à l'acceptation de l'aide au retour volontaire ; elle fait l'objet d'une mesure d'éloignement qui n'est pas exécutoire et n'entend pas solliciter une aide au retour ; elle n'a fait l'objet d'aucune évaluation de sa vulnérabilité par les services compétents ; l'accueil en hébergement d'urgence par l'Etat ne repose en fait aucunement sur des critères de vulnérabilité par ordre de priorité ; des personnes, bien moins vulnérables qu'elle, continuent de bénéficier d'un hébergement d'urgence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, en qualité de juge des référés, en vertu des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par une décision du 1er septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante albanaise, née en 1972 en Albanie, est entrée régulièrement en France le 17 février 2023 et a sollicité le 20 mars 2023 la qualité de réfugiée. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 22 novembre 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Elle a sollicité le 15 mai 2023 une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent accompagnant d'un enfant mineur malade. Par un arrêté du 27 février 2024, dont Mme D a demandé l'annulation au tribunal administratif de Dijon, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté cette demande d'autorisation provisoire de séjour et a obligé Mme D à quitter le territoire français. Depuis le rejet de sa demande d'asile et jusqu'au 5 août 2024, Mme D et son fils étaient hébergés à " l'abri de nuit " de Dijon, dans le cadre du dispositif dit " 115 ". Par une lettre du 24 juillet 2024, le directeur départemental de l'emploi, du travail et des solidarités l'a informée qu'elle ne serait plus prise en charge dans cet hébergement à compter du 5 août 2024, dès lors qu'elle ne répond plus " aux critères de vulnérabilité relatifs à (sa) prise en charge sur ce dispositif d'urgence " et l'a invitée à se présenter au service du dispositif de préparation au retour à compter de cette date. Mme D demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de la prendre en charge, avec son fils, au titre du dispositif mentionné aux articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles, en leur fournissant un hébergement adapté en dehors du dispositif de préparation au retour.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. D'une part, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article.

4. D'autre part, l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse () ". L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : / () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

5. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées au point 4, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ayant pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles. Constitue une telle circonstance, l'existence d'un risque grave pour la santé ou la sécurité d'enfants mineurs, dont l'intérêt supérieur doit être une considération primordiale dans les décisions les concernant.

6. Il est constant que Mme D et son fils ont été hébergés du 7 mai au 5 août 2024, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, à l'abri de nuit de Dijon. Le directeur départemental de l'emploi, du travail et des solidarités l'a informée, en date du 24 juillet 2024, qu'ils ne seraient pris en charge dans cet accueil que jusqu'au 5 août 2024 et les a invités à se présenter au service du dispositif de préparation au retour à compter de cette date pour y bénéficier d'un hébergement et d'un accompagnement social. D'une part, contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort de l'instruction du 9 mai 2022 du ministre de l'intérieur et des outre-mer relative à la gestion du parc de places d'hébergement en dispositif de préparation au retour que ces places sont susceptibles de bénéficier tout à la fois à des étrangers qui ont manifesté la volonté de bénéficier de l'aide au retour volontaire, à des étrangers qui sont susceptibles d'y adhérer et, à titre exceptionnel, à des étrangers en situation irrégulière, non volontaires au retour aidé et sans domicile personnel, en particulier dans les différentes situations qu'énumère cette instruction de " mobilisation des places de DPAR en dehors du droit commun ". Ainsi, quand bien même ce dispositif de préparation au retour ne constitue pas un dispositif d'hébergement d'urgence, comme le soutient la requérante, il n'est pas exclu qu'il soit utilisé pour héberger des personnes qui, comme Mme D, n'ont pas sollicité l'aide au départ volontaire et n'entendent pas le faire, notamment dans le cadre d'opérations de mise à l'abri. D'autre part, le dispositif de préparation au retour est constitué d'un hébergement classique, contrairement à l'abri de nuit, et d'un accompagnement social, par nature plus qualitatifs qu'un simple " abri de nuit ". Mme D ne soutient ni n'allègue ni que les conditions d'hébergement dans le cadre du dispositif de préparation au retour seraient moins favorables que celles dont elle a bénéficié jusqu'au 5 août 2024, ni que ces conditions d'hébergement seraient incompatibles avec la pathologie dont souffre son fils, alors, au demeurant, qu'elle produit elle-même un certificat mentionnant que l'état de santé de son fils est, au contraire, incompatible avec un hébergement d'urgence " type 115 ". Dès lors, l'hébergement que lui propose le préfet de la Côte-d'Or doit être regardé comme lui étant plus favorable que celui dont elle disposait au titre de l'hébergement d'urgence. Dans ces conditions, quand bien même cette solution ne revêtirait qu'un caractère très provisoire, eu égard à l'office du juge du référé-liberté, Mme D ne justifie pas de l'existence, à la date de la présente ordonnance, de l'urgence à ordonner, dans un délai de quarante-huit heures, une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale. Par suite, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme D doivent être rejetées, par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais de l'instance et ses conclusions à fin d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D et à Me Mathilde Grenier.

Copie en sera adressée à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, au préfet de la Côte-d'Or et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Fait à Dijon, le 16 août 2024.

Le juge des référés,

I. B

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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