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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402857

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402857

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402857
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP AUDARD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2024 et un mémoire complémentaire produit le 3 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Audard, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de Saône-et-Loire lui a implicitement refusé la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour avec droit de travailler ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, eu égard à la situation de précarité administrative et d'insécurité juridique que crée la décision en litige, laquelle l'empêche en outre de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle méconnaît les articles R. 431-12 et R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans qu'y soient opposables les conditions dans lesquelles il est entré puis a séjourné en France non plus que l'absence de preuve d'une recherche d'emploi.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le requérant, qui est entré et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, ne justifie pas de démarches entreprises à l'effet de se procurer un emploi et ne démontre pas que sa famille fait face à des difficultés financières ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :

•M. A n'a jamais été en situation régulière en France ;

•l'intéressé ne justifie pas de démarches entreprises à l'effet de se procurer un emploi.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2402856, enregistrée le 22 août 2024.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d'audience :

- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;

- les observations de Me Audard, pour Me A, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans ses écritures.

L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né en 1992 et de nationalité marocaine, a transmis par voie postale, sur invitation des services de la préfecture de Saône-et-Loire après deux échecs de dépôt en ligne, une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français que ces services ont reçue le 23 mai 2024. M. A, qui avait sollicité dans le courrier accompagnant cet envoi la délivrance d'un récépissé valant autorisation provisoire de séjour durant l'instruction de sa demande de titre de séjour, se plaint de n'avoir toujours pas été mis en possession d'un tel récépissé, et demande au juge des référés la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de Saône-et-Loire lui en a implicitement refusé la délivrance.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 11 juillet 1990 visée ci-dessus.

Sur la demande de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article R. 522-1 du même code dispose, en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

4. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. La décision attaquée place M. A dans une situation précaire, en l'exposant au risque d'une mesure d'éloignement prise sans examen de sa demande d'admission au séjour, et l'empêche d'exercer une activité professionnelle dans le but de subvenir à ses besoins et à ceux de son enfant français. Ainsi, quand bien même M. A n'a justifié ni d'une recherche effective d'emploi, qui serait au demeurant vaine en l'absence, précisément, de tout document de séjour, ni de la situation financière de son foyer, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie, sans que s'y oppose la circonstance que l'intéressé s'est toujours maintenu irrégulièrement sur le territoire français et a précédemment fait l'objet, en 2022, d'une mesure d'éloignement.

6. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 431-12 et R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui confèrent à l'étranger dont la demande de titre de séjour est complète un droit à s'en voir délivrer récépissé valant autorisation provisoire de séjour apparaît, en l'état de l'instruction, propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de Saône-et-Loire délivre à M. A un récépissé de demande de titre de séjour, assorti de l'autorisation de travailler en vertu de l'article R. 431-14 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans l'attente qu'il soit statué sur cette demande ou sur la requête au fond. Il y a lieu d'adresser au préfet de Saône-et-Loire une injonction en ce sens et de lui assigner un délai de huit jours pour y satisfaire.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions accessoires de M. A tendant à qu'il soit fait application, au bénéfice de son conseil, des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite refusant à M. A la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour est suspendue.

Article 3 : Il est fait injonction au préfet de Saône-et-Loire de délivrer à M. A un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation d'exercer une activité professionnelle dans les huit jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Audard.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Fait à Dijon, le 5 septembre 2024.

Le président du tribunal, juge des référés,

David ZUPAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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